Toutes les vérités ne sont pas bonnes à  dire

La crainte de dévoiler ses limites ne fait que confirmer son incompétence à gérer efficacement un problème

Accepter ses erreurs, c’est se montrer crédible.
Il faut faire amende honorable en tenant compte du contexte et des interlocuteurs.

Le temps du patron autocratique est révolu ! Aujourd’hui, le chef se plante et l’assume. Signe de faiblesse ? Pas forcément ! Admettre ses erreurs devant les autres est toujours appréciable. Reste que pour un manager, une telle démarche n’est pas encore incluse dans la culture de l’entreprise. Explications avec Youness Bellatif, DG du cabinet Convergence conseil.

La Vie éco : Doit-on admettre ses erreurs devant les autres, même quand il s’agit des subordonnés ?
Youness Bellatif : Je partage l’avis de ceux qui ont toujours montré l’exemplarité aussi bien dans les bonnes que dans les mauvaises situations. Reconnaître ses erreurs, c’est aussi donner le bon exemple. D’abord parce que c’est un signe de bonne volonté et de crédibilité pour le manager. Ensuite, je pense aussi que c’est une question d’honnêteté professionnelle pour le manager que d’avouer ses torts.

Y’a-t-il des risques pour que cela soit mal interprété ?
Bien évidemment, toute vérité n’est pas bonne à dire. Mais, en admettant ses erreurs, le manager évite les malentendus et les non-dits qui peuvent, à long terme, empoisonner les relations professionnelles. Il faut dire aussi que les individus ont un minimum d’intelligence et de culture pour comprendre qu’un manager peut se planter dans tel ou tel dossier. Au contraire, l’erreur est humaine et tout manager doit être capable de reconnaître le problème lui-même et d’en tirer les leçons. Toute la difficulté réside dans la transmission du message. Soit on camoufle la vérité, et l’erreur peut devenir fréquente et engendrer d’autres dysfonctionnements. Soit on passe le cap et clarifie la situation devant les autres. Cette démarche est un bon moyen d’éducation professionnelle pour l’ensemble des collaborateurs.

Cette reconnaissance ne sera-t-elle pas perçue comme un signe de faiblesse pour le manager ?
Un management zéro défaut n’existe pas. Un dirigeant est avant tout un être humain comme les autres ; il peut lui arriver de se tromper, je l’ai déjà souligné. Toutefois, il faut dire que de manière générale, le fait d’admettre ses erreurs n’est pas une composante de la culture de l’entreprise. Comment oser admettre une erreur alors qu’on sanctionne automatiquement quand ce sont les autres qui la commettent? C’est ainsi que, souvent, des managers font le dos rond pour cacher leurs défaillances. C’est une erreur monumentale. Cette crainte de se dévoiler ne fait que renforcer l’incompétence à gérer efficacement un problème. Cela finira par créer un effet boomerang.

Selon vous, admettre son erreur est plutôt un atout, à condition de l’utiliser à bon escient…
Tout à fait. C’est une force pour le manager, à condition d’en tirer les enseignements nécessaires. A mon avis, un manager n’est crédible que s’il est assez sûr de lui pour reconnaître ses torts.

Y a-t-il une façon particulière de le faire ?
Il n’y a pas de forme spécifique ou universelle pour le faire. C’est avant tout un état d’esprit. La manière de transmettre la vérité appartient à chaque manager. En outre, cela donne un air d’empathie, de sincérité, de compréhension et de sympathie quand la personne vous fait part de ses erreurs. Il faut souligner également qu’un manager n’est que le membre d’une équipe qui avance à tâtons. S’il reconnaît le droit à l’erreur à ses collaborateurs, il peut se l’accorder aussi. Peu importe la manière adoptée, il faut le faire comme on le sent, avec des mots simples et sincères. Il ne faut pas oublier que l’intelligence émotionnelle doit faire partie des qualités du manager.

Vous avez souligné tout à l’heure que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Cela veut dire que la franchise a ses limites.
Absolument ! Je dirais qu’un manager ne doit pas considérer ses collaborateurs comme des psychothérapeutes sur qui on s’épanche continuellement pour se soulager. Il y a des choses profondes qu’on ne peut sortir facilement. C’est au manager de réagir par conséquent. Il doit se poser les bonnes questions. Les personnes sont-elles prêtes à connaître la vérité ? Parce que, souvent, les autres ne le sont pas ! La marge d’erreur est-elle de taille ou pas? De son côté, le manager est-il prêt à avouer ses erreurs ? Comment va-t-il s’y prendre ?… Je pense qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises vérités à annoncer, tout dépend du contexte et du comportement à adopter.

Youness Bellatif DG du cabinet Convergence Conseil
«Un manager ne doit pas pour autant considérer ses collaborateurs comme des psychothérapeutes sur qui on s’épanche continuellement pour se soulager».