Abus de langage

Depuis quatre ans, mis à  part la parenthèse Fakhir, le Raja ne cesse d’affadir ses atours flatteurs, recrutant dispendieusement et absurdement, changeant de cornaqueur comme il change de maillot, se consumant dans des querelles intestines autant que picrocholines, et multipliant des revers improbables, telle la déculottée récemment essuyée par les soins de l’obscur Chelsea ghanéen.

Depuis quatre ans, mis à part la parenthèse Fakhir, le Raja ne cesse d’affadir ses atours flatteurs, recrutant dispendieusement et absurdement, changeant de cornaqueur comme il change de maillot, se consumant dans des querelles intestines autant que picrocholines, et multipliant des revers improbables, telle la déculottée récemment essuyée par les soins de l’obscur Chelsea ghanéen. Bien que les Aigles battent manifestement de l’aile, leurs nombreux fans continuent à les qualifier de «grands». Ils n’en démordent pas, tant ils sont aveuglés par le sentiment. Celui-ci infléchit notre comportement verbal vers l’emphase, traduite par une surutilisation de vocables laudatifs, d’intensifs et de superlatifs. Le locuteur marocain non seulement mésuse du répertoire gratifiant, mais, dans le feu de l’éloge, n’hésite pas à tordre le cou à la syntaxe. J’ai entendu, dans un café, un enseignant vantant un article de presse par le qualificatif de «très excellent». Sur Radio Mars, l’autre jour, un supporteur du MAS, prétendait que cette équipe était «dix fois plus meilleure» que le wac. Voyez à quels excès conduit le sentiment ! Par amour de soi, on s’attache à se donner de l’importance en s’inventant des destins exceptionnels et des vies flamboyantes. «J’étais un grand architecte», répète un retraité à qui veut bien l’entendre. Au vrai, il était comptable dans une cimenterie. A beau mentir qui vient du lointain.