«Mat h’darch, mat à¢dich,

«Mat hdarch fenass», recommandent nos sages. Dans la même foulée, ils nous disent aussi «mat hassab had». Ne te fais comptable de personne. Car qui sommes-nous pour nous poser en juge de l’autre, pour tenir le registre de ses agissements, bons ou mauvais ? «Matay hassab ghir Allah».

Du monde d’antan, on tend souvent à  ne vouloir retenir que le caractère archaà¯que. A la différence des tenants de la tradition qui versent dans le sens inverse et encensent le passé, les esprits modernistes sont pleins de condescendance à  l’égard de celui-ci. Sous couvert de progrès, ils jettent le bébé avec l’eau du bain. Pourtant, quand on fait la part des choses et que l’on revient sur les règles de base qui régissaient alors les relations humaines, on ne peut que regretter la perte de vigueur de certaines d’entre elles. Prenons par exemple quelques-uns de ces commandements moraux dont, à  travers certaines expressions, notre langage parlé s’étaie toujours. Que véhiculent-ils ? Une philosophie de la vie faite de noblesse et de tolérance. Une éducation à  la bonté, à  la générosité, à  l’ouverture d’esprit, à  l’acceptation de l’autre… Ces valeurs, d’aucuns les qualifieront d’universelles là  o๠d’autres les étiquetteront islamiques mais qu’importe. En raison du contexte culturel, le support religieux est naturellement celui par lequel elles ont été portées. L’enveloppe et le langage sont ceux de l’islam. Mais cet islam-là  est celui de la miséricorde. Il adoucit le regard et les cÅ“urs, tend la main du pardon et de la compréhension, apprend la sagesse à  bani adam. Aucun point commun avec celui, pétri de haine, de colère et de frustration qui emplit le champ actuellement. «Mat âdich, mat hdarch fnass, mat hassabch ….», ces recommandations, chacun d’entre nous en a été nourri dès son plus jeune âge. Malheureusement, à  juger de la nature actuelle des rapports sociaux, marqués par l’individualisme et la recherche du profit, on ne peut que constater leur tendance à  n’être plus que des vÅ“ux pieux. Comme bien d’autres paroles, ils perdent sensiblement de leur force, virant à  la formule creuse énoncée juste pour la forme. Un simple discours social sans rapport aucun avec le comportement de ceux qui le tiennent. Des coquilles vides. Ces axiomes nous sont pourtant aussi indispensables aujourd’hui qu’ils le furent hier. Car si la religion a un rôle à  jouer dans la société, cela ne peut être que celui de pousser l’individu à  se bonifier. Arrêtons-nous un instant sur ces commandements. Le premier, le plus fondamental : «Mat âdi had». Tout est là . La règle de base à  partir de laquelle le reste se décline. Ne faire de mal à  personne. Vaste programme que personne ne contestera. Cependant combien ont le souci constant de le respecter ? Les êtres humains ne sont pas des anges, on le sait. La fonction des codes moraux de ce type, qu’ils soient portés par une éthique religieuse ou laà¯que, est d’essayer de juguler l’égoà¯sme de l’homme. Celui-ci le pousse et le poussera toujours à  rechercher son intérêt. Il y va de sa survie. Là  o๠le bât blesse, c’est quand cela s’effectue au détriment de l’autre. Faire le mal sciemment n’est pas la règle sauf chez des esprits malades. Pourtant, tous les jours, par nos attitudes et nos comportements, nous pouvons être conduits à  blesser quelqu’un, à  le peiner, en clair, à  lui faire du mal. D’o๠la nécessité d’avoir constamment cette petite loupiote rouge qui clignote dans la tête et dit «mat âdich, mat h’darch». Si, à  chaque fois que nous agissons, elle s’allume, il y a lieu de penser que nous sèmerons plus de joie que de peine autour de nous. Il y a mille manières de faire du mal. La parole en est une. Un mot suffit pour détruire quelqu’un. Ce que l’on dit à  l’autre, ce que l’on dit de l’autre n’est jamais sans incidence. La relation humaine se construit sur le dialogue. Il est par conséquent impératif de se parler et quand on se parle, il peut y avoir du bon comme du mauvais qui fuse. Mais c’est la loi du genre. Maintenant il est des échanges inutiles dont le pôle central est le tiers. Parler de l’autre, passer au crible de la critique sa vie et son comportement, voilà  un sport particulièrement affectionné dans nos milieux. On s’y adonne pour le plaisir de nourrir une discussion, de se faire valoir, quitte à  ce que ce soit au détriment d’autrui. Plus on souffre de vide intérieur, de frustrations et de complexes, plus on s’y complait. Ce travers se veut sans conséquence. Il ne l’est pas. Mat hdarch fenass, recommandent nos sages. Dans la même foulée, ils nous disent aussi «mat hassab had». Ne te fais comptable de personne. Car qui sommes-nous pour nous poser en juge de l’autre, pour tenir le registre de ses agissements, bons ou mauvais ? «Matay hassab ghir Allah». «Que celui qui n’a jamais fauté jette la première pierre». Si la foi peut nous rendre meilleur, alors vive la foi et longue vie au Bon Dieu !