«S’auto-former n’est pas dans l’ADN du cadre marocain»

Questions à Mohamed Benouarrek, DRH de Promamec – expert international en ressources humaines et conduite du changement

La Vie éco : Quelles motivations peuvent pousser un individu à s’auto-former ?

• Certains perçoivent l’auto-formation comme un rattrapage d’un épisode de leur vie et tachent à combler certaines lacunes ou à réaliser un rêve, voire un objectif. D’autres considèrent l’auto-formation comme un épanouissement personnel, car ceci nourrit leur sentiment de croissance et d’évolution.

Il est certain que les motivations pour l’auto-formation diffèrent d’une personne à l’autre, mais elles convergent toutes vers la montée en compétence des individus qui sont également des collaborateurs.

Pour ce type de formation, l’ambition et la motivation doivent émaner essentiellement de chez l’individu. Elle n’est pas dictée par l’entreprise en général. Les enjeux sont souvent des défis personnels ou bien un sentiment de réalisation de soi.

Est-ce dans l’ADN du cadre marocain de s’investir dans l’auto-formation ?

• Pas forcément. L’auto-formation n’est pas très répandue au Maroc comparé à d’autres pays européens ou encore asiatiques. Aux Etats Unis, on parle des 3 L’s : Life – Long – Learning.

Il n’est guère étrange de voir des quinquagénaires, sexagénaires ou bien même des septuagénaires assis aux rangs des écoles ou devant leurs ordinateurs à suivre des cours. La poursuite du savoir revêt un caractère ordinaire et personnel et n’est guère annexée à la volonté de grimper les échelles professionnelles uniquement.

On déplore le fait que les gens qui s’adonnent à l’auto-formation soient peu nombreux au Maroc ; d’autres priorités semblent prendre le dessus.

Comment mobiliser ses soft skills pour s’auto-former ?

• L’auto-formation elle-même est le fruit de certaines soft-skills telles que la persévérance, la curiosité intellectuelle, l’esprit de challenge, etc., pour n’en citer que quelques-uns.

Lier la formation uniquement au diplôme et le diplôme uniquement au travail est un crime. La chaîne d’acquisition du savoir doit être indexée à la chaîne de la vie.

Cette perception est malheureusement loin d’être partagée par tout le monde ici.

L’auto-formation peut inversement et également porter sur le développement de ses soft-skills. Nous constatons à cet effet une croissante conscience que le développement de soi est très lucratif sur le plan personnel.

Aujourd’hui, le e-learning ouvre des possibilités énormes pour s’auto-former. Comment l’exploiter ?

• En effet, deux facteurs sont en faveur de la promotion du e-learning : l’internet et la dimension citoyenne de certaines écoles et/ou universités.

Concernant le premier point, l’internet offre des gisements de savoir au bout d’un clic. Plus d’excuses pour ceux qui rouspètent au sujet de la non-adéquation de la formation à leur goûts ou attentes. L’internet rend tous les types de disciplines accessibles à partir de chez soi.

La recherche du savoir pour s’auto-former devient aussi facile que chercher un verre d’eau.

Le deuxième facteur favorisant l’auto-formation réside dans le fait que plusieurs universités et écoles supérieures offrent gratuitement des cours, formations de tous types aux internautes. Ces formations sont gratuites et même avec des certificats.

En effet, les MOOC (Massive Open Online Courses) à titre d’exemple offrent une pléthore de cours. La dimension sociétale couplée à la RSE fait que plusieurs organismes de formation ont levé partiellement leurs barrières douanières pour rendre le savoir accessible à tous.