Auteurs en quête d’images

Souvent, les téléspectateurs de la télévision oublient
le nom des auteurs, le titre des films. Mais c’est bien sur le petit écran
que se forme la mémoire collective.
Au-delà des vanités individuelles, cela constitue une responsabilité
qui se situe au niveau le plus élevé.

Quand l’auteur paraît, l’enfance disparaît, pourrait-on dire en détournant une phrase célèbre. C’est en effet l’acte d’écrire qui est porteur d’innocence et de cette désinvolture qui lâche les brides à un imaginaire en partance. La création est alors non pas un objectif mais un état d’âme ; une émotion sans l’écrin de sa mise en place sur le marché de la culture et du partage. Une fois emballée et pesée par les marchands de la culture, elle n’est plus que produit d’un auteur qui met son ego en avant, se couvre de vanité et se laisse déparer de l’enfance qui fut à l’origine de toute cette aventure. Mais c’est peut-être heureux que les chosent évoluent de la sorte, car c’est ainsi que naît le partage et se transmettent les émotions.
Quelques lecteurs et néanmoins amis reprochent au chroniqueur d’user parfois de certaines introductions un peu prise de tête pour utiliser un langage débraillé. Ils n’ont pas tort et l’incipit (l’intro si vous préférez) d’aujourd’hui le confirme. Mais comme dirait l’autre, on fait comme on peut avec la langue de Voltaire. Il faut dire que toute chronique d’humeur est tributaire de l’instant de son écriture. C’est là que réside sa faiblesse et quelquefois – soyons immodestes mais généreux ! – son fort potentiel de plaisir partagé. Cependant, une chronique se fixe tout de même un thème plus ou moins déterminé à l’avance mais rendu vite aléatoire et digressif. C’est le cas ici avec un sujet sur la notion d’auteur dont on veut bien croire que l’introduction ci-dessus n’est pas hors de propos.
Une rencontre a réuni les 12 et 13 décembre des professionnels de la télévision et du cinéma de France et du Maroc autour de deux questions importantes : qu’est-ce qu’un auteur de télévision et quels sont ses droits ? Réalisateurs, scénaristes et professionnels des deux pays ont donc débattu de l’écriture du scénario et des droits d’auteur mais surtout fait connaissance, deux jours durant, grâce à l’Institut culturel français de Marrakech et sous la houlette de sa dynamique directrice Mme Souné Wade. Pour les Marocains présents à cette rencontre, ce fut une première car l’écriture télévisuelle dans le pays en est à ses balbutiements. Quant aux droits d’auteur, la délégation française composée de réalisateurs et scénaristes et membres de la SACD ( Société des auteurs et compositeurs dramatiques) a permis aux créateurs marocains de prendre la mesure de l’évolution de cette notion mais aussi du développement de la fiction à la télévision en France. Il va sans dire que le gouffre qui sépare les deux pays quant aux droits d’auteur est béant. De même qu’en ce qui concerne la dynamique de la fiction télévisée placée au centre des stratégies de production des plus importantes chaînes de l’Hexagone. Ce décalage n’est pas pour étonner car, à l’origine de la SACD, il y avait un certain Beaumarchais qui, fort de son triomphe au théâtre avec le Barbier de Séville, a impulsé la reconnaissance de la notion de défense des droits d’auteur dès 1777. C’est, si vous permettez cette digression, au cours de cette année que le Maroc reconnaît les Etats-Unis d’Amérique en tant que nation souveraine. Ça n’a rien à voir, mais c’est bon à savoir. Et puis ça informe sur notre propension historique à aller reconnaître des droits aux confins du monde et de méconnaître ceux du coin de la rue. Mais revenons au temps présent. Si l’on veut résumer en quelques mots les temps forts de cette manifestation, on peut dire qu’elle a pu réunir des créateurs des deux pays autour d’un même constat : la fiction télévisée est une création culturelle à part entière et non pas un divertissement éphémère. De ce fait, elle a droit à l’intelligente émotion du propos de la part de ceux qui la font et, en contrepartie, au parfait respect que ces derniers méritent de la part de ceux qui la commanditent.
En plus des discussions riches et conviviales qui ont marqué cette rencontre, les réalisateurs et scénaristes français ont distribué – on avait beau être chez des gens de l’image… – une documentation écrite de qualité dont un petit livret publié par le «Groupe 25 images» où on a relevé cette citation du maître du néoréalisme italien, Roberto Rossellini: «Les téléspectateurs de la télévision ne distinguent pas toujours chacune des œuvres qui leur sont proposées. Souvent, ils oublient le nom des auteurs, le titre des films. Mais c’est bien sur le petit écran que se forme la mémoire collective. Au-delà des vanités individuelles, cela constitue une responsabilité qui se situe au niveau le plus élevé»