Affaires criminelles : parfois, c’est une plaisanterie qui tourne mal…

Il arrive que dans des affaires similaires, les verdicts rendus soient assez éloignés les uns des autres. Là où une peine semble clémente et adaptée au délit jugé, ailleurs cette peine peut paraître disproportionnée ou trop sévère.

Il arrive que dans des affaires similaires, les verdicts rendus soient assez éloignés les uns des autres. Là où une peine semble clémente et adaptée au délit jugé, ailleurs cette peine peut paraître disproportionnée ou trop sévère. On entend alors des cris et clameurs dans la salle d’audience, avant que le président n’ordonne l’évacuation des lieux. On entend aussi des vociférations à l’encontre des magistrats, les vouant aux gémonies, et précisant que dans l’au-delà ils seront châtiés. Propos incongrus et déplacés, et il faut alors tout le professionnalisme des juges, pour ne pas céder à ce genre de provocation.

Ainsi, récemment, au Tribunal pénal, deux affaires de cambriolage étaient prévues dans la salle des flagrants délits. La première donna lieu à une condamnation légère, soit une peine de prison avec sursis, alors que dans la seconde, les peines d’incarcération furent assez lourdes. Certes, les affaires criminelles ne se ressemblent jamais, ce qui explique la différence entre les verdicts. Parfois, c’est une plaisanterie qui tourne mal. Récemment quelques amis passaient une soirée tranquille, lorsqu’il leur vint l’idée de jouer un tour à l’un de leurs amis.

L’un de ces jeunes venait de vendre sa voiture à un camarade, et ayant conservé un double des clés, il proposa à ses amis d’aller récupérer la voiture en question, et la dissimuler dans la ferme de l’un d’eux, faisant croire à un vol. Aussitôt dit, aussitôt fait. Sauf que l’ami en question, ne trouvant pas sa voiture au petit matin, ne prit pas la peine de consulter ses amis, et se rendit directement à la Gendarmerie du coin signaler le vol. Efficaces, les gendarmes établirent aussitôt des barrages routiers et lancèrent une enquête pour vol. Un peu paniqués, estimant que la plaisanterie prenait une mauvaise tournure, les jeunes mirent fin à la plaisanterie, et restituèrent le véhicule à son propriétaire. Lequel se rendit à la Gendarmerie dans le souci d’arrêter enquêtes, investigations et barrages. Mais, comme on dit, on ne sort pas du bain comme on y entre. Pour les gendarmes, une enquête ouverte est une enquête qui doit être menée à son terme. On ne dérange pas ces hommes-là pour rien : ils avaient ouvert un dossier, numéroté (donc officiellement en cours), et affecté un ou deux éléments à l’enquête. Et là, on vient leur dire gentiment, «ça y est; classez tout ; c’était un gag». Ah bon? Gag, dites-vous ? Eh bien, dans nos services, on sait traiter ça, aussi. Et hop, tout le monde en garde-à-vue, en attendant de passer devant le procureur. Lequel n’a pas, fonction oblige, le même sens de l’humour que ces jeunes gens. Une rapide étude du dossier, et sa décision est prise : maintien de tout le monde en détention provisoire, avant le procès, prévu dans une semaine. Quoi ? Une semaine encore en prison ? Excessif, jugèrent les familles des prévenus. Incompréhensible, assurèrent les avocats de la défense. En fait, rien d’anormal, au vu des charges retenues : vol en bande organisée, association de malfaiteurs, recel… des broutilles qui peuvent coûter jusqu’à dix ans de prison, ce qui rend la plaisanterie salée ! Car les juristes nomment pudiquement ces choses-là : bande organisée ? Il suffit d’être trois ; l’association de malfaiteurs ? On est donc trois, et on prévoit un mauvais coup. Le recel ? Le malheureux à qui appartenait la ferme, (voire son père), répondront du «recel de marchandise frauduleusement soustraite à autrui». Pour les juges, il s’agit de faire un exemple, dissuader d’autres jeunes de s’adonner à ce genre de plaisanterie. Terme du reste totalement inconnu des magistrats. Lesquels ne sont quand même pas tombés de la dernière pluie, et ne sont pas non plus là pour une répression féroce de tout ce qui bouge. Alors leur verdict fut un modèle de pondération. De la prison pour tout le monde, histoire de montrer que l’on ne badine pas avec ce genre de choses. Mais assortie de sursis (personne ne dormira derrière les barreaux ce jour), afin de garder un contrôle sur les jeunes. A la prochaine incartade, ce sera zéro tolérance, et des verdicts bien plus sévères.

Du coup tout le monde est soulagé, et chacun se promet d’y réfléchir à deux fois, avant de se lancer dans des aventures de jeunes, sans trop réfléchir aux suites éventuelles.