Promouvoir le développement de solutions à forte valeur ajoutée adaptées aux entreprises

Les acteurs de la formation ont été bousculés vers le déploiement de dispositifs de formation 100% à distance avec les outils qu’ils ont trouvés à leur disposition.

Pourriez-vous, d’abord, nous donner un petit aperçu sur le cabinet Proactech qui capitalise sur une expérience de plus de 14 ans ?

Proactech est éditeur de solutions en Digital Learning depuis bientôt 14 ans. En plus de faire partie des pionniers du domaine au Maroc, nous sommes le seul spécialiste au Maroc à avoir développé une solution complète de Digital Learning prête à l’emploi destinée aux différents secteurs comportant la plateforme de formation en ligne et des modules de formation sur étagère. Nous proposons aussi le développement de contenus spécifiques et le conseil, composantes indispensables à la réussite d’un projet e-learning.

Proactech c’est la rencontre entre des passionnés de la pédagogie, de la technologie et du design multimédia. Notre mission est d’accompagner les acteurs de la formation à digitaliser leurs dispositifs de formation tout en leur donnant les moyens de maximiser l’engagement des apprenants et d’en mesurer l’impact.

Quelle lecture faites-vous de l’évolution du secteur du e-learning dans le contexte de la pandémie depuis mars 2020 ?

La pandémie a joué un rôle d’accélérateur de changement dans le domaine du digital, plusieurs organismes qui hésitaient à franchir le pas s’y sont mis en urgence. Les acteurs de la formation ont été bousculés vers le déploiement de dispositifs de formation 100% à distance avec les outils qu’ils ont trouvés à leur disposition. Après la Covid, cette tendance devrait se poursuivre avec le retour d’un Blended learning plus équilibré permettant des interactions humaines qui favorisent l’apprentissage.

Le Maroc, comme la majorité des pays, ne disposait pas d’une stratégie préalable pour passer d’une configuration basée sur l’accueil de l’apprenant dans un espace physique dédié à l’apprentissage à une configuration totalement différente dans laquelle l’apprenant doit appréhender l’apprentissage de chez lui. Ainsi, nous avons vu à quel point le digital learning a eu des difficultés à démarrer et a créé des inégalités tant au niveau des apprenants qu’au niveau des formateurs.

Malgré ces nombreuses difficultés et inégalités, globalement, les contraintes de la situation sanitaire ont eu un effet positif sur la culture digitale. D’ailleurs, le marché du e-Learning à l’échelle mondiale est évalué désormais à plus de 190 milliards de dollars. On estime que d’ici 2025, il devrait atteindre les 325 milliards de dollars. C’est un marché en pleine expansion!

Comment votre cabinet s’est-il adapté pour accueillir les changements apportés par le nouveau contexte ?

Notre premier réflexe a été d’apporter du conseil et d’expliquer les tenants et aboutissants d’un projet e-learning réussi, les différentes options technologiques, leur adaptation aux différents contextes, etc.

Nous avons ensuite participé à l’élan de solidarité général en ouvrant notre catalogue de formation gratuitement pendant toute la période de confinement aux apprenants individuels et TPE.

Et enfin, comme le marché du e-learning au Maroc entrait dans une nouvelle phase d’adoption, nous avons élargi notre offre produit pour qu’elle puisse s’adapter aux nouvelles pratiques, notamment en introduisant de nouveaux formats de contenus plus rapides à développer. Nous en avons également profité pour accélérer notre stratégie commerciale à l’international.

Quel regard portez-vous sur la qualité du contenu et du contenant des solutions e-learning au Maroc?

Globalement, si nous assistons à une adoption grandissante dans le domaine de l’entreprise, le domaine de l’éducation et de l’enseignement restent plutôt en retard. Il reste encore des incompréhensions des enjeux du e-learning.

Plus précisément, du côté du contenu, nous avons constaté une prolifération de deux types de formation sur support digital :

Tout d’abord, le présentiel transposé à distance ou classes virtuelles, sont devenues quasiment la norme. Or, la notion de distance dans la formation est complexe et difficile à apprivoiser. Former à distance requiert la mise en place d’une méthodologie d’interactions spécifiques et pas simplement une transposition des principes de la communication en face-à-face. Cette modalité, si elle est utilisée à outrance et sans maîtrise de ses différentes variables techniques et pédagogiques, s’avère beaucoup moins efficace que le présentiel.

Nous avons également assisté à l’accélération de production de contenu de formation au format digital. Si certains organismes ont investi le champ de l’ingénierie pédagogique pour maximiser l’impact de leur dispositif e-learning, nous avons vu trop d’organismes mettre en ligne des vidéos de formateurs déroulant des slides de présentation. Des formes privilégiées en ces temps de crise car pouvant rapidement être produites. Or, les études le montrent, et depuis longtemps, les formats multimédia qui ne favorisent pas et ne permettent pas à la fois l’engagement et l’interaction de l’apprenant sont voués à produire un impact pédagogique quasi nul. Si l’urgence pouvait justifier de tels choix, il faut rapidement revenir aux normes technico-pédagogiques qui font foi dans le domaine du e-learning.

Au-delà du contexte sanitaire, cette tendance vers l’utilisation de la vidéo est une tendance mondiale favorisée par les habitudes de consommation de vidéos sur les réseaux sociaux ou les plateformes de vidéo à la demande. Malheureusement, attitude de consommation et apprentissage ne font généralement pas bon ménage et il faut arriver à trouver la combinaison correcte entre engagement de l’apprenant, efficacité pédagogique et coûts de développement.

D’un point de vue technologique, le Maroc reste un consommateur de technologie, comme dans beaucoup d’autres domaines digitaux, avec la domination de produits internationaux, nous voyons, ceci-dit, de plus en plus d’initiatives qui vont dans le sens du développement et de l’innovation.

Enfin, dans l’urgence et faute d’expertise et de moyens, beaucoup de dispositifs e-learning sont déployés de façon standardisée à des populations très diverses avec très peu de moyens d’accompagnement et peu d’évaluation d’impact.

Quelles sont les caractéristiques de la demande adressée aujourd’hui aux professionnels de votre marché ?

La demande est souvent motivée par un besoin de digitalisation des contenus pour les déployer plus facilement et à moindre coût. La nécessité d’une plateforme pour héberger le contenu et le déployer arrive naturellement avec :

Les caractéristiques principales demandées sont souvent la rapidité de déploiement et le coût.

L’ingénierie préalable au projet et la détermination des objectifs pour en rationaliser les choix techniques, pédagogiques et les budgets est souvent négligée, ainsi que son corollaire l’évaluation d’impact. Ce qui rend les orientations futures du projet difficile à déterminer.

Autre point encore peu investi en comparaison avec les autres marchés plus matures, c’est la création de cellules e-learning internes dans les grandes entreprises ou organismes d’enseignement, tant au niveau du pilotage de l’accompagnement des équipes internes que de la création de contenu de rapid-learning.

Les technologies émergentes devraient également investir de plus en plus le champ du digital learning comme la VR et l’IA, mais cela viendra avec la maturation des usages ainsi que la démocratisation des coûts de ces technologies.

Quelles sont, selon vous, les conditions qui manquent pour l’essor du e-learning au Maroc ?

Au Maroc, comme dans d’autres pays, il faut travailler sur plusieurs volets pour favoriser un écosystème favorable au développement de ces nouveaux modes de formation :

  • Développement de solutions e-learning locales performantes : nous avons besoin de promouvoir une production de solutions de digital learning à forte valeur ajoutée et adaptée au contexte national en matière de culture de formation, de contexte technologique et de profil apprenant. Ceci passe à la fois par des encouragements de l’Etat et par une évolution de culture d’achat des entreprises qui doivent être sensibilisées à l’investissement dans des solutions nationales. Les laboratoires de recherche au niveau des universités doivent aussi investir pour l’émergence de technologies marocaines performantes.

 

  • Infrastructures technologiques fiables et équitables : démocratiser et fiabiliser à la fois les datacenter marocains et les connexions internet. Ce qui dépendra en grande partie de l’émergence de partenariats inventifs entre le public et le privé et les organismes locaux et régionaux. De telles synergies peuvent faire baisser les coûts de l’équipement et de l’exploitation de l’infrastructure technologique du pays.

 

  • Autonomisation des ressources humaines : de plus en plus de formateurs et d’enseignants apprivoisent le numérique et en constatent les bénéfices. Mais l’implémentation efficace du e-learning n’est pas intuitive. L’usage technique et pédagogique du Digital Learning ne peut se faire efficacement qu’à travers une démarche d’évolution des compétences tant sur le plan de formation initiale que la formation continue de tous les acteurs impliqués dans le processus de digitalisation et de déploiement.

 

  • Développer les partenariats : Le maillon le plus important dans la chaîne de valeur du e-learning est le formateur, qui est trop souvent marginalisé sous prétexte que l’on a digitalisé le processus. Or, pour l’accélération de l’adoption du e-learning au Maroc, il faut que les organismes et cabinets experts dans les différents domaines de la formation s’approprient les outils e-learning et les déploient dans leurs offres en blended learning, notamment à travers des partenariats avec les éditeurs de solutions. Il s’agit de créer un écosystème.

 

  • Ingénierie du besoin et évaluation d’impact : le déploiement du e-learning est une démarche agile en constante amélioration. La clé de sa réussite ne réside pas seulement dans l’investissement de départ, mais surtout dans la capacité à effectuer des évaluations multicritères en continu pour le faire évoluer. Cette évaluation doit intégrer à la foi la satisfaction des apprenants et l’impact de la formation sur la performance de l’entreprise. Ce dernier aspect n’est quasiment jamais évalué.

Soutenir l’innovation technologique en faveur de l’excellence pédagogique est notre principale mission pour aider à faire émerger une culture du digital learning marocaine performante.


Bouchra Moussaid

Directrice de mission Digital learning, Proactech