Comment faire de la croissance dans un monde aussi déprimé ?

Les dernières prévisions internationales donnent froid dans le dos. Dans ce contexte, les prévisions d’une croissance nationale de 5%, c’est une chimère.

Les prévisions de l’économie internationale pour 2012 font peur au nouveau gouvernement : le Fonds monétaire international a fortement revu à la baisse la plupart de ses prévisions pour la nouvelle année. Certes, la croissance mondiale ne baisserait que très légèrement sa prévision, 4,3% au lieu des 4,5% attendus. Mais si l’on regarde de près les pays avec lesquels le Maroc commerce le plus, la situation est bien plus alarmante. La croissance française est désormais attendue de 1,9% à 1,6% ; celle de l’Espagne a été ramenée de 0,7% à 0,3%. Sur l’ensemble de la zone Euro, le FMI n’attend plus que 1,4% contre 1,7% auparavant. De l’autre côté de l’Atlantique, les nouvelles sont moins mauvaises mais la prévision a aussi chuté de 2,7% à 2% pour 2012.  Et le pire reste encore à venir. La directrice générale du FMI a réaffirmé la semaine écoulée que les chiffres de la croissance mondiale seraient révisés encore à la baisse, notamment en raison de la crise de la zone Euro même si les autorités finiront par trouver une solution crédible à la crise de la dette souveraine de la zone Euro. Les craintes liées à la dette ont entraîné une détérioration du sentiment et un resserrement des conditions financières, ce qui pèse sur la croissance économique. Les perspectives de 2012 dépendront largement des développements en Chine et dans les pays émergents au cours des prochains mois. Le principal risque baissier pour les marchés émergents est lié aux flux de capitaux. Les flux vers les marchés émergents se sont taris, ce qui a entraîné une nette dépréciation de la plupart des devises du monde émergent. Mais s’il est clair que dans cette morosité ambiante les marchés émergents affichent de meilleurs fondamentaux que les marchés développés, l’impact de leur performance sur l’économie nationale est faible.

Autant dire que d’un point de vue macro-économique, la croissance économique mondiale, la faible confiance des consommateurs et l’austérité budgétaire dans les économies de la zone Euro suggèrent un déclin de la demande adressée aux pays tiers et, par conséquent, au Maroc. Les pays européens, y compris le Royaume-Uni, poursuivront la réduction des déficits. 

Bien pire, le scénario central pour les matières premières reste haussier. De façon générale, le profil de la croissance mondiale soutient largement le cours des matières premières. Tout d’abord les marchés émergents et la Chine en particulier pourraient compenser un ralentissement économique des marchés développés et pousser les matières premières à la hausse. Deuxièmement, l’offre des matières  premières demeure limitée en raison de plusieurs années de sous-investissement, des risques géopolitiques, de l’épuisement des réserves, des perturbations climatiques, des restrictions réglementaires, des conflits sociaux ou de l’appréciation de la devise des pays producteurs.  Troisièmement, les risques géopolitiques soutiennent, à court terme, les prix pétroliers. Les craintes accrues relatives à l’Iran et à ses plans nucléaires jouent un rôle important. Bien qu’il soit difficile de prévoir les développements politiques au Moyen-Orient, les prévisionnistes tablent sur un prix du brent entre 90 et 110 dollars en 2012. Ce qui n’est pas un bon signe pour les comptes budgétaires nationaux.

En somme, les dernières prévisions internationales donnent froid dans le dos. Dans ce contexte, les prévisions d’une croissance nationale de 5%, c’est une chimère. Car il est difficile d’entrevoir que la dynamique de la consommation intérieure puisse compenser fortement l’atonie de la demande externe. D’un côté, l’année agricole est mal partie et les revenus des foyers ruraux, soit plus de 40% de la population, en souffriront. De l’autre côté, l’économie a besoin d’être stimulée alors que la gestion du déficit budgétaire s’impose comme une préoccupation fondamentale des responsables politiques. C’est dès lors aux autorités monétaires qu’il incombe de soutenir l’économie pour lui permettre de rester, au mieux, sur le cours de 3% de croissance. On devrait s’attendre à ce que celles-ci assouplissent davantage leur politique déjà accommodante. Actuellement, la politique monétaire constitue le principal mécanisme susceptible de contrer les développements cycliques, car la marge de manœuvre sur le plan budgétaire est désormais limitée. En réaction aux développements cycliques et financiers, les banques centrales du monde entier ont déplacé leur priorité de l’inflation vers la croissance et ont procuré le principal soutien à la conjoncture mondiale. Le Maroc suivra-t-il à cette tendance ? Dans certains pays émergents, les banques centrales ont pris des mesures préventives, en abaissant les taux pour stimuler leur économie domestique. Ceci a été rendu possible par la baisse de l’inflation et l’apparition des premiers signes d’une spirale négative en raison notamment d’un net repli de la croissance des exportations. A bien des égards, le Maroc se trouve dans la même posture. Pour les entreprises, ceci est synonyme d’approche de financement dynamique en mesure de faire face à un ralentissement de la croissance.