«Maison de prière et d’enseignement»

L’idée de réunir sous un même toit, même si chacun aura son espace propre de prière, les croyants des trois religions du Livre, est une idée lumineuse, de celles qui peuvent aider à  rappeler que quel que soit le nom qu’ils lui donnent, tous les croyants du monde s’adressent à  un même Dieu. Et si nous sommes sur terre par la grà¢ce de son souffle, ce n’est pas pour se haïr et se faire la guerre sans répit

Le projet est un peu fou mais l’idée franchement belle. A Berlin, des croyants se sont mis en tête d’édifier un lieu de culte qui serait à la fois synagogue, église et mosquée. Une «maison de prière et d’enseignement», tel est le nom donné par l’association en charge du projet à celui-ci. L’endroit où cette «maison» serait construite, la Place de Pierre à Berlin, lui est prédestiné. En 2007 en effet, des fouilles archéologiques avaient permis d’y retrouver les fondations de quatre églises. Ce terrain appartenant à la communauté protestante, il avait été rendu par la municipalité à cette dernière. Or les protestants de Berlin, partie prenante de l’association en question, ont déclaré vouloir «ressusciter ce lieu, pas en construisant à nouveau une église mais en construisant un lieu qui dise quelque chose de la vie des religions aujourd’hui à Berlin». En 2010, sur les 3,4 millions d’habitants de la capitale allemande, 18,7% se disaient protestants, 8,1 musulmans, 0,9% juifs tandis que 60% se présentaient comme sans religion.

En ces temps marqués par l’entrechoquement des fanatismes religieux et des extrémismes idéologiques, un tel projet est plus que bienvenu. Nous sommes tenus, comme jamais, de vivre ensemble. Or, l’incompréhension et les méconnaissances réciproques vont en s’accroissant. C’en est lassant de revenir toujours sur les mêmes antiennes mais l’actualité nous y ramène à chaque fois. Entre l’extrême-droite européenne qui se sent pousser des ailes depuis sa victoire aux Européennes et les djihadistes qui rêvent d’en découdre avec l’Occident, on tombe constamment de Charybde en Scylla. Les meurtres racistes du Musée juif de Bruxelles dont le présumé coupable est un Français d’origine algérienne préalablement passé par les rangs djihadistes syriens sont un nouveau coup porté à l’image des musulmans en Europe. Alors que les partis d’extrême-droite eux-mêmes se font sourcilleux sur ce sujet –cf. les difficultés de Marine Le Pen à trouver des partenaires pour former un groupe au Parlement européen en raison de l’histoire émaillée d’antisémitisme du FN–, c’est aujourd’hui les communautés musulmanes qui prêtent le flanc en matière de haine des juifs. Après les tueries de Mohamed Merah à Toulouse, les meurtres de Bruxelles vont encore renforcer ce sentiment. A cela s’ajoutent, pour brouiller encore un peu plus l’image des musulmans, les horreurs en provenance de Syrie, horreurs dont les Marocains ne sont pas en reste. Ainsi cette photo mise en ligne sur le net et rapportée par la presse internationale où l’on voit un djihadiste marocain en train de poser à côté de ses «trophées», les têtes décapitées des soldats syriens qu’il a tués ! Ouf, c’en est trop ! Que faire donc pour sortir de ce cercle infernal où le meurtre et le sang se font langage unique ? Partout à travers le monde, la violence fait certes rage mais est-ce pour autant qu’il faille accepter qu’elle entache à ce point notre sphère culturelle ? Et que l’islam ne soit plus perçu que comme la religion du «djihad» avec des croyants à la barbe furibonde et des croyantes aux allures de fantômes ? Comment ne pas être envahi de jalousie face au phénomène Sœur Christina, cette religieuse italienne qui a fait un tabac lors du concours de chant télévisé, The Voice, au point de l’emporter sur de jeunes rockeurs! Pendant qu’à l’islam on associe des fous furieux au regard exorbités, au christianisme on accole des images du type Sœur Christina ou encore  de celles de ces centaines de milliers de jeunes fidèles, indifféremment en bikini ou en soutane, réunis sur la plage de Sao Paulo pour écouter le Pape François !

Pour en revenir au projet berlinois de «Maison de prière et d’enseignement», ses promoteurs disent avoir perçu une très forte soif de cohabitation pacifique entre les religions. L’idée de réunir sous un même toit, même si chacun aura son espace propre de prière, les croyants des trois religions du Livre, est une idée lumineuse, de celles qui peuvent aider à rappeler que quel que soit le nom qu’ils lui donnent, tous les croyants du monde s’adressent à un même Dieu. Et si nous sommes sur terre par la grâce de son souffle, ce n’est pas pour se haïr et se faire la guerre sans répit.