Comprendre la logistique territoriale au Maroc

Enjeu économique mais aussi territorial, la logistique territoriale au Maroc contribue à l’efficacité des autres activités qui en consomment les services. Sur le plan territorial, la logistique est un remarquable outil d’analyse, et précisément un révélateur de la division spatiale des activités.

Les définitions académiques et professionnelles de la logistique sont nombreuses et disparates. La plupart sont pertinentes mais se référent à un aspect particulier de la question, à moins de définir la logistique par ses finalités très générales et non par son contenu substantif : «Mettre à disposition le bon produit, au bon endroit et au bon moment, au moindre coût».

Les multiples sens du mot logistique sont apparus au fil du temps et l’on peut ainsi en dresser une taxonomie chronologique. Ils renvoient à des enjeux différents, dont on retiendra ici les dimensions économiques et spatiales.

Dans une étape ultérieure, la gestion logistique sort des limites de l’entreprise et touche les relations entre firmes, pour optimiser par exemple les flux reliant une entreprise, ses fournisseurs et sous-traitants et ses propres clients. Elle touche à la charnière cruciale qu’est la coordination de la production et du marché.
Si la prédominance d’intérêts contradictoires entre les acteurs n’y fait pas obstacle, la gestion logistique vise à embrasser toute la chaîne d’approvisionnement (supply chain management) de l’amont à l’aval (ou réciproquement de l’aval à l’amont dans une optique de flux tirés où les fluctuations du marché commandent l’ordonnancement de la production), «du fournisseur du fournisseur au client du client».

Enjeu économique

La logistique est une branche industrielle en émergence, dont la limite traverse celle de plusieurs branches traditionnelles et qui de ce fait est encore mal saisie par les systèmes statistiques et administratifs. Son activité est croissante et créatrice d’emplois (emplois de main-d’œuvre relativement peu qualifiée et emplois de spécialistes qualifiés).

Dans le contexte actuel de mondialisation économique, on soulignera que la logistique n’est pas délocalisable, sauf évidemment à accompagner des activités industrielles délocalisées et à contribuer à l’implantation de systèmes de distribution dans de nouveaux territoires. L’allongement (géographique et organisationnel) des filières de production et de distribution repose sur le développement logistique. La logistique liée aux activités de production et de consommation locales est nécessairement produite localement.

Outre son développement propre, la logistique territoriale au Maroc contribue à l’efficacité des autres activités qui en consomment les services. L’amélioration de l’efficacité des approvisionnements et de la distribution participe pleinement des gains de productivité et de compétitivité de l’ensemble du tissu productif. La valeur ajoutée logistique se répartit entre les parties mobiles de son processus et de son réseau (les arcs de transport) et les parties statiques (les nœuds du tri, de l’entreposage et de la transformation des produits), qui ont les unes et les autres une évidente composante territoriale. Parmi les enjeux économiques, et surtout en période de chômage persistant, l’emploi occupe une place de premier ordre qui appelle un examen approfondi. Mesurer l’emploi logistique pose une difficulté particulière. La logistique désigne en effet une famille relativement cohérente d’activités rattachées à des branches d’activités différentes: transport, entreposage, emballage et conditionnement, manutention…

Au Maroc, et selon des études de l’AMDL et de la CGEM, la logistique représente une part essentielle du tissu économique. Elle contribue à hauteur de 5% du PIB, emploie environ 300 000 personnes (dont 25-30% pour le compte d’autrui) et apporte une contribution majeure à tout le tissu industriel et commercial du pays, participant à la croissance du pays en général, ainsi qu’à celle de la balance des paiements, à travers les exportations et les investissements directs étrangers.

Enjeu territorial

Pour l’observateur du territoire, la logistique est d’abord un remarquable outil d’analyse, et précisément un révélateur de la division spatiale des activités. Le territoire n’est pas une mosaïque, une simple juxtaposition de zones distinctes les unes des autres, mais un système intégré où l’activité de chaque zone dépend, à travers de multiples interactions, de celle des autres. En particulier, les flux de transport de produits permettent de mesurer la nature et l’intensité des échanges matériels entre zones, étant entendu que d’autres échanges existent (de personnes à travers les déplacements professionnels, de services, d’informations, de ressources financières…) qui malheureusement se prêtent moins aisément à une mesure et une observation spatiale. L’analyse des flux de produits devrait être effectuée pour tout diagnostic régional, que les transports fassent ou non partie des enjeux de l’étude.

On entend par «Zone logistique» une zone d’activité dédiée à la logistique, comportant un ou plusieurs types de plateformes différentes, avec une mutualisation des infrastructures communes et des services généraux sur site. La colocalisation de plusieurs types de plateformes dans une même zone logistique et l’établissement de couloirs logistiques autour des grandes métropoles permettent la mutualisation de la connectivité de la zone en infrastructures routières, autoroutières et ferroviaires. La stratégie de développement de la compétitivité logistique prévoit pour le Grand Casablanca la mise en place de huit plateformes logistiques multi-flux d’une superficie totale de 607 ha en 2015 et 978 ha en 2030. Ces plateformes se situeront sur les corridors Zénata– Nouaceur et Nouaceur- Lakhyayta. Elles comprendront la plus grande plateforme conteneurs du Royaume. Il s’agit de la zone logistique de Zénata qui est développée progressivement en fonction de l’évolution de la demande à Zénata sur une superficie totale de 323 ha.

Les flux de transport, connus avec une bonne précision, permettent de connaître les déplacements des marchandises sur le territoire (en quantités physiques et en distinguant selon la nature des marchandises) et les techniques de transport utilisées. Les établissements et sites logistiques sont évidemment situés à une extrémité des flux de transports, origine ou destination, et leur fonction comme leur importance s’apprécient à travers les flux qui les touchent. Arcs et nœuds appartiennent au même réseau.

Rappelons enfin que les flux décrivent le territoire comme un système intégré, où chaque zone n’est ce qu’elle est qu’en relation avec les autres.