Créer la richesse

C’est dans les textiles et l’agroalimentaire, entre autres, que nos concurrents – libre-échange aidant- ont marqué des points importants dans la couverture de la demande intérieure. Une véritable substitution des importations à  notre production nationale dans les filières traditionnelles. L’envers de ce qui était recherché.

En ces temps moroses et incertains, personne ne contestera que la préoccupation centrale de la politique économique doit être la création de richesses et d’emplois. En effet, trop souvent dans notre pays, la question de l’emploi et celle du travail est posée en termes de recrutement dans la fonction publique alors qu’il conviendrait de réfléchir à la création de nouvelles activités, car de larges potentiels demeurent inexploités. Ces potentiels sont directement liés à la création d’activités nouvelles. Il ne s’agit pas ici de simples activités génératrices de revenus mais bien d’activités productives (principalement industrielles et de service). Des activités productives nouvelles correspondant à de nouveaux marchés pour de nouveaux produits.

Il faut admettre que nos activités industrielles demeurent insuffisamment développées. C’est parce que nous n’avons pas d’industrie compétitive dans nombre de filières que des emplois ont été détruits. C’est parce que l’industrie marocaine ne se situe pas assez dans une perspective de croissance et de diversification que des emplois ont du mal à être créés. Le Pacte national pour l’émergence industrielle est à mi-parcours. Son ambition était de créer 210 000 emplois nouveaux et de générer 42 milliards de dirhams de PIB additionnels. Des performances déjà révisées à la baisse par rapport au Plan Emergence initial qui prévoyait la création de 400 000 emplois à l’horizon 2015. Les indicateurs industriels montrent que, tant sur le niveau de l’emploi, du PIB sectoriel, que celui des équilibres extérieurs, la politique industrielle n’a pas été synonyme de résultats significativement performants. L’offre industrielle nationale peine à émerger réellement. La réalisation de quelques plateformes industrielles intégrées dédiées, le développement de ressources humaines qualifiées dans de nouveaux secteurs (offshoring, automobile, aérospatial), le démarchage de quelques acteurs de référence (Renault, Bombardier…) dans ce que l’on a qualifié des nouveaux métiers mondiaux du Maroc cache difficilement la lenteur de la diversification et surtout le peu de progrès réalisé dans la modernisation du tissu industriel existant.

C’est dans les textiles et l’agroalimentaire, entre autres, que nos concurrents – libre-échange aidant- ont marqué des points importants dans la couverture de la demande intérieure. Une véritable substitution des importations à notre production nationale dans les filières traditionnelles. L’envers de ce qui était recherché. Et pour cause : la panoplie d’initiatives programmées en vue de restructurer les secteurs en perte de vitesse n’ont pas été suivies d’effets. Sans être exhaustif, la promotion de nouveaux produits textiles (first fashion, jean et sportwear, lingerie), le développement de la distribution moderne et les aides à la création de marques nationales accusent un retard sur les objectifs annoncés… L’offre Maroc dans l’agroalimentaire souffre toujours d’une insuffisance d’appui à l’investissement des filières intermédiaires (chocolaterie, confiserie, boissons, etc.) et des filières liées au Plan Maroc Vert. Le manque d’une réelle vision territoriale du développement industriel, abusivement réduite à l’offre immobilière et des services d’infrastructures, se traduit par une perte de valorisation des potentialités productives locales. L’ambitieux plan de renforcement de la compétitivité des PME pâtit des faiblesses de l’accompagnement des entreprises ciblées dans la démarche d’amélioration de leur productivité ou de l’accès au financement en fonds propres et fonds d’amorçage. Or, on sait que les petites et moyennes entreprises, qui constituent le gisement d’emplois le plus fécond, souffrent d’une difficulté chronique de multiplier et encore plus de pérenniser la création d’emplois.

C’est en prenant la mesure des déficiences de mise en œuvre de la politique industrielle que des leviers de relance du programme émergence pourraient être identifiés et préconisés. Cette vision renouvelée de la nécessaire dynamisation du système productif industriel passe par une orientation majeure. Celle de la nécessité de retrouver une perspective de création de richesses. Du point de vue de l’Etat cela signifie une meilleure efficacité des actions publiques retenues; les incitations pourraient alors être évaluées selon leur capacité à induire des comportements privés de création de ressources, un développement de capacités et potentialités cachées, disséminées ou mal utilisées. L’environnement mouvant ou incertain et les incohérences des politiques publiques ont incité les chefs d’entreprises et les détenteurs d’actifs à rechercher le rendement immédiat et la sécurité plutôt que la prise de risque. Les chefs d’entreprises se sont préoccupés de placements mobiliers et immobiliers plutôt que de restructurations industrielles et de création de richesses. Le dynamisme boursier et immobilier des dernières années n’a pas été synonyme de dynamisme productif ; les intérêts des rentiers et des détenteurs d’actifs s’opposant à l’esprit d’entreprise. Une économie fondée sur la rente et la spéculation finit par engendrer stagnation et chômage et décourager la capacité d’entreprendre et l’innovation. Ce type de choix a aujourd’hui atteint ses limites et est devenu inefficace tant au niveau de l’entreprise qu’à celui du système productif ou de l’économie nationale.