Au milieu du gué

Les compétences et les investisseurs MDM font l’objet d’une sollicitation continue de la part des pouvoirs publics et des institutions qui travaillent en direction de la diaspora.

Depuis les attentats du 11 Septembre aux USA, la situation des musulmans et des Arabes est allée en se dégradant. Couplé à la crise économique, le phénomène Daesh fait exploser l’islamophobie en Occident, faisant du croyant en Allah le bouc émissaire idéal, d’autant que les atrocités commises au nom de l’islam apportent de l’eau au moulin des racistes et des xénophobes. En raison de ce climat délétère, et du fait du marasme économique qui réduit les opportunités d’emploi, nombreux sont ceux au sein de la diaspora marocaine en Europe qui réfléchissent à un retour au Maroc, d’autant que le Royaume multiplie les invitations en ce sens en direction des compétences et des investisseurs marocains de l’étranger. Certains sautent le pas et effectuent le chemin en sens inverse à celui des TME dans les années 60/70. Passé cependant le bonheur des retrouvailles avec le pays et les proches, la réadaptation – ou l’adaptation tout court – ne se fait pas sans accroc. Il arrive même que la difficulté à comprendre la réalité environnante et à accepter ses transformations conduit le Marocain revenu au bercail à rebrousser chemin et à retourner là d’où il est venu. Même si, nous les locaux,  nous sommes conscients que le Maroc a changé, c’est à travers le regard interloqué et bien souvent choqué de ces «revenants» que l’on prend la mesure des changements intervenus. Des changements qui, pour certains, ne tiennent pas de l’évolution mais de la régression.

Les compétences et les investisseurs MDM (Marocains du monde) font l’objet d’une sollicitation continue de la part des pouvoirs publics et des institutions qui travaillent en direction de la diaspora. On assiste à une conjugaison d’efforts, avec l’appui actif des organismes européens, pour convaincre les plus outillés, intellectuellement et financièrement, de venir investir et mettre leur savoir au service de leur pays d’origine. Ces 25 et 26 mai justement se tenait à Casablanca un forum d’affaires pour l’investissement et l’entreprenariat de la diaspora marocaine. Co-organisé par la Fondation Création d’entreprises (Banque Populaire) et l’Agence française de développement dans le cadre du programme Maghrib Entrepreneurs, il était dédié à une quarantaine de porteurs de projets MDM. La sélection de ces derniers était intervenue en France à l’issue d’une douzaine de réunions lors desquelles plus de 250 projets furent étudiés. En fut retenue cette quarantaine qui satisfaisait aux critères de viabilité économique, de création d’emplois ou encore de transfert de compétences. Accueillis à Casablanca ces 25 et 26 mai, leurs porteurs purent bénéficier de l’encadrement d’experts et de coachs qui les briefèrent sur les modalités de la création d’entreprise, le climat des affaires, les possibilités d’investissement ou encore les modes de financement.

Cet accompagnement, pour précieux qu’il soit, ne leur donnera pas toutefois les outils nécessaires pour décoder  l’environnement social dans lequel ils auront à s’intégrer dès lors qu’ils auront fait le choix de l’installation au Maroc. Or c’est dans tout ce qui n’est pas dit, qui n’est pas formalisé et qui se découvre dans la relation quotidienne à l’autre que résident les plus grands écueils à la réussite de ces projets de retour. A la différence de l’expatrié qui vient vivre au Maroc en s’y sachant étranger, le MDM revient dans son pays d’origine avec la conviction qu’il le connaît et des rêves plein la tête. Certes, selon qu’il soit né dans le pays d’accueil de ses parents ou qu’il ait vu le jour au Maroc et n’en soit parti qu’à un âge adulte, le lien et le degré de connaissance diffèrent. Mais, souvent, le choc est similaire en ce que la plupart ne reconnaissent plus le pays dans lequel ils ont grandi ou, s’ils n’y ont pas grandi, celui que leur ont décrit et raconté leurs parents. Le plus dur pour eux est de s’y sentir étrangers parce qu’ils ne se retrouvent pas, ou plus, dans les manières de penser et d’agir. Il leur faut effectuer tout un travail de réadaptation auquel ils n’étaient pas nécessairement préparés, abandonner au passage un certain nombre d’illusions et accepter que ce Maroc dans lequel ils ont choisi de revenir (ou de venir) est au milieu du gué, à se chercher un équilibre introuvable entre les injonctions du présent et la nostalgie du passé.