Barcelone, dix ans après

La réduction de la fracture que constitue encore aujourd’hui la mer Méditerranée dépendra de notre capacité à  compléter l’ouverture Nord-Sud par une intégration Sud-Sud. Il en va de la rationalisation de l’espace productif régional, de la cohérence de son cadre institutionnel, de sa perception par la communauté internationale, et donc de son attractivité auprès des investisseurs.

Cette fin de mois verra fleurir une série de rencontres et d’échanges entre personnes et institutions de divers horizons (responsables politiques, académiques, opérateurs privés, hauts fonctionnaires, banquiers, associations de la société civile) des deux rives sur l’ambitieux projet euro-méditerranén. L’heure est au bilan. Espérons que le ton se démarquera des us et coutumes de la diplomatie et qu’il sera celui du parler franc et du concret afin que les réflexions s’inscrivent dans une perspective de revitalisation d’un projet en perte de vitesse. Il est clair aujourd’hui que l’environnement politique régional, qu’il s’agisse du conflit israélo-palestinien ou des relations délicates qu’entretiennent les pays du Maghreb, affecte indéniablement le partenariat euro-méditerranéen. Pourtant, cet environnement justifie dans le même temps la poursuite et le renforcement du partenariat, notamment pour éviter tout amalgame depuis les tragédies du 11 Septembre et de l’Irak. Cet environnement politique obère la pleine réalisation du volet économique et commercial. Mais, par-delà  les difficultés politiques, il demeure indispensable d’Å“uvrer à  la consolidation du partenariat. Ne nous voilons pas la face, de nombreux efforts, européens comme méditerranéens, sont encore nécessaires pour s’approcher de cet objectif ambitieux de prospérité partagée en Méditerranée défini à  Barcelone. Les pays méditerranéens connaissent aujourd’hui, pour beaucoup d’entre eux, une croissance faible et heurtée et parviennent peu à  attirer les investissements étrangers. La fracture méditerranéenne perdure, le risque de décrochage demeure inquiétant. Elle est à  ce stade le reflet d’un manque de compétitivité du bassin Sud. Car tel est bien le défi du partenariat euro-méditerranéen : équilibrer la phase enclenchée à  l’Est dans le cadre du processus d’élargissement de l’Union par une dynamique propre aux pays méditerranéens, qui permette d’engager une séquence vertueuse : l’ouverture commerciale appelle des réformes institutionnelles d’accompagnement pour renforcer le dynamisme du tissu productif local et, de facto, la compétitivité. Ces évolutions commerciale et institutionnelle renforcent l’attractivité de la zone pour les investissements. Cet ensemble de facteurs concourt à  la compétitivité de l’économie et in fine à  la croissance. Certes, dix ans après Barcelone, des progrès notables sur le volet économique et commercial ont été accomplis, au regard notamment de la masse critique d’accords d’association conclus entre l’Union européenne et la quasi-totalité des pays méditerranéens. Pour autant, la signature d’un accord d’association ne constitue pas une fin en soi. L’association doit bien être conçue comme un outil, visant à  soutenir l’objectif de prospérité partagée, d’une part en stimulant la modernisation des Etats par des réformes structurelles, et, d’autre part, en dynamisant l’offre productive par l’introduction de la concurrence au sein des systèmes productifs. S’il incombe aux partenaires de la rive Sud de renforcer leurs économies sur la voie des réformes et de l’ouverture, l’union doit pour sa part assurer la pleine application de la relation d’association proposée à  Barcelone et accompagner pleinement les efforts des pays méditerranéens. L’association ne pourra ainsi se résumer au simple libre-échange industriel, et devra être appliquée pleinement. Ainsi, la libéralisation progressive des échanges agricoles devra véritablement s’enclencher. Par ailleurs, le développement des échanges de services devra compléter ce dispositif. Il représente indéniablement un potentiel de croissance. L’accompagnement financier communautaire, dont la gestion s’améliore, devra poursuivre son indispensable recentrage autour de points d’application prioritaires, communément définis. Enfin, la réduction de la fracture que constitue encore aujourd’hui la mer Méditerranée dépendra en grande partie de notre capacité à  compléter l’ouverture Nord-Sud par une intégration Sud-Sud concomitante. Il en va de la nécessaire rationalisation de l’espace productif régional, de la cohérence de son cadre institutionnel, de sa perception par la communauté internationale, et donc de son attractivité, notamment auprès des investisseurs.