Cinéma : pugilats à  répétition sur fond de crise

Vous avez remarqué au passage que la femme et le poète sont associés aux autres cas sociaux comme relevant d’un programme de sauvegarde, quelque part entre le PNUD, l’OMS , la FAO et l’Unesco :
une sorte de patrimoine commun de l’humanité qu’il s’agit de promouvoir et de faire connaître.

Maintenant que les lampions de la fête se sont éteints et que la poésie a eu sa journée, le 21 mars dernier ; maintenant que les poètes et ceux qui les ont écoutés ont remballé leurs mots, leurs plumes et leur bazar fait de rimes et de rames de papier piqué de vers, de sonnets rangés en pieds, en alexandrins et, en arabe, à travers des «bouhour» scandés au rythme des pas de chamelle : «moustaf’îloun, faîloun , moustaf’îlou» ; ou en ces vers libres qui font les délices des poètes modernes ; maintenant, donc que les chapiteaux de la foire d’un jour, qui revient tous les ans à l’aube du printemps, sont démontés, posons cette question simple comme bonjour : que demeure-t-il de tout cela ?

Le grand poète allemand Hölderlin a une réponse que l’on peut comprendre comme on veut ou comme on peut : «Mais ce qui demeure, les poètes le fondent». C’est court et ça n’avance pas beaucoup ceux qui veulent analyser le pourquoi du comment, mais ce n’est pas fait pour, car la poésie, c’est toujours autre chose, comme disait l’autre. Elle vous fait cheminer d’avec les mots, mais l’important c’est le… chemin, prétendent les poètes. Que ne disent-ils pas ces poètes qu’une journée célèbre depuis que l’Unesco avait érigé le 21 mars en journée commémorant le génie des mots ? Tiens, c’est juste après le 8 mars qui célèbre la femme. Le printemps sied-t-il donc aux mots habillés en vert comme il va aux femmes court vêtues ? En tout cas, il inspire dame Unesco qui n’en finit pas de jongler avec un agenda quasiment saturé.

On a lu de bien étranges intitulés de débats programmés pour la circonstance, telle cette interrogation autocritique : «La poésie sort-elle gagnante des grandes manifestations des poètes ?». On peut répondre par «non» et mettre ainsi fin au débat en un mot de trois lettres. Peut-être que la poésie y gagnerait-elle en économisant tous les laïus et les gloses qu’on déverse en son nom, les apophtegmes lancés comme des pétales de rose sur le passage des poètes conviés aux petits fours de la Journée de la Muse. Ces journaliers qui s’amusent en enfilant les mots et qui d’un rien font une rime mais ne savent répondre à cette question lassée de Paul Valéry :

«Ô ! qui dira les torts de la rime ?»
L’autre thème de réflexion consacré à la poésie au cours de cette journée est un classique du genre. Il est convertible et adaptable à souhait chaque fois que l’on célèbre, au cours d’une journée, un produit de la nature : faune, flore ou de l’humanité : l’eau, l’arganier, l’olivier, le loup, l’enfant, la femme, le trisomique, le nain, le surdoué et son contraire le cancre (lequel est souvent un poète, mais ça ne rentre pas dans la grille établie par les cracks du développement humain) et bien d’autres catégories animalo-socio-professionnelles… Ce fameux thème est : «La place du poète dans la société».

Vous avez remarqué au passage, dans la catégorie de l’humanité du moins, que la femme et le poète sont associés aux autres cas sociaux comme relevant d’un programme de sauvegarde, quelque part entre le PNUD, l’OMS , la FAO et l’Unesco : une sorte de patrimoine commun de l’humanité qu’il s’agit de promouvoir et de faire connaître. Existe-t-il plus bel hommage que celui de vous tenir, Mesdames et Messieurs les Poètes, dans une si prestigieuse promiscuité et non loin de la Baleine blanche et du sublime Arganier du Sud marocain ? Dans cette chronique qui ne paraît qu’en fin de mois de mars, je n’ai que des majuscules à vous servir et, si vous me permettez d’invoquer Sénèque pour le paraphraser lorsqu’il avance que «la philosophie enseigne à faire, non à dire» A ce propos et lorsqu’on sait que ce pauvre Sénèque, 65 ans après J.C., était chargé de l’éducation de Néron et que ce dernier le condamna à se suicider, on se demande si les bons conseils font vraiment du bien à ceux qui les donnent. En tout cas, la poésie enseigne – si tant est qu’elle le fasse – de lire, de dire et de laisser dire en prose, en rimes et sans rimes. Dire, par exemple, des choses aussi belles, justes et douces que celles de la fin d’un poème tiré de «Pluie» dans L’Exil de Saint-John Perse : «(…) Lavez ô pluies ! les plus beaux dons de l’homme… au cœur des hommes les mieux doués pour les grandes œuvres de raison»