Addict, toi-même

La sortie de route de Dominique Strauss-Kahn, même si elle n’est pas encore confirmée, a déjà eu de nombreuses incidences, dont une, imprévisible celle-là, sur le langage. Certes, le vocable très clinique «addiction» n’a pas attendu le dérapage incontrôlé de l’ancien président du Fonds monétaire international pour faire fortune, mais, l’occasion faisant le larron, il en a profité pour étendre un peu plus son aire d’emploi. A sa naissance, celle-ci était restreinte au domaine de la toxicomanie. Notre époque, qui aime à se gargariser de mots nouveaux au point d’en mésuser, l’a appliqué à divers comportements, naguère regardés avec indulgence, aujourd’hui, à tort ou à raison, jugés pernicieux. Vous avez tendance à prendre plus d’un coup doux, vous êtes considéré comme un addict à l’alcool. Vous aimez vous évader dans les volutes qui montent d’une cigarette, et vous voilà taxé d’addict au tabac. Vous ne pouvez résister à la tentation de faire bonne chère, vous n’échapperez pas au blâme d’addiction à la bouffe. Avant la pathétique affaire DSK, les séducteurs, souvenons-nous de Don Juan ou de Casanova, étaient appelés, avec envie, des tombeurs, des lovelaces, des coureurs de jupons, des hommes à femmes, maintenant ils sont devenus des addicts au sexe. On met ainsi dans le même bain un tourmenté de la braguette, capable de sacrifier carrière, avenir politique et dignité pour les courbes d’une dame et des humains mus par le désir. Addiction, terme galvaudé, plutôt démonétisé.