Danger de l’omniscience

Ils fleurissent comme coquelicots au printemps. Partout, ils officient.

Ils fleurissent comme coquelicots au printemps. Partout, ils officient. Ils suscitent une appréciation contrastée, certains déroulent le tapis rouge devant eux et préviennent leurs désirs ; d’autres ne les portent pas dans leur cœur et s’en préservent davantage que la peste. Aux yeux des uns, ils représentent de réjouissantes plantes d’ornement, du point de vue des autres, ils sont vénéneux. Qui ils ? Hommes sans qualités, ils désespèrent les qualifications. A moins d’emprunter à Dostoïevsky, qui en avait dépeint un prototype dans «L’Idiot», le terme d’omniscients. Distinctement du sémantisme du vocable, les omniscients ne savent pas tout. Leur savoir est plutôt restreint : où travaille un tel, avec qui il est en relations, quelles sont ses accointances, l’état de sa fortune, avec qui il est marié, ses frasques, ses vertus et ses travers, et tant et tant de choses intimes inaccessibles au commun. Ces messieurs se rencontrent assez souvent dans les couches modestes de la société. Certains monnayent, l’air de rien, leur savoir contre de menus avantages. La plupart, toutefois, se contentent d’en tirer un motif d’estime de soi et même une sorte de satisfaction morale d’ordre supérieur. Aussi, ne se font-ils pas faute, souvent, d’enrober, d’enjoliver ou d’enlaidir, de maquiller et de travestir la vérité, provoquant des dommages collatéraux parfois irréparables. Morale : méfiez-vous des omniscients !