Compétitivité

La compétitivité est la clé du développement durable et
la condition d’un modèle social et environnemental avancé. Rien ne se fera donc sans une compétitivité sectorielle retrouvée.

Une question préoccupe l’observateur de notre économie, c’est celle de la dégradation de sa compétitivité. On me dira que c’est un des axes prioritaires de l’action des pouvoirs publics depuis belle lurette. Mais c’est une priorité qui demande encore à être concrétisée. Le diagnostic est clair. Que nous disent les faits ? D’abord que le tissu productif national demeure poreux. Il compte des milliers d’entreprises, essentiellement des PME, fragiles. Deuxième constat : certes, il n’y a pas encore de désindustrialisation, mais notre tissu productif doit absolument s’adapter s’il veut tenir le coup face aux changements structurels que provoquent la mondialisation, l’attractivité du rendement foncier et immobilier et la prépondérance croissante des services dans notre économie. Troisième constat, très préoccupant : notre productivité s’effrite. Nos investissements dans la modernisation des équipements, la recherche appliquée, l’innovation sont inférieurs à ceux de nos concurrents. Notre économie ne parvient pas à répondre à une demande croissante de travail qualifié. Dernier constat : le Maroc doit transformer le défi de l’ouverture en opportunité pour son économie. Nous devons tirer parti du pouvoir d’achat des marchés mondial et régional, tendre à l’harmonisation souple et progressive du cadre réglementaire et faire du Maroc un hub régional dans une  mondialisation féroce.
Pour tenir le pari de la croissance durable, nous devons redynamiser le tissu productif. Et j’entends par là l’agriculture, l’industrie et les services qui lui sont liés, et réciproquement. Le Maroc dispose pour ce faire d’une multitude de leviers d’action. Deux sont particulièrement efficaces et complémentaires : une politique industrielle raisonnée et une politique agricole ciblée et territorialisée. Nous avons besoin de la conjugaison des deux. Notre compétitivité globale ne sera clairement envisageable que si notre industrie est attractive et notre agriculture est dynamique. Les politiques sectorielles ont imposé leur retour sur l’agenda politique. Il ne peut y avoir de perspective de consolidation des équilibres macro-économiques en l’absence de compétitivité sectorielle. Après quelques années d’égarement, pendant lesquelles il était devenu impensable d’accorder de l’importance à l’agriculture ou à l’industrie, la politique économique retrouve un peu de sagesse et de pragmatisme aussi. Pas de développement durable sans une compétitivité confortée de notre industrie et notre agriculture. Comment créer des emplois, sans une base productive solide pour notre économie ? La compétitivité est la clé du développement durable et la condition d’un modèle social et environnemental avancé. Rien ne se fera donc sans une compétitivité sectorielle retrouvée.
Faut-il aussi mettre en cause nos entreprises qui seraient trop frileuses, trop tournées vers les marchés proches, pas assez mobiles dans un monde en profond changement ? Il est vrai que nos PME sont insuffisamment actives à l’international. Il est vrai aussi que la structure géographique de nos échanges ne nous permet pas de tirer le meilleur parti de la mondialisation. Nous avons le record de prélèvements obligatoires, comme celui des réglementations. Nous avons un secteur privé timide et une Administration qui pèche par manque d’efficacité. Notre marché du travail est encore rigide paralysé par des procédures et des comportements archaïques. Mais la compétitivité n’est pas synonyme de bas salaires. La compétitivité prix ne dépend pas uniquement du coût du travail (mais aussi pour une part importante du coût du capital et surtout de l’efficacité du travail) et la compétitivité extérieure ne dépend pas seulement de la compétitivité prix. On ne saurait en tout cas fonder durablement une croissance -même la Banque Mondiale le reconnaît aujourd’hui- sur le bas niveau de vie et l’exclusion du bien-être de la grande majorité d’une population. Et il se trouvera toujours des pays (aujourd’hui la Chine, la Thaïlande, les Philippines…, demain d’autres) où les niveaux de rémunération sont plus bas que chez soi et qu’il est vain de concurrencer dans une course dont l’aboutissement est le nivellement social général par le bas. La compétitivité est en fait fondamentalement liée à une productivité plus élevée. Or, le Maroc souffre d’une baisse tendancielle de la productivité apparente du travail. La hausse de la productivité, là est le véritable défi auquel est confrontée l’économie marocaine. Michael Porter n’a sans doute pas tort lorsqu’il postule que «la productivité est l’élément nourricier du niveau de vie» ; à long terme, c’est elle qui conditionne le niveau de vie d’une nation, car d’elle découle le revenu national par habitant. Elle dégage de hauts revenus, crée le revenu national sur lequel sont prélevés les impôts qui financent les services publics, permet aux entreprises d’un pays de satisfaire à des exigences élevées en matière sociale. Peut-être serait-il temps de nous interroger sur les boulets qui empêchent nos entreprises d’améliorer la productivité du travail et de se battre à armes égales. Les problèmes structurels et les insuffisances sont identifiés de longue date -formation, encadrement, motivation, organisation, management-, parmi lesquels les dépenses d’innovation occupent une place de choix, pèsent sur notre compétitivité globale. Il est donc grand temps de réagir avec pragmatisme sur ce volet. Le défi d’aujourd’hui n’est pas de mener des politiques industrielle ou agricole de sauvetage ni de mettre les entreprises sous perfusion. Il est temps d’investir dans la formation, la modernisation des équipements, des projets innovants.