Conte bref de la vie ordinaire

Un film avec Reg Park dans
le rôle de Maciste, ou Gordon Scott dans celui d’Ursus. Autres mythes gréco-romains qui viennent meubler notre imaginaire abreuvé de contes arabes. C’était nos humanités
à  nous ; nos heures de grec
et de latin en images
et en mythes.

Même dans un conte de la vie ordinaire, on peut lire ou entendre, selon que le récit est écrit ou raconté, l’expression de la pensée imaginaire de l’homme dans ce qu’elle a de plus magique : la réinvention du réel. Raconter une histoire est une belle aventure riche de promesses : il était une fois… Tout conte commence par l’incertitude et l’effacement du temps et de l’espace. Il ne souffre ni le préétabli du décor planté ni la localisation de l’époque annoncée. Un conte circule librement dans l’histoire de l’humanité et se nourrit de ce qu’il charrie ici et là . Mais il est au moins deux questions que l’on se pose aujourd’hui sur l’origine du conte et sa disparition depuis près de deux siècles : d’o๠viennent les contes et pourquoi n’en produit-on plus ? Si des études ont été dédiées, il y a fort longtemps déjà , à  ces questions avec comme réponses, entre autres, la teneur orale du conte, la prépondérance de l’écrit et le progrès de la lecture, on peut dire plus simplement que le conte a disparu avec la disparition de la tradition populaire des conteurs. Au Maroc, dans toutes les villes dites impériales, Fès, Meknès, Marrakech, Salé, il y avait un espace, une place ou esplanade o๠au moins un conteur avait pignon sur rue auprès d’autres saltimbanques se produisant au milieu de ces scènes en formes de cercles hlaqi qui ont tant fait pour la culture populaire et l’imaginaire des enfants des rues étroites. La place Bab Al Makina (du nom de la fabrique d’armes, arsenal du temps de Hassan Ier) à  Fès, aujourd’hui réservée au Festival de la musique sacrée, a connu des conteurs de talent qui faisaient le tour des autres places des villes anciennes dans des tournées bien organisées. Les contes et légendes Al Azalia et les rebondissements des récits des Mille et une nuits ont nourri une enfance insouciante sous les grandes murailles percées de trous d’hirondelles qui enserrent ce bel espace. En été, lorsque les écoles fermaient pour de longues vacances que presque personne ne prenait, parce que la mer est loin, parce que l’argent est rare, parce qu’il faut aider, qui son père marchand à  la sauvette, qui sa mère veuve et porteuse d’eau ; en été donc, vers la fin de l’après-midi, quand les ombres des murailles s’allongent et que l’air se rafraà®chit, le conteur annonce les titres de ses prestations à  coup de def (tambourin à  la forme carrée) afin d’attirer les spectateurs baguenaudant sous les chants stridents et l’envol en piqué des hirondelles qui font les folles de part et d’autre de la place Bab al Makina. Bien sûr, nous croyions tout ce que disait le conteur de ces personnages beaux et invincibles: rois bons et généreux, reines belles et inaccessibles, princes forts et fidèles ou simples héros sans peur, sans reproche et sans argent. Tout en admirant les premiers, on s’identifiait surtout avec les seconds. C’est merveilleux, un conte, car il te donne de l’action, du merveilleux et du rêve. Alors que veut le peuple ? Rien, sinon voir un film avec Reg Park ou Mark Forest dans le rôle de Maciste, ou alors Gordon Scott dans celui d’Ursus. Autres mythes et légendes gréco-romains qui viennent meubler notre imaginaire abreuvé de contes arabes. C’était nos humanités à  nous ; nos heures de grec et de latin en images et en mythes. Le conte et le péplum se complétaient et se rejoignaient dans l’art de nous faire bercer par le beau et le merveilleux, le juste et le parfait : on applaudissait le bon et sifflait le méchant qui finit toujours par mordre la poussière. On commençait à  savoir que dans la vie, les choses ne se passaient pas ainsi, mais on s’en foutait et la vie avait tort de ne pas être ainsi. Ce qui est merveilleux aussi dans les contes comme dans les péplums, c’est que les ogres et les dragons sont toujours aussi grands que les montagnes. Ce sont peut-être ces ressorts simples et féeriques à  la fois qui font le succès d’Harry Potter, ce personnage moderne issu des contes merveilleux de jadis et mis au service et à  la portée de l’imaginaire universel de la jeunesse d’aujourd’hui. Le tome six-plus de sept cents pages- connait un immense succès dès sa mise en vente à  travers le monde, mais il est un point qui différencie le conte classique de celui de Potter : sa longueur. Les meilleurs contes sont ceux qui finissent bien et vite. Et savez-vous qu’elle est le conte le plus court et le plus parfait selon le romancier italien Italo Calvino cité par l’écrivain espagnol Enrique Vila-Mitas ? Il s’agit de ce qu’a écrit un autre écrivain guatémaltèque, Augusto Monterrosso : «Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là