«Une vraie ingénierie de formation est nécessaire pour faire du sur mesure»

Expert international en ressources humaines et conduite du changement, le DRH de Promamec livre ses recommandations pour mieux diagnostiquer les besoins en formation. Les coupler aux challenges des individus et de l’entreprise est un préalable.

• L’offre des grandes écoles pour les formations sur mesure se multiplie. Est-ce une réponse aux besoins des entreprises ?
Les grandes écoles, et de façon plus large les universités et établissements d’éducation, s’invitent de plus en plus au monde juteux de l’entreprise. Après les mastères spécialisés, les programmes d’exécutive MBA et les DBA, ces établissements voient en la formation continue des professionnels une autre opportunité à saisir. Pour cela, ils entrent en concurrence avec les cabinets de formation.
Pour qu’une formation soit taillée sur mesure par rapport aux besoins effectifs d’une entreprise, il faudra réaliser une vraie ingénierie de formation idéalement couplée aux prévisions sur la base d’une GPEC. A part cela, on entend beaucoup parler d’offres sur mesure, alors qu’il s’agit de formations catalogue ou de formations bonbons.
La plupart des établissements éducatifs, comme les cabinets de formation d’ailleurs, disposent de catalogues «prêt-à-porter» et sont disposés à vous chercher des intervenants pour des formations qu’ils n’offrent pas d’habitude. C’est ce que beaucoup appellent du sur mesure à tort.

• Selon vous, quels sont les écueils à éviter ?
Il faut éviter de se baser sur l’offre des fournisseurs (écoles, universités, cabinets de formation…). Leurs offres ne doivent jamais être le point de départ. Il faut bien diagnostiquer ses propres besoins en formation, les coupler aux challenges des individus, des départements et de l’entreprise, du présent comme du futur et puis les hiérarchiser pour en choisir les plus impactants.
Reste, après le choix du prestataire de service. Les critères de choix doivent être objectivement bien définis avant les séances de cadrage avec les différents prestataires potentiels. Le choix doit être dicté par la qualité de l’intervenant plus que le nom ou le brand du prestataire de service de formation.
A noter que certaines grandes écoles et/ou universités ont tendance à inviter plus des académiciens, alors que les cabinets de formation, en général, ont tendance à inviter plus des professionnels. Certaines disciplines requièrent des académiciens alors que d’autres nécessitent des professionnels aguerris capables de comprendre la vraie complexité du milieu d’entreprise. Ce constat doit être pris en considération selon la nature du besoin en formation.
Dernier conseil, il faut éviter de croire qu’il existe des établissements de formation (pour ne pas parler que des grandes écoles) qui savent tout faire. Il est impératif de se renseigner sur la vocation du prestataire de formation, la qualité de ses références, et surtout la qualité de ses intervenants.

• Quels sont les facteurs nécessaires pour mettre en place un dispositif de formations sur mesure ?
Certains grands groupes ont mis en place des académies pour répondre à leurs propres besoins en formation (souvent des formations pointues ou des formations métiers). Ces académies deviennent ainsi des prestataires de formation internes.
D’autres traitent dans la continuité avec des prestataires bien définis sur la base de critères purement professionnels. Cette relation durable fait que ses prestataires ajustent le contenu de leurs supports de formation aux besoins et au contexte dudit client. En effet, le retour des participants doit être pris en compte par le prestataire pour mieux ajuster le contenu proposé, les études de cas pratiques, la méthodologie d’animation, etc. Sans feed-back, il serait difficile d’ajuster la prestation pour parler du sur mesure.
La continuité dans le temps permet ce type de retour sur expérience et d’ajustements. Les choix papillons des prestataires qui changent chaque année, le manque d’ingénierie de formation bien avant tout cela, le manque d’évaluation à chaud et à froid sont tous des ingrédients d’échec à ne pas cultiver.