Ce vent de régression qui souffle sur l’Hexagone

cette actualité française nous touche d’abord car elle concerne les écoles de ces cités où vivent nombre de nos compatriotes et que les parents qui ont pris part à  ce «jour de retrait» sont pour beaucoup des musulmans. Elle nous touche également parce que, à  l’origine de cette affaire, il y a deux femmes du Maghreb : Najat Vallaud Belkacem, la ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, dont le père est marocain. Farida Belghoul, ancienne figure du mouvement beur passée à  l’extrême droite, dont le père est algérien.

Une des dernières actualités françaises a de quoi fortement interpeller. Pour ce dont elle est le reflet, ce vent de régression qui souffle sur l’Hexagone de même que chez les voisins espagnols mais surtout en raison du profil de deux de ses principaux acteurs. Cette actualité se rapporte à cette invraisemblable rumeur qu’un groupe a fait circuler sur le net, rumeur qui accuse l’Education nationale française de prôner l’homosexualité dans les écoles et d’y apprendre la masturbation aux enfants (!) à travers l’enseignement de la «théorie du genre». Après avoir ainsi affolé les parents, les auteurs de ce mouvement ont appelé ces derniers à faire manquer l’école à leurs enfants pour marquer leur indignation. Ce «jour de retrait» a été suivi par 30% des parents dans une centaine d’établissements. Au regard des 40 000 écoles existant sur le territoire français, c’est insignifiant mais l’affaire a été jugée suffisamment grave pour que le ministre de l’éducation et l’ensemble des médias s’en émeuvent. En quoi maintenant cette actualité française nous touche-t-elle ? Elle nous touche d’abord car elle concerne les écoles de ces cités où vivent nombre de nos compatriotes et que les parents qui ont pris part à ce «jour de retrait» sont pour beaucoup des musulmans. Elle nous touche également (et cet aspect est sans doute le plus intéressant) parce que, à l’origine de cette affaire, il y a deux femmes du Maghreb : Najat Vallaud Belkacem, la ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, dont le père est marocain. Farida Belghoul, ancienne figure du mouvement beur passée à l’extrême droite, dont le père est algérien. Avec Vincent Peillon, le ministre de l’éducation, la première a lancé le 13 janvier dernier, à titre expérimental, «l’ABCD de l’égalité» dont l’objectif est de lutter contre les stéréotypes sexués dès l’école pour favoriser, plus tard, l’égalité hommes-femmes. Quant à la seconde, Farida Belghoul, elle n’est autre que l’initiatrice du boycott de l’école en signe de protestation contre ce dispositif qualifié d’enseignement de la «théorie du genre».Déformant le propos, Farida Beghloul fait de cet ABCD une «théorie du genre» qui prônerait la transsexualité et l’homosexualité. Or, s’il existe bien des études du genre dont ce dispositif pourrait s’être nourri, celles-ci se contentent de mettre en évidence ce qui relève de la construction sociale et non du sexe. Aidant à déconstruire les stéréotypes et à sensibiliser à l’égalité homme/femme, elles n’ont strictement rien à voir avec une quelconque défense de l’homosexualité. Mais une Farida Belghoul, qui est tout sauf inculte et dont même ses détracteurs reconnaissent l’intelligence, le sait pertinemment. On est donc là face à un exemple manifeste de manipulation politique par quelqu’un que la volte- face idéologique dépouille de toute crédibilité. «Elle a pété un câble», disent de l’intéressée ses anciens compagnons de route. Les motivations de cette dame qui, après avoir porté des idéaux de gauche, s’est tournée vers le religieux pour à présent flirter avec l’extrême droite lui appartiennent. Elles en disent long cependant sur ces retournements de veste dont l’origine puise dans la déception et le ressentiment. Des Farida Belghoul, on en croise plus qu’il n’en faut surtout par temps de crise et de confusion des repères. Il est, par contre, peu fréquent qu’un tel changement soit le fait d’une femme sur une question aussi centrale que celle de l’égalité des sexes. C’est dire à quoi le besoin d’être sous les projecteurs, de se poser en leader d’un mouvement et de gagner en visibilité médiatique peut conduire. Le cas Farida Belghoul est extrême. Mais il renseigne sur ce qui fait le moteur de bon nombre de leaders politiques, à savoir ce besoin irrépressible de pouvoir, un besoin pudiquement drapé de l’habit des valeurs et des principes.

L’autre point que cette affaire révèle est celui de la présence de plus en plus marquée des originaires du Maghreb sur la scène politique française. Que l’on ait ainsi, de chaque côté du spectre idéologique, deux Maghrébines qui font le jeu politique n’est pas anodin. Comme il n’est pas anodin que des Français musulmans basculent du côté de l’extrême droite au nom de la défense de la famille et des valeurs traditionnelles. Les deux rives de la Méditerranée se rapprochent même si ce n’est pas toujours dans le meilleur des sens.