Bruit et fureur

S’il y a un droit que le citoyen marocain, soucieux de sa santé, doit réclamer à  cor et à  cri, c’est le droit au silence..

S’il y a un droit que le citoyen marocain, soucieux de sa santé, doit réclamer à cor et à cri, c’est le droit au silence. Notre société est saturée de bruit. Il suffit qu’un allumé s’amuse à déclencher son avertisseur pour qu’un autre se croit obligé de l’imiter, et, manière de ne pas se montrer en reste, l’ensemble des conducteurs donne de la voix, gratifiant les passants d’un concert de klaxons aussi cacophonique qu’assourdissant. Quand, d’aventure, l’équipe locale inscrit un adversaire à son tableau de chasse, ou que la sélection nationale fasse un résultat, la ville est investie par une meute de supporteurs hurlant leur joie, chantant et clamant leur fierté, au mépris de la tranquillité des riverains. Alors qu’il aspire légitimement à la quiétude sonore, le Marocain responsable se retrouve assiégé par le bruit. Dans la rue, aux cafés ou bistrots, où l’on ne s’entend plus parler, à cause de la télévision et du juke-box, chez soi, si l’on habite un quartier marchand. Le bruit engendre la souffrance, mais celle-ci est le plus souvent dédaignée, méprisée. En outre, nul cas n’est tenu des effets violents des nuisances sonores. Une société asservie à celles-ci entretient une relation étroite avec la violence. Aussi, pour des raisons d’hygiène sociale, importe-t-il de reconnaître au citoyen le droit au silence. Et, pourquoi pas, faire figurer la lutte contre le bruit parmi les enjeux du débat en la circonstance des prochaines élections ?