Une bonne collaboration n’est jamais acquise, elle s’entretient constamment

Un bon collaborateur est celui qui se prend en main, qui a le souci de défendre l’entreprise.
La démotivation d’un collaborateur doit être surveillée de près. Souvent, le patron en est en partie responsable.

«Il est irremplaçable», «il est la clé de voûte de l’entreprise»… Chaque manager aimerait avoir des collaborateurs qui répondent a ces appréciations. Mais c’est rarement le cas. Quels critères faut-il retenir dans le choix du bon partenaire ? Comment le retenir? Explications avec Abdellilah Sefrioui, DG du cabinet Axe RH.

La Vie éco : Quel est, pour un manager, le profil du bon collaborateur ?
Abdellilah Sefrioui : Tout dépend de la perception qu’a le manager de ce collaborateur. Le patron doit en principe posséder les compétences nécessaires pour identifier le potentiel de ses collaborateurs.
Je dirais que cette notion de bon collaborateur est toute relative parce que l’entente parfaite entre un manager et ses collaborateurs n’est jamais acquise. Une relation se construit de manière durable et s’entretient. Elle doit être empreinte de confiance mutuelle. On peut être entouré de bons collaborateurs si toutefois on arrive à maintenir cette relation. Je dirais que la problématique est d’ordre managérial.

Comment y arriver ?
Il faut faire en sorte que les collaborateurs deviennent les principaux acteurs dans l’entreprise. Cela suppose de l’autonomie et de la responsabilisation. Mais il est aussi nécessaire de mettre en place les moyens nécessaires pour l’atteinte des objectifs et de tolérer les erreurs, à condition qu’elles permettent d’aboutir à un meilleur résultat.
Un bon collaborateur est celui qui se prend en main, qui agit. Lorsque je ne comprends pas quelque chose dans mon entreprise, je demande. Lorsque je ne dispose pas d’une information, je la cherche…Je ne reste pas cloîtré dans mon coin en attendant que la réponse tombe du ciel. L’idée est d’arriver à ce que chaque collaborateur puisse gérer sa «propre entreprise» au sein même de l’entreprise. Lorsqu’ils ont cette sensation, ils deviennent même plus attentifs aux petits problèmes qui peuvent influer négativement sur la gestion courante, comme les lumières ou les ordinateurs qu’on laisse allumés en sortant du bureau, l’utilisation abusive du téléphone et bien d’autres coûts cachés.

En tant que consultant RH, avez-vous le sentiment que les managers se plaignent souvent de ne pas trouver le collaborateur idéal ?
Il est vrai que j’entends souvent dire que les managers ne sont pas bien entourés. Mais je ne généralise pas le problème. Certains managers, par exemple, pensent souvent que leurs collaborateurs changent de comportement au fil des ans, qu’ils ne sont plus les mêmes, qu’ils n’ont plus cette motivation qu’ils avaient au départ et qu’ils n’arrivent plus à répondre aux besoins de l’entreprise alors que les nouveaux sont plus motivés… Ce genre de discours pose problème.
Ces managers oublient qu’ils sont aussi acteurs dans leur relation avec leurs collaborateurs. A mon avis, ils doivent avoir le courage de s’auto-critiquer. La relation ne doit pas être à sens unique. La preuve en est que certains collaborateurs arrivent à s’épanouir lorsqu’ils changent d’entreprise, tout simplement parce qu’ils étaient souvent marginalisés par leurs anciens patrons.

N’y a-t-il pas un problème de communication ?
Certainement ! Mais c’est aussi un problème d’ordre culturel. Les qualités techniques sont certes importantes pour le choix d’un collaborateur mais on ne doit pas s’y limiter. Les rapports humains sont aussi importants. Comment les maintenir au beau fixe ? C’est une question que l’on doit toujours se poser.
A ce niveau, la communication est primordiale. Il faut savoir que l’entreprise perd énormément d’énergie dans la gestion des relations interpersonnels (rumeurs, jalousie, bouderie, critiques déplacées…).

Faut-il envisager une motivation matérielle ?
Elle est certes essentielle pour motiver et retenir les bons éléments mais attention aux dommages collatéraux. Il faut penser à assurer l’équité entre les collaborateurs.

Les qualités personnelles sont-elles aussi importantes pour être bon collaborateur ?
Elles sont importantes à condition qu’on les retrouve chez le supérieur hiérarchique. On ne peut exiger la sincérité, l’honnêteté, la rigueur chez les autres alors qu’on ne possède pas soi-même ces qualités. Certains managers peu scrupuleux abusent des qualités des autres pour en demander toujours plus.

Abdellilah Sefrioui
DG du cabinet Axe RH
Responsabilisation, autonomie, marge d’erreur sont nécessaires pour avoir de bons collaborateurs.