Bizarreries des prisons marocaines

Les détenus savent que leur détention ne durerait pas bien longtemps. Alors ils s’amusent sous le regard intrigué des gardiens qui n’ont jamais vu de détenus aussi relax. Mais un soir, une bagarre éclate entre eux, la situation s’envenime et les gardiens sont forcés d’intervenir pour séparer les belligérants. Et là , ils se rendent compte que les prisonniers sont complètement ivres, alors que l’alcool est strictement interdit dans les centres de détention.

Les prisons marocaines ne sont pas très confortables, et souffrent de mille maux. Mais bien que difficile, la situation tend vers l’amélioration, les pouvoirs publics mettant les bouchées doubles en ce domaine. Mais parfois on assiste à des scènes pour le moins désopilantes.

Ainsi, dans une petite ville de province, un  avocat stagiaire est désigné, au titre de l’assistance judiciaire, comme défenseur d’un jeune délinquant. Pour pouvoir plaider cette cause, il doit au préalable rendre visite à son client. C’est pour la première fois de sa vie  que le stagiaire pénètre dans une prison. Il ne connaît pas encore les codes et rituels qui règnent dans un lieu aussi fermé qu’un centre de détention. Mais il tombe sur des fonctionnaires débonnaires et souriants qui promettent de lui simplifier la tâche.

Il est donc conduit à ce que l’on nomme «le parloir des avocats». C’est un ensemble de petites pièces, chichement meublées d’une table et de deux chaises, où l’on enferme le détenu et son avocat ; la porte est vitrée, ce qui empêche les surveillants d’écouter la conversation (confidentialité oblige), mais leur permet de vérifier en permanence que le juriste ne transmet aucun objet dangereux ou prohibé au détenu. Le délinquant expose son cas à l’avocat : ce n’est rien de grave, juste une banale beuverie entre amis, qui se solde par une tentative de cambriolage de la maison d’un de leurs proches. Seulement, leur état d’ébriété avancée leur a fait perdre toute notion de prudence et de discrétion, et ils ont été gentiment arrêtés par les gendarmes au moment où ils quittaient les lieux de leur forfait. Le jeune détenu raconte donc tout ça à son avocat, qui prend fébrilement des notes, quand soudain la porte vitrée s’entrouvre et un gardien entre dans la pièce. Il s’adresse d’abord au juriste : «Excusez-moi, Maître, mais le directeur de la prison a besoin de voir votre client quelques minutes ; ce ne sera pas long». Puis se tournant vers le détenu, il lui enjoint de le suivre. L’avocat est surpris, mais ne sait quelle attitude adopter… Le temps qu’il réfléchisse à la situation, le gardien revient, lui offre gentiment un café et entame une conversation banale, manifestement destinée à le faire patienter.

Il n’aura pas à attendre longtemps car quelques instants plus tard, voilà le détenu qui revient tout sourire, accompagné d’un autre garde. Il reprend sa place, et entend finir le récit de ses mésaventures qui l’ont conduit en prison. Mais l’avocat est curieux, et il lui demande pourquoi le directeur l’a convoqué, y a-t-il un rapport avec son dossier ? Mais non, rétorque le jeune détenu, il m’a seulement envoyé à l’épicerie du coin faire une petite course! Et le gardien de préciser, devant le regard interloqué du juriste, que c’est une pratique courante, que parfois les gardiens sont en sous-effectif, et que de toutes les manières on n’envoie que les détenus dont le dossier est …léger. Il ajoutera même que de mémoire de gardien, aucun détenu ne s’est jamais évadé de cette manière, et que puisque gardes et prisonniers sont forcés de cohabiter, rien n’empêchait de se rendre de menus services !
Dans un autre établissement pénitentiaire, une bande de joyeux lurons est détenue pour de menus délits : détention de stupéfiants, relations sexuelles hors mariage et émission de chèques sans provision. Ils savent que leur cas n’est pas très grave, qu’ils disposent des appuis nécessaires et que leur détention ne durerait pas bien longtemps. Alors ils s’amusent, jouent aux cartes, aux dominos, et s’ingénient à passer le temps du mieux qu’ils peuvent, sous le regard intrigué des gardiens qui n’ont jamais vu de détenus aussi relax. Mais un soir, une bagarre éclate entre eux, la situation s’envenime et les gardiens sont forcés d’intervenir pour séparer les belligérants. Et là, ils se rendent compte que les prisonniers sont complètement ivres, alors que l’alcool est strictement interdit dans les centres de détention ! Une enquête administrative est aussitôt ordonnée, on perquisitionne dans les cellules et les gardiens ne tardent pas à comprendre ce qui s’est passé.

Comme tous les détenus, ceux-là avaient le droit de recevoir de la part de leurs proches, une fois par semaine, un paquet contenant des effets personnels (habits, médicaments, livres) ainsi que de la nourriture pour améliorer l’ordinaire carcéral, et des produits d’usage courant (dentifrice, savon …). Bien entendu, tous ces paquets sont contrôlés et vérifiés par l’administration pénitentiaire dès leur arrivée avant d’être remis à leurs destinataires, pour justement éviter l’introduction de substances prohibées ou dangereuses. Mais avec le temps, une certaine routine s’est installée lors de ces contrôles, et les agents ciblaient certains colis plutôt que d’autres, voire effectuaient des vérifications superficielles. Et depuis l’installation de scanners perfectionnés, leur vigilance s’est émoussée un peu plus, la machine détectant les métaux et autres drogues diverses… mais pas la vodka, astucieusement introduite dans des bouteilles d’eau minérale, au préalable vidées de leur innocent contenu !

Comme quoi, l’imagination n’a pas de limites, et l’administration n’a pas fini de découvrir les talents facétieux de nos concitoyens !