Crise financière, quelques mesures de bon sens

Face à  la crise financière mondiale, les mesures à  prendre sont d’ordre politique, économique et financier. Dans ce dernier domaine, la Bourse doit revenir à  son rôle initial : fournir de l’argent frais auxent reprises au lieu d’être un lieu de spéculation. La régulation du système financier international, quant à  elle, devrait être confiée à  une institution proche de l’OMC.

Tout indique que la crise financière actuelle est due, d’une part, à l’absence de modèle économique, et, d’autre part, aussi aux dérives touchant les finances internationales. L’économie occidentale a été sauvée après la grande crise de 1929 par les vertus de l’économie de l’ex-URSS, qui n’avait pas, à l’époque, été touchée par la récession. En effet, pour sortir de la crise, l’économiste John M. Keynes avait proposé aux gouvernements des pays occidentaux d’intervenir dans l’économie par la régulation économique. Keynes avait également recommandé, en 1936, une relance de la croissance économique par la baisse des crédits et par l’investissement public pour assurer le plein-emploi. Sa doctrine a eu une grande influence sur les politiques économiques du XXe siècle, mais, à force d’être appliqué dans le temps et dans l’espace, le modèle keynésien a été responsable de l’augmentation des déficits publics et de l’endettement des pays. Conséquence : la déclaration de la crise de la dette à la fin des années 70, qui a poussé à la mise en oeuvre des actions de désengagement et de déréglementations un peu partout. En plus, la tendance à l’immatérialisation de l’économie mondiale a affaibli mathématiquement la relation macro-économique – à la base du modèle keynésien – qui liait l’emploi aux investissements.

Ainsi, la déréglementation de l’économie mondiale a été amorcée en Occident dès le début des années 80, dans le but d’assurer la croissance économique, affectée, entre autres, par la crise du pétrole des années 70 et l’arrivée sur le marché international des quatre dragons asiatiques. Dans ce cadre, les pouvoirs publics des grands pays industrialisés ont donc entamé la déréglementation de secteurs importants de l’économie, notamment la finance.Ce processus, dont les enjeux sont multiples, a été étendu à certains pays en voie de développement dans le cadre des plans d’ajustement structurel visant le rétablissement des grands équilibres macroéconomiques.

Objectif de cette déréglementation : le développement économique par la participation des capitaux privés suite à la défaillance du modèle économique keynésien qui s’appuyait sur la participation des capitaux publics à l’investissement dans les infrastructures. Cette déréglementation a permis l’introduction de la concurrence, encadrée par divers régulateurs, à qui on demandait entre autres de concilier en permanence l’exigence de rentabilité financière et l’impératif de service public.
Donc, après que l’on ait mis en évidence les limites du modèle keynésien, tout semble aujourd’hui indiquer que le keynésianisme financier, avec le plan Paulson, revient en force, en aval, surtout pour corriger les dérives qui ont touché les finances internationales. Dérives découlant en grande partie de la déréglementation du système financier, dont l’objectif était d’accroître la mobilité et la liquidité des capitaux et de supprimer les frontières réglementaires entre les différentes Bourses, et qui a joué un rôle de catalyseur dans la crise actuelle, notamment avec l’apparition des produits dérivés. Ces derniers permettent aux spéculateurs de réaliser des gains – ou des pertes – considérables en pariant, par exemple, sur l’évolution de l’indice boursier. L’encours du marché des produits dérivés en 2008 est de 600 000 milliards de dollars (il était, en 1995, de 27 000 milliards de dollars, et, en 1990, de 5 700 milliards de dollars).

En l’absence d’un modèle économique viable, depuis 1987, les fluctuations financières et monétaires se suivent et ne se ressemblent pas. Le krach boursier de 1987 a été amorcé suite à l’annonce par le gouvernement américain d’un déficit budgétaire et commercial plus important que prévu ; le mini-krach de 1989 a résulté de l’échec de l’offre publique d’achat sur la société United Airlines aux USA ; la crise de 1997 fait suite aux taux de croissance élevés dans les pays du Sud-Est asiatique ; la crise boursière du début des années 2000 est liée à l’effondrement des valeurs technologiques (e-krach) et, enfin, la crise actuelle est due aux subprimes, crédits inventés, aux Etats-Unis, dans le cadre de l’endettement massif en vue de stimuler la croissance. Des crédits accordés par des intermédiaires sur la base de la valeur de l’immobilier et non sur les revenus. Pour le partage des risques, ces crédits ont été vendus au niveau mondial avec d’autres titres. A octobre 2008, le montant total des créances douteuses en circulation au niveau mondial était estimé à 60 000 milliards de dollars. On comprend tout de suite que le plan Paulson (des 700 milliards de dollars), prévoyant d’échanger les actifs de mauvaise qualité contre des obligations d’Etat afin de permettre aux institutions financières de se refinancer auprès de la banque fédérale américaine et de redonner confiance aux marchés interbancaires, n’est pas adapté à l’ampleur de la crise actuelle. Par ailleurs, l’adoption des normes IFRS par les Etats-Unis et d’autres pays a permis l’introduction du principe de la «juste valeur» qui implique une valorisation des actifs au prix du marché. Ce qui a permis, à un moment où les actifs étaient surévalués, d’accorder aux actionnaires des dividendes importants, inenvisageables lorsque les actifs étaient comptabilisés selon le principe du «coût historique». La crise financière actuelle révèle l’incapacité de l’intelligence humaine à modéliser les comportements humains sur le long terme. Car tout est lié. Ainsi, on ne peut remédier aux problèmes de la finance sans modifier l’économie et la culture, sans, par exemple, commencer par inculquer aux jeunes acteurs de la finance, une culture de la qualité des valeurs, qui leur permette de résister à la logique du «gagner toujours plus». Pour le moment, les réformes qui sont proposées sont de deux sortes. Il y a celles qui concernent la finance et d’autres, plus profondes, à mettre en oeuvre aux plans économique et politique. Concernant la sphère financière, voici quelques mesures que l’on devrait envisager :

– Redonner à la Bourse sa fonction initiale, à savoir apporter de l’argent frais aux entreprises, donc à l’économie réelle. Car, avec le temps, cette mission est passée au second plan et la Bourse est devenue un lieu de spéculation. Pire, les Bourses ont cessé de financer les besoins des entreprises et ont, au contraire, commencé à exiger des entreprises des efforts en vue de mieux rémunérer actionnaires et spéculateurs.

– Mieux encadrer l’encours des produits dérivés, voire supprimer les plus risqués pour la finance internationale. Déjà, par le passé, les dégâts provoqués par ces produits ont conduit les pays du G7 à recommander un suivi de leur évolution au niveau mondial.
– Confier la régulation du système financier international à un organisme proche de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) plutôt que du Fonds monétaire international (FMI), dont la vocation principale est d’aider les pays demandeurs à trouver des solutions au déficit de leur balance des paiements.

– Mettre en place une réglementation sévère pour sanctionner les délits d’initié.

– Mettre également en place une réglementation qui réprime les manipulations d’informations visant à embellir les comptes des entreprises cotées pour susciter, à tort, la confiance des investisseurs et des épargnants, à l’instar de ce qui s’est passé dans l’affaire Enron ou World Com. Cette réglementation doit réprimer les agissements de certaines agences de notation qui ont contribué à la diffusion des risques à l’échelle mondiale dans la crise des subprimes.

– Le Prix Nobel français Maurice Allais propose, quant à lui, en plus d’une réforme en profondeur des règles régissant l’octroi des crédits, une réforme du système financier qui aboutirait à la création d’une monnaie internationale. Pour lui, en effet, l’utilisation du dollar comme monnaie de référence a pour effet de financer les déficits des USA par la communauté internationale.