Aménagement du territoire :

Trois priorités se dégagent en matière d’aménagement du territoire : les schémas directeurs d’infrastructures,
la politique en faveur de
la ville, la gestion de l’eau.

Va-t-on assister à un réveil de l’aménagement du territoire ? Un réveil qui succéderait à une longue période de sommeil. Faisons le vœu que la réunion du Conseil national de l’Aménagement du territoire – qui s’est tenue le 13 mai dernier – soit le signe d’un renouveau du volontarisme et qu’elle entraînera une renaissance du débat sur les enjeux du développement territorial. Espérons aussi que ce conclave aura provoqué une prise de conscience quant à la gravité des problèmes et aux solutions à leur apporter. Une mise en perspective qui dessinerait des orientations pertinentes et déboucherait sur la définition d’une nouvelle politique gouvernementale d’aménagement. Car le Maroc de l’Indépendance s’est construit au fil des décennies sans que les gouvernements successifs n’aient défini et appliqué une réelle politique d’aménagement du territoire.
Quelques mesures ponctuelles qui relèvent davantage d’une volonté de contrôle des populations que d’une politique globale et ambitieuse. Quelques chantiers territoriaux, chacun d’entre eux ayant une certaine spécificité du fait de la nature des difficultés à traiter. Mais rien qui ressemble à une politique d’aménagement du territoire. Les décennies écoulées, si prolixes en politiques publiques interventionnistes, sont restées vides dans ce domaine. Même aujourd’hui, d’ailleurs, l’aménagement du territoire est loin d’avoir acquis un caractère d’évidence. Ses détracteurs soulèvent des questions qui mettent en cause son opportunité. Une telle politique n’est-elle pas condamnée par avance dans un environnement international de plus en plus «fluide», où les frontières étatiques sont devenues perméables ? L’aménagement du territoire, parce qu’il est interventionniste, n’appartient-il pas au passé, à une gamme de moyens qui a fait son temps, et qu’il serait vain de vouloir faire revivre ? N’est-il pas une politique s’inscrivant à contre-courant de l’histoire qui entraîne les sociétés vers une «métropolisation» irrésistible, contre laquelle il est illusoire de réagir ?
Des questions qui occultent le phénomène d’accentuation des déséquilibres territoriaux. La fragilité des milieux et la dégradation des ressources est une réalité dont on ne mesure pas encore toute la gravité. Les contraintes de l’érosion hydrique, des prélèvements sur la forêt, de la dégradation des parcours, de la menace sur la diversité biologique et des risques de catastrophes naturelles soumettent le Maroc à un impératif écologique. La contrainte démographique et les transformations profondes qu’a connues la société marocaine ont créé les conditions favorables à de nouvelles formes de mobilité spatiale. Les flux migratoires d’origine rurale reculent au profit d’une migration interurbaine de plus en plus prépondérante. Certaines provinces sont insérées dans une dynamique d’attractivité et enregistrent des soldes migratoires positifs. D’autres, situées à la marge, sont moins favorisées et accusent un solde migratoire négatif. Les besoins sociaux et en équipements accusent un retard accumulé sur des décennies, notamment en milieu rural. L’urbanisation présente un tableau contrasté : il n’y a pas de macrocéphalie mais la croissance rapide dépasse les capacités de gestion et de financement des pouvoirs publics. La profusion de problèmes exige de dégager des priorités. Trois méritent de retenir l’attention : les schémas directeurs d’infrastructures, la politique en faveur de la ville, la gestion de l’eau…
De grands problèmes qui appellent un profond renouvellement des politiques d’aménagement du territoire : une approche transversale des différents domaines sectoriels ; une articulation entre le local, le régional et le national; une vision de long terme, une intervention publique pour assurer l’égalité des chances. L’aménagement du territoire ne doit pas être simplement conçu comme «un noble idéal», une affirmation politique sans contenu institutionnel. Certes, il s’agit d’un objectif que doit s’assigner la Nation. Mais cet objectif doit commander la mise en œuvre des mécanismes juridiques permettant de l’atteindre. A cet égard, une future loi-cadre sur l’aménagement du territoire aura une signification particulière