Retravailler pour un ancien employeur peut être bénéfique pour les deux parties

On réintègre plus facilement son ancienne entreprise si le départ a été bien géré.
Meilleures propositions en termes de salaire, de poste de responsabilité,
de conditions de travail… Un come-back doit être gagnant sur tous les
fronts.
Le passage par une autre entreprise peut accélérer le parcours
professionnel.

«Et si je retournais à mon ancienne boîte ?» Certains cadres n’ont pas hésité à le faire. Connaissance du mode de fonctionnement de l’entreprise, de son management, ses activités, son marché sont parmi les avantages supposés qui guident leur décision. Très souvent, l’expérience acquise ailleurs est considérée comme source de valeur ajoutée. Reste à savoir si cela est suffisant pour réussir. Tout dépend des conditions du précédent départ. Explications de Hamid El Otmani, directeur général de LMS ORH.

La Vie éco : Est-il conseillé de retourner à son ancienne entreprise ?
Hamid El Otmani : Il ne faut pas se bloquer sur cet aspect. C’est une entreprise comme une autre, dont on a l’avantage de connaître parfaitement les rouages, le mode de fonctionnement, le management… Mais on a davantage de chance de se réintégrer plus facilement si le départ a, en son temps, été bien géré. Réussir son départ, c’est quitter son ancien environnement en bons termes mais aussi garder une bonne image de l’ancienne entreprise. On constate que, souvent, les départs se fêtent dignement. De part et d’autre, on ne ressort que les souvenirs positifs. De ce fait, l’entreprise fait de son ex-employé son meilleur avocat auprès du public, de la concurrence, du marché …
Toutefois, un retour suppose une meilleure proposition en termes de salaire, de poste de responsabilité et de conditions de travail…

Côté entreprise, comment analyser le retour ?
L’entreprise ne doit pas porter un regard péjoratif sur le retour d’un ancien collaborateur, surtout s’il est compétent. Elle connaît parfaitement ses aptitudes, son comportement, ses compétences… Il n’y a pas lieu de pousser plus loin pour connaître sa personnalité. En réalité, deux cas de figure peuvent se présenter. Le retour est salutaire si le collaborateur qui revient a pris entretemps de la valeur ajoutée car, logiquement, il enrichira l’entreprise. Dans le cas contraire, une réintégration ne s’impose pas.

Ce genre de situation est-il fréquent au Maroc ?
Le phénomène est rare pour la simple raison que les départs sont souvent mal gérés. Ceux qui quittent leur entreprise le font pour de bon. Dans bien des cas, les partants estiment qu’ils n’ont pas eu suffisamment de reconnaissance au sein de leur ancienne entreprise. Dans d’autres cas, la relation affective qu’on a développé tout au long de son parcours fait que la séparation s’est passée dans la douleur et qu’on n’est pas prêt d’y retourner.
Sur un autre plan, le dirigeant développe souvent une relation paternaliste avec son collaborateur, et, du coup, peut interpréter le départ comme une trahison. Le retour dans ce cas n’est pas le bienvenu.

Ne risque-t-on pas de regretter un retour ?
C’est là une perception subjective. Au contraire, il faut voir dans quelle perspective on peut retravailler dans son ancienne entreprise et comment lui apporter sa valeur ajoutée. Il y a des cadres qui sont revenus comme directeur général dans une entreprise qu’ils avaient quittée. C’est dire qu’un passage chez un autre employeur peut accélérer un parcours professionnel. Le «revenant» redécouvre son ancienne boîte sous un autre angle, ce qui lui permet d’avoir un regard plus objectif sur son fonctionnement.
Les exemples les plus marquants concernent les cadres qui reviennent dans l’administration après un passage par le privé.

Un come-back ne signifie-t-il pas dans certains cas qu’on a échoué dans sa tentative de redémarrer ailleurs ?
A mon avis, il ne faut pas se fier à cette impression. Il faut penser à la perspective de carrière, à la nouvelle situation… Bien sûr, revenir avec le même salaire et au même poste renforcera cette impression d’échec. Il faut laisser de côté ce cliché de «femme répudiée» qui revient à son domicile conjugal après avoir été chassée par sa propre famille. L’entreprise a quant à elle pour rôle d’assurer un accompagnement afin de ne pas renforcer l’impression d’échec.

Que faire pour que les tensions antérieures ne refassent pas surface ?
Nous l’avons déjà souligné : pour qu’un retour se passe dans de bonnes conditions, il faut que le départ soit bien géré. Il faut éviter de dénigrer l’entreprise que l’on a quittée. Comme vous le savez, la roue tourne et l’on peut toujours être appelé à revenir chez un ex-employeur. Si les conditions citées ne sont pas réunies, on passera plus de temps à gérer des conflits.
On a constaté ce genre de situation suite à des fusions dans le secteur pharmaceutique, par exemple. Certains cadres ont été amenés à retravailler dans leur ancienne boîte après avoir été chez son concurrent direct, absorbé par la suite.

hamid el otmani DG de LMS ORH
Quand on retourne à son ancienne entreprise, on la redécouvre sous un jour différent, ce qui permet d’avoir un regard plus objectif sur son fonctionnement.

«Revenir, oui mais avec un nouveau management»

«Revenir à son ancienne entreprise ? Je n’y suis pas favorable. Pour la simple raison qu’il y a toujours une cassure qui se crée dès qu’on quitte son ancien patron et ses collègues ou collaborateurs, même en bons termes. On risque aussi de retrouver le même climat qui vous a poussé à quitter.
D’un autre côté, les habitudes – souvent déterminées par le style de management -, l’état d’esprit des collègues, l’environnement de travail auront changé entre-temps.
J’ai connu personnellement des cas de cadres qui se sont fait flouer après leur retour. Par exemple, un ancien directeur de division d’une multinationale a préféré rejoindre son ancienne entreprise suite à la demande du directeur général qui avait été à l’époque son collègue. Pourtant, toutes les conditions de travail étaient favorables : nouveau poste (puisqu’il devait être le numéro deux de la société), nouvelles responsabilités et salaire plus intéressant. Bémol : la relation entre les deux anciens collègues n’était plus la même. On n’était plus dans le rapport de collègue à collègue mais de supérieur à subordonné. La collaboration s’est achevée devant la justice.
A mon avis, tout cadre qui souhaite revenir à son ancienne entreprise doit se poser des questions avant de franchir le pas, même si l’enjeu est important. Pourquoi ai-je quitté cette entreprise ? Et pourquoi dois-je y revenir ? Tout dépend des conditions dans lesquelles on a quitté cette entreprise.
Autre point à prendre en considération, on ne revient pas dans son ancienne entreprise pour retrouver le même management».

Ali Serhani
Consultant à Gesper Services