2016, des raisons de s’inquiéter et d’espérer

Peut-on espérer que 2016 soit l’année d’un saut qualitatif dans la concrétisation des réformes figurant dans l’agenda politique depuis quelques années ?

En 2016, l’économie marocaine va décélérer. C’est ce que pensent les prévisionnistes du  HCP, Bank Al-Maghrib et le ministère des finances. Ces institutions tablent sur une croissance du PIB autour de 2,5% au cours de l’année prochaine. La prévision de la croissance a pris en compte les données disponibles et pertinentes, y compris des hypothèses sur la production agricole, le cours du pétrole, les politiques conduites par le gouvernement en 2015. Les prévisions se fondent également sur un ensemble d’hypothèses externes concernant les taux de change, les taux d’intérêt et les prix des produits de base. Si les risques concernant les hypothèses déterminantes sont globalement équilibrés, en revanche, les incertitudes relatives à l’année agricole et à l’environnement international font peser des doutes sur le niveau et le profil de la croissance de 2016. Dans un contexte où les perspectives pour l’économie nationale restent sujettes à des aléas, une réelle accélération des réformes structurantes s’impose pour que l’objectif de croissance annoncé soit tenu.

Le retard des pluies va peser sur la production agricole et par conséquent sur la consommation des ménages et devrait amputer la croissance du PIB de quelques points. Des commentateurs relèvent que si l’on excepte ce choc climatique, d’autres facteurs vont soutenir la création de la richesse. D’abord, la reprise chez nos partenaires serait favorable aux exportateurs. Ensuite, la chute du pétrole, désormais en dessous de 40 dollars le baril, tire le pouvoir d’achat des ménages qui, en retour, augmentent leur consommation. Et la chute du prix du brut peut améliorer aussi les marges des entreprises. D’autant que les taux d’intérêt sont toujours bas grâce à la politique ultra-accommodante de Bank Al-Maghrib. Mais attention ! Si la reprise économique, chez nos principaux clients, va se maintenir, elle reste toutefois lente. Le climat sécuritaire régnant dans la région risque d’affaiblir l’activité de divers secteurs économiques nationaux. Du côté des entreprises, le moral des patrons de secteurs les plus touchés par les vagues de terrorisme, comme l’hôtellerie ou le tourisme, a flanché.
 Cet autre choc s’ajouterait à l’impact défavorable de la conjoncture agricole qui constitue un réel frein pour la croissance économique des entreprises. Ces inquiétudes et leurs conséquences sur l’activité professionnelle sont palpables dans les conversations des chefs d’entreprise. Le contexte électoral dans lequel nous vivrons à partir du début du deuxième semestre ne sera évidemment pas sans influence sur l’état d’esprit des patrons. On perçoit un attentisme qui se traduit notamment par la prudence des intentions de recrutement dans les mois à venir. Ainsi, la croissance sera à peine suffisante pour maintenir le taux de chômage à son niveau de 2015. Le principal moteur de ces créations d’emplois serait le tertiaire et l’informel car l’agriculture et l’industrie continueraient à détruire des postes.

L’année 2016 va révéler davantage encore la nécessité de remédier plus rapidement et plus profondément à certaines fragilités structurelles. Tout d’abord, le secteur agricole, malgré les importants efforts entrepris, reste caractérisé par une faible productivité et est toujours dépendant des aléas climatiques. La croissance non agricole manquera de puissance tant que les stratégies sectorielles ne parviennent pas à produire les synergies et l’élan nécessaires pour enclencher une véritable transformation structurelle de l’économie. Si notre économie a développé une certaine résilience face aux chocs externes, n’oublions pas que les progrès réalisés sur le plan des équilibres sont aussi attribuables à des facteurs conjoncturels.

L’année 2016 verra-t-elle une accélération de la mise en œuvre des réformes structurantes ? Celle des régimes de retraite, l’une des plus urgentes pour faire face à la détérioration continue des équilibres financiers du système. Celle de régionalisation dont les outils et mécanismes sont suspendus à la publication de nombreux décrets d’application. Celle de la justice, sans laquelle l’amélioration du climat des affaires et le renforcement de l’Etat de droit ne connaîtront pas de réelles avancées. Celle de l’administration publique qui avance à petits pas alors que le citoyen fait montre de plus d’exigence quant à la transparence et à l’efficience du service au public. Celle du système d’éducation indispensable pour le redressement de la qualité de la formation. Celle d’un système fiscal en quête d’équité et de rendement. Celle du système de compensation qui bénéficiant d’une conjoncture anesthésiante semble être reportée aux calendes grecques. Celle de la santé publique dont les déficits handicapent lourdement l’état du capital humain de la nation.

Toutes ces réformes difficiles sont les seules à même d’assurer la viabilité des équilibres macro-économiques, de redonner à l’Etat les moyens pour améliorer la compétitivité, relancer la croissance et renforcer la cohésion sociale. Leur report ne fera qu’alourdir leur coût économique et social. Peut-on espérer que 2016 soit l’année d’un saut qualitatif dans la concrétisation de ces réformes figurant dans l’agenda politique depuis quelques années ?