2004, horrible jusqu’au bout

Un mien ami, un peu mystique quand les infos virent au drame,
me dit que ces contrées paient peut-être les pêchés des hommes.
Je lui fais remarquer que le rôle était déjà pris et que le Christ, normalement, s’est sacrifié pour nous.

Je ne sais pas si vous connaissez «La manifestation contre l’an 2000», ce merveilleux sketch de Gad El Maleh, mais moi, j’ai envie de faire la même chose. La séquencialisation du temps n’a qu’un seul effet: nous imposer des bilans et nous rappeler que nous nous rapprochons de l’inéluctable.
A titre privé, 2004, je m’en serais bien passé, 2005 ayant l’avantage de l’inconnu. Les Asiatiques devraient partager mon sentiment. Vicieuse, cette année a voulu marquer son passage en se terminant par l’une des plus grosses catastrophes naturelles de l’histoire, des dizaines de milliers de morts, les forces de la nature déchainées et la bêtise humaine affichée. Apocalypse now, je vous dis.
Ainsi, face aux caméras, un scientifique nous explique que si ces pays avaient des systèmes de prévention semblables à ceux des USA et du Japon, ils auraient pu anticiper et sauver des vies. Si le Sri-Lanka avait les moyens technologiques des USA, cela se saurait et ma tante serait devenue mon oncle il y a des lustres. Sur tous les bulletins, y compris chez nous, les présentateurs mettent en relief «la centaine» de touristes occidentaux morts en face de l’hécatombe des indigènes. Même face à une catastrophe naturelle, nos vies n’ont pas la même valeur. Laissons les meurtris enterrer les morts…
De par mon tiers-mondisme de jadis, probablement, à moins que cela ne soit par pur humanisme, j’ai d’énormes sympathies pour ces peuples à la misère indescriptible, souvent victimes des aléas de la nature et de l’incurie des hommes. D’ailleurs un mien ami, un peu mystique quand les infos virent au drame, me dit que ces contrées paient peut-être les pêchés des hommes. Je lui fais remarquer que le rôle était déjà pris et que le Christ, normalement, s’est sacrifié pour nous. Alors, ou il est mauvais payeur, ou la facture est trop lourde, mais les Cinghalais n’ont aucune raison de le remercier, eux qui vivent dans la peur depuis toujours.
Moi je préfère une explication plus rationnelle. L’homme provoque trop la nature en cherchant à la domestiquer plus que de besoin. Les scientifiques et les verts tirent la sonnette d’alarme depuis des décennies. En 2004, l’Amérique a refusé de signer l’accord de Kyoto au mépris du reste de l’humanité. Chaque jour qui passe démontre que le nouvel empire prend le genre humain pour des peaux-rouges et compte bien lui réserver le même sort. Ce qui justifie toutes les vilénies faites à l’empire des cow-boys. Il y en a un qui l’avait compris, il nous a quittés, c’est Marlon Brando, le symbole de l’Amérique que l’on a pu aimer, celle de la créativité, de la générosité.
D’ailleurs, le cinéma s’intéresse à un autre empire, celui d’Alexandre. Le Macédonien est maintenant sur toutes les chaînes, il sera la star de 2005 et le Maroc un peu avec. On raconte qu’il était un conquérant universaliste, le genre même de tautologie que je déteste, parce qu’aucun conquis n’a jamais rien demandé à son «civilisateur». Mais enfin, si Ouarzazate et Marrakech pouvaient en bénéficier…
Parce qu’il faut bien finir par des vœux, j’en formulerais trois. Le premier est que ce pays soit préservé de tout traumatisme, quel qu’il soit, parce qu’aucun échec n’amène autant de désolation que ce que l’on a pu voir cette semaine.
Le second est que l’on s’attaque enfin au mamouth de l’Education nationale pour remettre l’école en marche. Sans cette réussite-là, nous n’arriverons ni au décollage économique ni à la démocratisation réelle.
Le troisième est quasi mystique (si, si) : j’aimerai tant que les Marocains qui ont des fortunes dormantes ou à l’étranger, que ceux qui représentent la «volonté destructrice» telle que définie par Gramsci, se décident à croire en ce pays et qu’ils contribuent à sa marche, en critiquant quand il le faut, en se battant pour un meilleur fonctionnement des institutions, mais en ayant foi en la possibilité de construire un avenir sans passer par la case chaos.
Je vous souhaite enfin, à vous et à vos enfants, santé, réussite et beaucoup de joie. L’année 2005 sera sûrement meilleure que la précédente. Disons-nous ça et avançons !