2015 : un tournant dans les réformes ?

L’année qui vient de s’écouler a été particulièrement difficile. Je pense bien sûr à  la croissance atone qui a engendré peu de richesses nationales.

L’année qui vient de s’écouler a été particulièrement difficile. Je pense bien sûr à la croissance atone qui a engendré peu de richesses nationales. Je pense aussi à l’accentuation des fragilités sociales, plus particulièrement celle de ces jeunes arrivants sur le marché de l’emploi et qui n’ont pu trouver d’autre alternative de survie que l’immersion dans un informel en recrudescence. Je pense à ce train de réformes dont le rythme est ralenti par la résistance de forces conservatrices et la lenteur de la décision publique. Je formule les vœux que l’année qui s’ouvre soit un année de  résultats par  la prise en charge vigoureuse des trois enjeux qui traversent notre société: celui de la consolidation économique, de la cohésion sociale et de l’autonomie des territoires. Il s’agit d’approfondir les réformes engagées pour leur donner de l’ampleur et de la force, avec un cap très clair, la consolidation de l’économie de notre pays, dans la justice sociale, et une priorité absolue, l’emploi. Pour cela il faut de la croissance, il faut des entreprises qui investissent et qui embauchent, il faut une compétitivité retrouvée, il faut un appareil productif renforcé, il faut des règles du jeu transparentes, une économie ouverte, concurrentielle où l’abus des positions dominantes est sanctionné. Dans cet enjeu, l’investissement est au cœur du combat : investissement dans la production, parce qu’il faut produire pour pouvoir redistribuer ; investissement dans l’éducation et la formation parce que nos jeunes sont les garants de l’avenir; investissement dans la protection sociale pour panser les fractures sociales. La consolidation économique, mais aussi l’effort de rationaliser les dépenses publiques, d’en optimiser l’impact, de simplifier le système fiscal, de le réformer pour plus d’équité, tout cela n’a qu’un seul objectif : construire un modèle social inclusif et solidaire. Il s’agit de muscler l’économie pour financer le social, l’éducation, des services publics efficaces, remettre la justice sociale et la solidarité au cœur de notre société. Sur ce second enjeu, les dossiers en instance sont nombreux. Il s’agit de saisir l’opportunité d’un environnement favorable pour approfondir la réforme de la compensation en révisant les mécanismes de prix des produits subventionnés et en réformant la fiscalité énergétique. Il s’agit aussi d’accélérer la réforme de la protection sociale en initiant la couverture de soins de santé en faveur des indépendants et en garantissant l’effectivité du RAMED par la construction de son architecture financière et institutionnelle, sans quoi, il se réduira à la distribution d’une nouvelle version de cartes d’indigents. Il s’agit enfin de se départir des positions dépassionnées et prendre des décisions urgentes sur la réforme des caisses de retraite. Comme dans bien d’autres domaines il n’y a aucune solution «clés en main». Il faut surtout éviter de se limiter à une réforme paramétrique et s’engager sur le chemin d’une reconfiguration institutionnelle du système. Le risque serait de tomber dans l’inaction, sous prétexte que l’action est impossible ou dangereuse. Il s’agit  par-dessus  tout s’attaquer à la question de l’emploi en couplant la rénovation des politiques actives de l’emploi aux actions structurantes à effet long: la restructuration des systèmes d’éducation et de formation, la dynamisation des établissements d’intermédiation, le consensus sur le code du travail.
Dans tous ces enjeux sociaux, je formule le vœu que les partenaires sociaux fassent preuve d’imagination et surtout accélèrent leurs évolutions. Aux syndicats de se libérer d’un archaïsme dans le discours et la méthode qui débouche trop souvent sur l’affrontement stérile et, au bout du compte, sur le conservatisme.  Quant aux organisations patronales, elles ont à se défaire de la vision trop étroite des intérêts de l’entreprise: comme si le dynamisme économique du pays pouvait s’accommoder de l’exclusion de catégories entières des acquis sociaux. Pour accélérer ces évolutions, il nous faut aujourd’hui construire une nouvelle architecture du dialogue social.
Le troisième enjeu et pas le moindre, est celui de l’autonomie des territoires. Au cœur de cet enjeu figure l’adoption de la loi sur la régionalisation et la clarification de ses questionnements: celui des compétences des collectivités territoriales;  celui de la combinaison d’une stratégie du long terme, qui doit assurer les conditions de cohésion et d’unité, et d’une politique de gestion, qui porte sur la mise en œuvre de cette stratégie, de façon adaptée à chaque contexte local ; celui des espaces de solidarité à constituer  et des mécanismes de financement de cette solidarité à mettre en place ; celle des normes  d’affectation des moyens et des obligations de résultat adossées à un système d’évaluation  etc. Je formule les vœux que les élus de la nation n’aient qu’un objectif, qu’une obsession, faire réussir la régionalisation en respectant les valeurs de l’intérêt général, de l’éthique de conduite en s’écartant de tout sectarisme, particularisme ou crispation identitaire.  
En ce début d’année 2015, je me dis que ce qui nous menace,  c’est en définitive la confusion des enjeux, la perte de sens des finalités, et, pour tout dire, la résultante de tout cela qui peut être la conflictualité ou la résignation. Notre pays doit surmonter ses difficultés et le fait, certes, mais généralement à la suite de conflits générateurs de perte de temps et sans la cohésion suffisante, garante d’efficacité.
Face à ces risques, je formule aussi le vœu qu’en 2015 nous marquions deux volontés : la lucidité et l’engagement. La lucidité est indispensable, elle est au cœur de tout. Elle suggère que les valeurs comme la raison, le respect, l’intérêt général l’emportent sur la facilité, l’argent et l’esbroufe. Si la lucidité et la volonté l’emportent, j’ai confiance dans ce que les citoyens, surtout les plus jeunes d’entre eux, soient au rendez-vous des futures échéances électorales. L’issue de cette confrontation est autant morale que sociale. L’année 2015 sera donc cruciale pour les Marocains. J’espère qu’ils ne seront pas seuls face aux épreuves, réduits au silence de leur déception ou à l’expression de leur colère. Là est le rôle des forces politiques : offrir une traduction concrète d’une attente et d’une espérance. Et peut-être jamais en ce début d’année nous n’avons eu autant besoin de rigueur morale et de justice sociale. Très bonne année à tous.