Banalité du mal

La plupart des pervers disent agir au nom du bien, de la loi..

La plupart des pervers disent agir au nom du bien, de la loi. Si le bien, c’était le triomphe du grand Reich allemand, racialement pur, si les juifs formaient une puissance maléfique qui faisait obstacle à la réalisation de ce projet, aux yeux de leurs bourreaux, nulle empathie n’était possible, il fallait les «liquider». Transposez ce raisonnement en Russie stalinienne, en Chine maoïste, dans le Cambodge de Pol Pot…, c’est toute l’histoire des crimes de masse du XXe siècle qui défile, perpétrés au nom du bien, de l’avènement d’un monde meilleur, d’une société idéale, «purifiée» de ses éléments négatifs : contre-révolutionnaires, déviationnistes et autres ennemis du peuple. Tous commis par des hommes «ordinaires», esclaves volontaires d’une idéologie perverse. Comme les tueurs d’Al-Qaïda ou de sa filiale au Maghreb (AQMI), aux biographies si banales, prétendent hâter, par le meurtre d’innocents, la venue de cette merveilleuse sociéte «islamique» pour laquelle ils sont prêts à donner leur vie. C’est cela la «banalité du mal», pour reprendre l’expression d’Hannah Arendt, qui signifie que tout projet totalitaire, dans des circonstances propices, trouvera immanquablement des hommes ordinaires mus par des passions ordinaires, pour accomplir le pire. A preuve, le Mali qui, malgré le sauve-qui-peut des envahisseurs islamistes, n’en finit pas de compter ses morts, ses blessés et ses précieux manuscrits évanouis dans la nature. Nos «frères», sans doute pas. Humains, hélas oui.