«Khadmat laà¢rab»

A la IIe édition du festival parisien Séries Mania, le feuilleton israélien, «Arab Labor», a fait un malheur. Il raconte les rapports ultra-ambiguës entre Juifs et Arabes israéliens de la classe moyenne avec une drôlerie ravissante. Seul le titre fait grincer des dents. Appréhendé dans son habit anglais, «Arab Labor», il serait entendu dans son sens littéral, mais, en fait, il est la traduction de l’hébreu «Avoda Aravit», «travail d’arabe», qui signifie travail inabouti, mal fichu, médiocre. Il relève donc du stéréotype, cette formule toute faite visant à figer un peuple, une ethnie, une civilisation ou une confession dans une représentation définitive, souvent stigmatisante. Les Polonais seraient des boit-sans-soif, les Ecossais des grippe-sous, les Corses des tire-au-flanc, les Arabes des sournois, les musulmans des terroristes en puissance… Il paraît étrange qu’à une époque où sévit la «political correctness», les expressions chargées de connotations infamantes continuent de fleurir, narguant traques et velléités de bannissement. Non seulement les stéréotypes ont la peau dure, mais leur force est telle que leurs victimes se les approprient. A «travail d’arabe» fait écho «Khadmat laârab», avec la même portée disqualifiante. Le lieu commun occidental selon lequel l’exactitude n’est pas la politesse des Arabes se trouve renforcé par la formule «rendez-vous marocain», de mise au Maroc, par opposition à «rendez-vous gaouri», qui tendrait à faire croire que les Occidentaux sont ponctuels. Préjugés que tout ça !