CAN 2004 : La force du mental

Le Onze marocain a réussi là où, tous, nous n’avons cessé de faillir : il a réappris le sens de l’espoir à des millions de ses congénères, il leur a démontré qu’il est possible de surmonter l’obstacle dès lors que l’on se bat. Grâce à lui, les jeunes ne sont plus orphelins de modèle positif. Ils en ont désormais un dans lequel se projeter et s’identifier, un modèle qui peut les tirer vers l’avant et leur distiller la force d’affronter l’adversité. Les poulains de Baddou Zaki ont réussi à réveiller l’amour et la fierté de tout un peuple pour son pays et, en cela, c’est un immense cadeau qu’ils nous ont fait.
Si nous ne devions retenir qu’un moment de cette CAN 2004 qui a réconcilié les Marocains avec leur image nationale, ce serait sans hésitation aucune les dix dernières minutes du quart de finale Maroc-Algérie.
Quand, à la quatre-vingtième minute de jeu, le ballon rond vint se loger dans les filets marocains, l’affaire, avec un score de 1-0 en faveur des Algériens, paraissait entendue. Sur place, les dix mille supporters de ces derniers entonnaient déjà le chant de la victoire tandis que, terrassés par le choc, bon nombre de téléspectateurs marocains renonçaient à suivre davantage la retransmission du match sur leur petit écran. Et pourtant ! Trois minutes avant la fin, une superbe clameur les y précipitait à nouveau. Envolée la déprime ! Un but salvateur venait de sauver la mise marocaine. Refusant de s’avouer vaincus, les joueurs de l’équipe nationale avaient continué à monter à l’assaut des bois algériens. Malgré la pression d’un public acquis à la partie adverse, malgré l’approche imminente du coup de sifflet final, leur jeu demeurait remarquablement coordonné. Et leur sang-froid admirable. Tant et si bien que l’impossible devint possible : la vapeur fut renversée et les menés devinrent meneurs.
L’exploit de ces quarts de finale ne fut pas réédité en finale mais les Marocains ne s’y sont pas trompés. La déception suscitée par la victoire tunisienne digérée, ils ont déboulé en masse dans la rue pour rendre hommage à ceux qui ont porté haut les couleurs de leur drapeau. Ce jour-là, comme les jours précédents, il fallait y être, vivre en live ces flux de bonheur et de reconnaissance jaillissant d’une foule à composante essentiellement jeune et très jeune pour mesurer ce que l’émergence de cette «équipe de copains» a pu signifier pour les Marocains. «On a perdu la coupe? Ce n’est pas grave ! On a gagné quand même ! Vive le Maroc ! Vive Baddou Zaki ! Vive les Lions de l’Atlas» ! Dans les bouches, un verbe quasi identique fleurissait quel que soit l’âge ou la catégorie sociale. Mais, après tout, pourrait-on dire si l’on devait n’appréhender cette liesse populaire qu’à travers la lorgnette d’un intellectualisme réducteur, qu’est-ce que tout cela ? Du foot, juste du foot ! Des fans qui s’excitent autour d’un ballon et des bonhommes qui courent derrière! Sauf que dans le cas de figure qui nous concerne, celui d’une société désertée par le rêve et par l’espoir, cela – on l’aura tous compris – va bien au-delà. Par le biais de cette CAN 2004, on a offert aux Marocains des raisons d’être enfin fiers d’eux-mêmes. De pouvoir enfin renvoyer au monde une image qui suscite le respect et la considération. Symboliquement parlant, c’est considérable. Cette équipe ne s’est pas contentée de marquer des buts. Elle a su faire preuve de tactique, d’intelligence, d’esprit collectif, de mental fort, de fair-play et, last but not least, son jeu était beau ! De plus, et là réside la fierté suprême, ce résultat a été atteint sans que l’on ait eu à faire appel à un apport extérieur. L’autre symbole fort – et là aussi les Marocains ne s’y sont pas trompés – c’est Baddou Zaki. Un entraîneur marocain. Un homme de chez nous, humble, pondéré et digne pour diriger les siens. Et le résultat a été la renaissance d’une équipe et une foi nouvelle dans l’avenir ! Tout donc peut être possible dès lors que l’on y met du travail, du sérieux, de l’intelligence, du courage et de l’abnégation. Le message des poulains de Baddou Zaki n’est autre que celui-là.
Qu’il était beau ce Maroc que l’on a vu déferler dans les rues au cours de ces jours de liesse ! Dansant, chantant, riant, son sens de la fête s’est réveillé comme par miracle. Hommes, femmes, jeunes, vieux, pauvres, riches, tous étaient réunis dans une même ferveur. Etait-ce une illusion d’optique mais des barbes et des voiles, on en voyait bien peu. Pourtant, c’était là le Maroc le plus authentique qui s’exprimait. Et dans ce Maroc-là, hommes et femmes chantaient et dansaient, côte à côte. En se tenant la main