A quand une parole qui libère ?

L’entrée dans le XXIe siècle et l’arrivée de Benoît XVI au Vatican a été marquée par l’éclatement, un peu partout à  travers le monde, d’affaires de pédophilie au sein de l’Eglise. Certaines remontent à  plus de trente ans mais elles rencontrent aujourd’hui un écho inédit. Dès 2002, des faits sont ainsi dénoncés aux USA puis, au fil des années, en Irlande, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas. Cette année 2010, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et la Belgique ont été touchées à  leur tour.

Pour la première fois depuis le XVIe siècle, un pape catholique s’est rendu au Royaume-Uni. Le souverain pontife, Benoît XVI, vient d’effectuer un voyage de quatre jours au pays de sa Très Gracieuse Majesté. Faite sur invitation de la reine Elisabeth II, cette visite historique s’inscrivait sous le sceau du rapprochement entre catholiques et anglicans. Mais, avant même d’avoir posé le pied sur le sol anglais, le souverain pontife s’est trouvé à devoir parler à nouveau de sa «douleur» et de sa «grande tristesse». Chez les Britishs, comme en mai dernier chez les Portugais ou en 2008 chez les Américains, il lui a fallu faire face à ce qui, depuis le début de la décennie, entache le visage du clergé catholique : le scandale des prêtres pédophiles.

Aux victimes qui l’attendaient de pied ferme, le Saint Père a dû, une nouvelle fois, faire repentance, en son nom et au nom de la Sainte Mère l’Eglise dont il est le chef.

La dernière bombe en date a explosé en Irlande. Pas du fait de l’IRA mais des hommes en soutane noire. Deux rapports publiés en 2009 secouent ce bastion du catholicisme en terre anglicane. Les deux jettent un éclairage accablant sur les abus sexuels et la maltraitance dans les internats catholiques. 14 000 victimes sont recensées dont 12 500 ont été indemnisées par l’Etat pour un montant d’un milliard de dollars. L’entrée dans le XXIe siècle et l’arrivée de Benoît XVI au Vatican a été marquée par l’éclatement, un peu partout à travers le monde, d’affaires de pédophilie au sein de l’Eglise. Certaines remontent à plus de trente ans mais elles rencontrent aujourd’hui un écho inédit. Dès 2002, des faits sont ainsi dénoncés aux USA puis, au fil des années, en Irlande, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas. Cette année 2010, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et la Belgique ont été touchées à leur tour. L’Eglise tout entière, et en premier lieu, son chef spirituel, est mise en cause pour son inaction et son aveuglement. En effet, aux scandales en eux-mêmes s’ajoute le fait que la hiérarchie ecclésiastique a souvent voulu fermer les yeux sur les turpitudes des prêtres mis en cause. Ainsi, en mars dernier, l’archidiocèse de Munich reconnaissait avoir commis «une grave erreur» en permettant à un prêtre accusé d’avoir violé des enfants de reprendre une activité pastorale. Le même mois, le New York Times révélait que le futur Benoît XVI était intervenu aux USA pour étouffer une affaire de ce type. On comprend dès lors l’ampleur du ressentiment auquel sa Sainteté doit faire face chaque fois qu’elle part à la rencontre de ses ouailles dans un monde travaillé par le désenchantement.
En quoi maintenant cette actualité propre au monde catholique peut-elle nous concerner, le Maroc ne comptant qu’un nombre infime de citoyens de confession chrétienne ? Le fait de vivre en terre d’Islam n’empêche pas que ces faits nous parlent. Et nous parlent même beaucoup.

Comment, en effet, ne pas faire le lien entre ces scandales de pédophilie en milieu ecclésiastique et les faits divers qui, régulièrement, défraient la chronique et mettent en cause des imams. Les viols des jeunes enfants (+/-6 ans !) dans les msids par ceux-là mêmes qui les initient aux textes sacrés est une réalité connue de tous. Sauf que cette réalité-là, comme tout ce qui n’est pas à l’honneur de «la communauté des croyants» est largement tue. Elle fait partie de ces choses sur lesquelles le regard se détourne, comme si, «ne pas dire», fait «ne pas exister». Driss Chraïbi, le premier, dans les années 50, puis ensuite, Abdelhak Serhane, l’ont dénoncée dans leurs romans.

La presse prend tout récemment la relève, traitant de temps à autre de cette question à travers l’angle du fait divers. Sur la pédophilie d’une manière générale, la société civile s’engage avec de plus en plus de force. Mais, outre le fait que la justice tend à faire preuve d’une indulgence scandaleuse à l’égard des coupables, personne à ce jour ne pose les abus sexuels commis dans les msids pour ce qu’ils sont : une réalité sociale récurrente. Si demain la parole venait à se libérer, le scandale serait largement à la mesure de celui qui secoue actuellement l’Eglise chrétienne. Car dans les deux cas, on retrouve les mêmes ingrédients : des hommes frustrés et pervers mis en contact avec des proies sans défense.

Certes, à la différence des prêtres, les imams se marient. Mais ils évoluent dans un univers où la sexualité est tellement frappée d’interdit qu’elle en nourrit les obsessions les plus perverses.

Ces enfants violés dans les msids, quels hommes deviennent-ils ? Quelle société construisent-ils ? Entre l’image et le réel, entre les discours et les faits, le fossé est immense. A quand une parole qui libère vraiment ?