Un congé doit constituer une véritable pause

Le congé a une fonction physiologique et sociale.
Avant un départ en congé, il est essentiel de déléguer
en donnant des instructions claires à  son remplaçant.
Un bilan sur les mois précédant le départ en congé est
utile pour repartir du bon pied à  la rentrée.
Mieux vaut s’octroyer de vraies ruptures, même si elles sont courtes.

Des vacances, tout le monde en veut pour s’évader, se ressourcer ou se retrouver en famille. Un congé a une utilité physiologique et sociale qu’il faut préserver. Avis de Abdelillah Sefrioui, DG d’Axe RH.

La Vie éco : L’été est une période très prisée pour les congés. Comment préparer le départ pour pouvoir se ressourcer en toute tranquillité ?
Abdelilah Sefrioui : Quelle que soit la période de l’année, il y a des moments o๠il faut savoir s’arrêter et prendre carrément du recul par rapport à  l’entreprise. Les vacances sont indispensables parce qu’elles permettent de retrouver un équilibre, d’autant qu’il est impossible d’être efficace tout le temps. Mais pour bien se reposer, il faut réellement couper, de sorte à  pouvoir jouir pleinement de cette période de repos. Pour cela, deux conditions doivent être respectées.
D’abord, il est essentiel de donner les consignes et déléguer ce qui peut l’être. On doit informer son remplaçant de manière exhaustive pour qu’il soit en mesure de prendre les décisions importantes. Si les consignes ne sont pas clairement expliquées, et le champ d’intervention bien délimité, le remplaçant reste dépendant de son délégataire. Tous les documents nécessaires à  une prise de décision doivent aussi être laissés à  la disposition du remplaçant. Que vous soyez au Portugal ou à  Bouznika, le fait d’être dérangé pour un mot de passe ou une quelconque requête a le même effet.
L’autre résolution consiste à  faire le bilan de son action à  mi-chemin. C’est-à -dire faire le point sur les mois précédant le départ en congé de façon à  pouvoir repartir du bon pied au retour.

Vous parlez de coupure. S’agit-il de cesser tout contact avec l’entreprise ?
Si c’est possible, pourquoi pas ? Il faut se dire qu’on ne doit pas confondre un congé à  une gestion à  distance. Autant s’octroyer de vraies ruptures même si elles sont courtes que de rester collé à  l’entreprise via le téléphone ou un autre moyen de communication.
Dans le cas o๠on voudrait rester à  l’écoute, on peut délimiter les horaires pendant lesquels on peut être joignable pour pouvoir bénéficier pleinement des vacances. Il ne faut pas oublier que les vacances ont une utilité physiologique et sociale qu’il faut préserver. Inutile de les prendre si elles se réduisent à  changer d’endroit tout en restant stressé. Soit on prend un vrai congé soit on n’en prend pas.

Pourtant, il y en a qui ne peuvent pas prendre leurs distances, pour une raison ou une autre…
Il y a des moments o๠il faut savoir prendre du recul avec l’entreprise. En principe, un manager doit pouvoir s’organiser pour que ses collaborateurs travaillent dans les meilleures conditions même pendant son absence. Malheureusement, certains se croient indispensables ou font, même malgré eux, en sorte de l’être. Toutes les décisions doivent passer par eux. Cela est dû notamment à  un manque de confiance en soi et à  une mauvaise communication. La preuve en est que des dysfonctionnements apparaissent à  chaque absence.
Les accros du travail sont de deux sortes. Il y a ceux qui ne savent pas déléguer ou ont du mal à  le faire. La conséquence est qu’ils sont en situation de stress permanent.
La deuxième catégorie est composée de ceux qui ont des difficultés à  trouver un suppléant compétent ou digne de confiance. Ces derniers peuvent néanmoins assurer un service minimum en laissant des plages horaires pendant la journée pour régler quelques problèmes à  distance.

Il y en a qui profitent des vacances pour suivre une formation. Qu’en pensez-vous ?
Je ne suis pas du genre à  recommander aux gens d’aller se perfectionner par rapport à  leur domaine d’activité par exemple. Par contre, toute activité de loisir ou d’apprentissage qui a une relation avec soi-même est intéressante. Pourquoi ne pas suivre une formation sur le développement personnel ? S’offrir des loisirs intellectuels est également important.
Comme je l’ai souligné précédemment, un congé a son utilité autant sur l’aspect social que physiologique. Prendre un pot avec son collègue même pendant les vacances peut par exemple être très bénéfique sur le plan relationnel. Il y a également l’aspect familial. On est davantage disposé à  passer plus de temps avec sa famille. Par exemple, opter pour le tourisme industriel à  l’étranger (visite d’usine ou autre) peut être assimilé par la famille à  une mission à  l’étranger, et cela peut ne pas l’intéresser. Mieux vaut s’abstenir si c’est le cas. En revanche, faire du sport est bénéfique, à  condition de ne pas passer d’une suractivité à  une autre en voulant profiter à  fond de chaque minute. Je le répète, il faut profiter de ces moments pour faire un travail sur soi. Refaire le plein d’énergie tout en faisant attention aux activités trop éprouvantes physiquement et intellectuellement.

Y a-t-il une durée optimale pour un congé ?
Je ne crois pas qu’il faille prendre en compte la durée. La question est de savoir s’il faut le prendre d’un seul coup ou le segmenter sur l’année. Par exemple, les cadres français répartissent leur congé annuel en moyenne en cinq ou huit périodes. Ces mini-ruptures d’une semaine ou moins sont propices pour profiter d’abord de toutes les saisons, mais aussi pour maintenir l’équilibre pendant toute l’année. Au Maroc, on s’achemine de plus en plus vers cette pratiqu.

Abdelillah Sefrioui n DG d’Axe RH
Inutile de prendre des vacances si elles se réduisent à  changer d’endroit tout en restant stressé. Que vous soyez au Portugal ou à  Bouznika, le fait d’être dérangé pour un mot de passe ou une quelconque requête a le même effet. Soit on prend un vrai congé soit on n’en prend pas.