Consommation, les ressorts sont cassés

L’atonie de la demande des ménages est évidente. Il suffit de descendre dans la rue pour la toucher du doigt : des boutiques peu fréquentées; des vitrines balafrées par les «réclames»; des affiches en panne de rêve qui ne savent plus que vanter des prix bas. On pourrait aussi parler des caddies qui ne débordent plus, ou seulement de produits à  petits prix. Au fil des mois s’est installée l’idée que la crise était profonde. Aujourd’hui,
les chiffres sont là  pour certifier
les impressions.

L’idée commence à  se faire jour que la morosité actuelle est due, en partie tout au moins, au fait que les Marocains consomment peu. La croissance n’exige pas actuellement de produire mais de vendre. Lorsqu’on consomme moins, une baisse de la production s’ensuit inexorablement, et apparaà®t le spectre du ralentissement économique. Dès lors, il faut inviter les citoyens à  consommer plus. Vérité de La Palice d’une certaine façon, cette proposition surprend, voire choque quelques esprits. Il est vrai que l’attention de la politique économique se porte tout entière sur l’investissement. Investir, c’est produire plus, donc consommer plus. Pourtant il est bien évident que cette relation causale est souvent mise à  défaut. Les faits possèdent une logique que l’esprit humain est parfois tenté d’oublier. On semble avoir grandement méconnu que le progrès de l’économie ne suppose pas seulement une croissance de l’investissement mais une croissance parallèle de la consommation. Pour lutter contre la morosité, il faut donc chercher les raisons de la faiblesse de la consommation et voir quelle action on peut entreprendre sur elle. L’atonie de la demande des ménages est bien évidente. Il suffit de descendre dans la rue pour la toucher du doigt : des boutiques peu fréquentées ; des vitrines balafrées par les «réclames» ; des affiches en panne de rêve qui ne savent plus que vanter des prix bas. On pourrait aussi parler des caddies qui ne débordent plus, ou seulement de produits à  petits prix. Au fil des mois s’est installée l’idée que la crise était profonde. Aujourd’hui les chiffres sont là  pour certifier les impressions. La consommation, ce moteur de la croissance a les ressorts cassés. Le prêt-à -porter fait des soldes mirobolantes ? La concurrence sauvage de la friperie le déstabilise. Le secteur de l’équipement ménager ne décolle pas ? Les prix demeurent élevés. Les bouchers sont de mauvaise humeur ? La consommation de viande rouge stagne malgré la chute des prix du bétail. Pourquoi voudrait-on que les boulangers soient optimistes ? La demande en pain et pâtisserie ne progresse pas sensiblement. Certes, les petits commerçants ont la réputation de ne jamais être contents. Mais sur le terrain, ils peuvent toucher la morosité du doigt. La liste des ventes à  crédit s’allonge. Et leurs difficultés sont aggravées par l’avancée de la grande distribution, d’autant plus irrésistible qu’elle puise son succès dans ses prix bas. La tension s’exacerbe entre petit et grand commerce, et industrie et distribution sont à  couteaux tirés. La montée de la vulnérabilité sociale a réduit le pouvoir d’achat d’une large partie de la population et rendu plus incertaines les ressources des ménages, limitant leur capacité à  s’engager dans des dépenses lourdes. Face à  une diminution des ressources, trois solutions sont possibles : piocher dans ses économies (pour ceux qui le peuvent), s’endetter ou réduire ses dépenses. En général, les ménages vulnérables n’ont guère d’argent de côté. D’o๠la montée du surendettement, notamment quand le ralentissement économique fait progresser le nombre de pauvres. Proportionner sa consommation à  des revenus en baisse n’est en effet possible que dans certaines limites : il faut bien payer son loyer, habiller et nourrir ses enfants. Le décalage entre le possible et ce qui est considéré comme la norme devient alors extrêmement difficile à  vivre, dans la vie quotidienne, mais aussi sur le plan symbolique, dans une société o๠la publicité et l’environnement social vous rappellent constamment votre différence. Le développement de la précarité de l’emploi qui pèse sur beaucoup de salariés a freiné les dépenses d’équipement et de logement. Quand bien même on dispose aujourd’hui de revenus permettant d’accéder à  un logement plus spacieux, la décision n’est pas évidente à  prendre quand on ne sait pas de quoi demain sera fait. Même chose s’il s’agit de s’endetter pour acheter une nouvelle voiture. Les marchands de crédit font tout pour pousser à  la consommation, mais bien des ménages hésitent avant de s’engager dans des dépenses lourdes. Sous l’effet du ralentissement économique, l’homo consommatus fait un peu plus attention à  son porte-monnaie et accroà®t son épargne de précaution. Ce manque de confiance est révélateur d’un avenir plus incertain.