Aide-toi et le Ciel t’aidera

Il y a lieu de s’interroger sur
la pertinence de la multiplication
des golfs dans des régions semi-arides ou en voie de le devenir.
La consommation en eau d’un golf
de neuf trous équivaut à  celle de plusieurs milliers d’habitants.

Depuis plusieurs semaines, les discussions tournent autour d’un même sujet : la pluie. Riche ou pauvre, paysan ou citadin, le Marocain se réveille chaque matin en scrutant le ciel. Le soir, à l’heure de la rubrique météo, le silence se fait. Des prières rogatoires ont été dites dans toutes les régions du Royaume. Mais le Seigneur ne paraît pas encore disposé à entendre les suppliques de ses brebis. Le ciel reste d’un azur désespérant. Et l’angoisse grandit. La perspective de la sécheresse s’installe avec ce qu’elle induit comme conséquences économiques et sociales, à savoir une année désastreuse pour tous. Aux premières loges, la campagne, condamnée à dépérir un peu plus, ses habitants privés de subsistance partant à l’assaut de la ville et venant ajouter à la misère de sa périphérie. Au-delà, c’est l’économie marocaine dans son ensemble qui est touchée, l’agriculture, bien que représentant seulement 25% du PIB, pesant d’un poids déterminant sur la psychologie du consommateur marocain.

Longtemps l’idée a prévalu que les pays comme le Maroc, pudiquement appelés en voie de développement, ne pouvaient se payer le luxe de se préoccuper d’environnement, d’autres priorités autrement plus criantes se bousculant au portillon. Les exemples abondent. Il en est ainsi de la déforestation. Certaines de nos forêts sont dans un état critique. Le déboisement fait des ravages, notamment dans les régions déshéritées où la population recourt au feu de bois pour se chauffer et laisse ses chèvres et ses moutons brouter tout ce qui pousse. Le dilemme est cornélien : empêcher les gens de couper du bois les condamnerait à mourir de froid tout comme leur interdire de faire paître leur bétail les priverait de leurs moyens de subsistance. Mais, d’un autre côté, les conséquences de la déforestation sur le long terme sont absolument désastreuses. Les arbres sont ce qui, grâce aux racines, retient les sols et empêche les glissements de terrain. Ils ralentissent le mouvement des eaux et conservent sa fertilité à la terre. Sur le plan de la pollution, la végétation joue un rôle de purification de l’air et de l’eau, les forêts représentant les poumons de la terre. La disparition de celles-ci accentue la production des émissions de gaz à effet de serre qui, elles, contribuent au réchauffement actuel de la planète. Or, c’est à cause de ce réchauffement climatique, qu’en plein janvier, il n’y a pas trace de cumulus dans le ciel et que le Maroc s’apprête, une fois de plus, à payer son tribut à la sécheresse.

Alors que faire ? Que faire quand on sait que le pire reste à venir et que les scientifiques s’accordent à dire que bon nombre de guerres du futur auront l’eau pour enjeu ? Vu ses contraintes économiques, la marge de manœuvre d’un pays comme le Maroc est réduite. Une certaine latitude d’action reste cependant possible. La première des choses serait d’abord de changer d’optique quant à l’environnement. Quels que soient les impératifs de l’heure, l’écologie n’est pas un luxe à réserver aux seuls pays riches. Un parti vert marocain aurait largement sa place dans l’éventail politique. A Casablanca, par exemple, au regard des problèmes de santé causés par la pollution – les pneumologues ont tiré la sonnette d’alarme cette année devant le pic enregistré par les maladies respiratoires -, il y a fort à parier que bon nombre de personnes seraient prêtes à soutenir tout programme susceptible de leur ramener un peu d’air pur dans les poumons.

Deuxième chose : il revient aux pouvoirs publics de lancer des campagnes d’information et de sensibilisation pour agir sur les comportements en matière de protection de l’environnement. Quand on sait que, dans certaines régions du pays, les femmes et les enfants sont astreints à plusieurs heures de marche par jour pour accéder à l’eau potable, le gaspillage de cet or bleu dont nous autres citadins usons à profusion confine à l’indécence. Toujours dans le même esprit, il y a lieu de s’interroger sur la pertinence de la multiplication des golfs dans des régions semi-arides ou en voie de le devenir. La consommation en eau d’un golf de neuf trous équivaut à celle de plusieurs milliers d’habitants. Le développement du tourisme impose ce type d’infrastructures, vous rétorque-t-on. Est-ce si vrai ? Dans un pays où la nappe phréatique baisse chaque année de plusieurs mètres, d’autres choix en la matière n’existent-ils pas ? Dans ce domaine comme dans d’autres, on ne peut continuer à rester tributaire de la seule volonté du ciel. N’est-il pas dit : «Aide-toi et le Ciel t’aidera ?».