Un matheux à  la tête de la Centrale laitière

Parti en France pour y passer son bac, il enchaîne avec Paris Dauphine et le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).
Spécialisé dans les «mathématiques de décision», il a exercé plusieurs métiers : financier, textilien, opérateur en bourse, avant de prendre les commandes de la Bourse pendant 4 ans.
Pour lui, le succès tient en trois points : savoir s’entourer, posséder l’art d’animer une équipe et déléguer, en prenant soin de récompenser selon le mérite.

Au premier abord, Driss Bencheikh ne semble pas facile d’accès. Mais dès les premiers mots échangés, on s’aperçoit que, loin d’être distant ou froid, c’est un homme de communication adroit et plutôt bienveillant. On est tenté de dire qu’il doit cela, en partie, à sa formation. En effet, ce Casablancais de naissance, qui a fait ses études secondaires au lycée Moulay Idriss 1er, a suivi un cursus de mathématiques de décision en France. Une discipline qu’il décrit comme l’art de «réécrire et poser les problèmes économiques en formules mathématiques». On peut même imaginer que ce jeune gestionnaire a su trouver dans les mathématiques un allié pour vaincre timidité et stress.

«Le travail est la valeur la plus sûre aujourd’hui»
Avant de parler de ses états de service, l’ancien patron de la Bourse de Casablanca, qu’il vient de quitter pour prendre en main les destinées de la Centrale laitière, ne veut laisser planer aucun mystère sur ses origines : «Je suis né dans une famille modeste de 4 enfants et j’ai fait l’école publique ; mon père était douanier et ma mère une femme au foyer. Le cursus que j’ai suivi repose sur l’effort personnel, une bourse de l’Etat marocain et le précieux soutien de mes parents».
Cependant, un heureux concours de circonstance a changé le destin du jeune Driss en 1980. Alors qu’il avait à peine dix-neuf ans, il part en France pour une année, le temps de passer un bac C. Ce qui était au départ un heureux «accident» de parcours fut aussi le premier challenge pour le jeune élève qui a dû se mettre, très vite, au niveau de l’enseignement du pays d’accueil et se préparer, dans la foulée, pour intégrer l’Université Paris Dauphine, l’année suivante. De ses études, il ne garde pas le souvenir ni de grandes angoisses ni de terribles efforts mais seulement de la régularité dans le travail. Car, dit-il, le travail est la valeur la plus sûre aujourd’hui et il est dommage que les jeunes y croient de moins en moins.
Driss Bencheikh, lui, «a été éduqué dans la vénération du travail». C’est ainsi qu’au bout d’un stage dans une société de bourse, après sa maîtrise, il lui est proposé de mettre ses compétences de modélisation mathématique au service d’un département qui met en place de nouveaux produits financiers. Cette proposition alléchante ne le fit pas facilement renoncer à la formation académique qu’il couronne par un 3e cycle du Conservatoire national des arts et métiers. Et, alors qu’il commençait à comprendre à quoi allaient lui servir les études qu’il venait de terminer, ses parents réclament son retour au pays.
En 1988, il y commence une vie très active. D’abord au cabinet Price Waterhouse, où il restera deux ans. Il a dirigé plusieurs entreprises dans le secteur textile, alors en pleine crise, juste après la 1ère guerre du Golfe. Il endossera par la suite une casquette de banquier en co-dirigeant la société de bourse de la BMCE-Bank et le département Corporate de la banque. C’est dans ce cadre qu’il a été amené à traiter le dossier de l’évaluation de la Samir en vue de sa privatisation. En parallèle, il est nommé vice-président du conseil d’administration de la Bourse des valeurs de Casablanca. Bourse qu’il rejoindra d’ailleurs, d’abord en tant que secrétaire général, de 1996 à 2000, puis en tant que président du directoire.
Comment le définir professionnellement ? Quel type de patron est-il ? Driss Bencheikh se veut un manager qui, pour mener à bien une stratégie, table sur l’animation et la mobilisation des groupes plutôt que sur la manipulation des personnes.
Un des gestes qu’il a accompli dans le cadre de la modernisation des structures et de l’approche de la bonne vieille Bourse (qui date des années 20) a été le recrutement de 40 personnes qui sont venues grossir les rangs des 20 anciens employés. «95 % des recrues en étaient à leur première expérience professionnelle», se rappelle-t-il. Il a fallu ensuite redéfinir l’esprit d’entreprise d’une vieille institution et faire souscrire anciens et nouveaux employés à une démarche où seul le mérite et le talent ont droit de cité. Et pour motiver tout ce petit monde, il a fallu aussi convaincre les actionnaires de la nécessité de récompenser les efforts des plus méritants et des plus entreprenants.

Rénover la Bourse, un défi réussi
Le résultat ne se fit pas attendre… En 1999, le chiffre d’affaires de la Bourse avait atteint 100 MDH, contre à peine 10 millions, quelques années plus tôt, se rappelle Driss Benkeikh. Pour lui, la botte secrète d’un manager tient en quelques principes : savoir s’entourer, posséder l’art d’animer une équipe, déléguer en prenant soin de suivre et préserver les acquis sans jamais oublier de récompenser selon le mérite.
Ces principes seront-ils suffisants pour gérer la Centrale laitière, une entreprise qui s’adresse à des millions de consommateurs, fondus dans un marché multi-segments ?
Sans doute le nouveau PDG a-t-il plus d’un atout dans sa manche. En tout cas, il a la vocation : alors qu’il était étudiant à Paris, il avait pendant longtemps, à la suite d’une visite au Salon de l’agriculture, caressé le rêve de se lancer dans l’élevage de vaches laitières