Administration pénitentiaire : visite guidée à  Oukacha

La prison de oukacha abrite près de 9 000 prisonniers alors qu’elle avait été conçue pour 4 500 pensionnaires. C’est dire si les conditions de vie y sont difficiles, mais pas pour tout le monde. aux dires d’anciens détenus, il y aurait en prison une espèce de reconstitution du système social existant à  l’extérieur : les prisonniers fortunés peuvent disposer de certaines commodités : télévision, réfrigérateur, lecteur DVD ; certains se font livrer une nourriture conforme à  leurs goûts.

L es citoyens ayant eu l’honneur de connaître cet établissement public sont moins nombreux que ceux ne l’ayant jamais fréquenté, et qui constituent, heureusement, la majorité de la population. Il s’agit de la prison centrale de Casablanca, plus connue sous le nom d’Oukacha.

Située du côté de Aïn Sebââ, cette maison d’arrêt est la plus importante du Royaume. Et une curiosité, pour commencer : les prisons au Maroc  sont gérées par la délégation générale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion dirigée par Hafid Benhachem et relevant des services du Premier ministre. On aurait logiquement pu penser qu’un tel département dépendait du ministère de la justice, comme en France depuis 1911… Mais non, chez nous tout est spécial et certaines choses sont difficiles à comprendre. Plus de 60 000 détenus sont actuellement incarcérés au Maroc dans 65 prisons, offrant au total 45 000 places. Et Oukacha n’échappe pas à la règle, qui abrite près de 9 000 prisonniers alors qu’elle avait été conçue pour 4 500 pensionnaires. C’est dire si les conditions de vie y sont difficiles, mais pas toujours, et pas pour tout le monde. Ainsi, aux dires d’anciens détenus, il y aurait en prison une espèce de reconstitution du système social existant à l’extérieur : les prisonniers fortunés peuvent ainsi disposer de certaines commodités, comme une télévision, un réfrigérateur, un lecteur DVD ; certains se font livrer une nourriture conforme à leurs goûts (ou leurs obligations médicales). Le meilleur quartier de la prison, qui comporte onze pavillons dont deux réservés aux femmes, se trouve dans l’aile UN, surnommé le quartier européen : les conditions de détention, aussi rigoureuses en matière de sécurité qu’ailleurs, y sont quand même moins rudes : les détenus disposent de plus de place, d’une salle de musculation et de rapports cordiaux avec l’administration.

Deux catégories de personnes sont en général autorisées à rendre visite aux prisonniers : les membres de la famille et les avocats. Suivons l’un de ceux-là devant rencontrer son client. Pour rentrer dans la prison, quand on est avocat, c’est très simple : il suffit de sonner à la porte ! Le lourd portail de fer s’entrouvre alors, on vérifie rapidement l’identité du juriste, et on lui enjoint de traverser la première cour, en direction d’une seconde porte en fer. Après celle-ci, bifurcation à droite sur une vingtaine de mètres, puis à gauche, et l’on pénètre dans le bâtiment proprement dit. Un gardien actionne la grille en acier, derrière laquelle se profile un long couloir. Après ce couloir, une autre grille, et l’on pénètre alors dans le parloir des avocats, c’est-à-dire l’endroit où ils reçoivent leurs clients incarcérés. L’endroit est propret et bien tenu : il se compose de petits box avec une fenêtre et une porte vitrée grillagées. L’entretien se déroule sous la surveillance discrète des gardiens, qui ne peuvent écouter la teneur de l’entretien mais se bornent à jeter de brefs coups d’œil par la porte, afin de s’assurer que tout se déroule normalement ; car on a vu des avocats se faire agresser par des clients énervés, comme on en a vu d’autres essayer de donner quelque chose à leurs clients (argent, documents à signer, etc.). Au fond du parloir, une salle de prière a été aménagée. On se croirait presque dans une mosquée : tapis rouge, mihrab, étagères garnies d’exemplaires du Coran. L’endroit peut contenir presque une cinquantaine de personnes, et selon le responsable, c’est là que se retrouvent le vendredi détenus et personnel surveillant pour communier ensemble dans la prière. L’Administration pénitentiaire est également responsable de la réinsertion des détenus ; c’est ainsi qu’à la prison de Oukacha, les prisonniers qui le souhaitent reçoivent une formation professionnelle (menuiserie, plomberie, mécanique) dans des ateliers parfaitement équipés ; d’autres vaquent à des occupations culturelles, peinture, sculpture ou… écriture. Le but de l’administration étant de créer des activités socioculturelles, dans le but d’éloigner certains détenus de toute activité criminelle à la fin de leur peine. Mais c’est l’heure de quitter cet établissement, ce que l’on fait toujours avec soulagement, car on se sent quand même légèrement oppressé.

Bref, ce n’est pas un endroit à fréquenter souvent, même si l’on constate que l’administration fait des efforts louables et constants pour améliorer les conditions de vie des prisonniers ! Mais compte tenu de la surpopulation, il y a encore à faire.