Bêtise meurtrière

A mesure que je tends l’oreille aux humeurs et rumeurs ambiantes, s’impose en mon esprit la certitude que la bêtise n’est plus ce qu’elle était.

A mesure que je tends l’oreille aux humeurs et rumeurs ambiantes, s’impose en mon esprit la certitude que la bêtise n’est plus ce qu’elle était. Autrefois, elle frappait par son énormité, au point qu’elle se voyait comme le nez au milieu de la figure. On pouvait s’en tordre le nez et passer son chemin ou, indulgemment, en faire matière à plaisanterie. Aujourd’hui, la bêtise se déleste de ses vieux oripeaux et s’habille de respectabilité, telle les partis extrémistes en mal de reconnaissance. Elle se veut intelligente, discrète, subtile. C’est ainsi qu’elle use de l’amalgame, tout en se défendant de glisser sur cette pente, se considère, le cœur éploré, comme la proie de forces occultes et influentes. Mais surtout, la nouvelle bêtise consiste à voir des scandales partout, gratter frénétiquement les plaies : jeter systématiquement de l’huile sur le feu, transformer les furoncles en abcès, les erreurs en crimes, les accidents en complots, et, s’il le faut, inventer un cancer là où il n’y a qu’un gros rhume. Autant de bêtises susceptibles de provoquer le feu ou de précipiter le pays dans l’enfer de l’obscurantisme. Surtout que le Maroc commence à foisonner de bonnes âmes répandant, là où elles se trouvent, une parole tout en charia, revanche de Dieu, châtiment divin et une flopée d’interdits.