Plus que le physique, l’apparence…

Pour certains métiers, la discrimination existera toujours.
Quel que soit le physique, il ne faut pas perdre de vue la tenue vestimentaire
et l’expression orale, qui jouent un rôle essentiel.

Le physique joue-t-il un rôle déterminant dans la recherche d’emploi ? Dans les entreprises, le sujet reste tabou du fait que personne ne veut être épinglé pour cause de discrimination. Quoi qu’il en soit, la notion de physique est elle-même relative et doit être relativisée. C’est l’avis d’Abdelmounâam Benabdallah, DG du cabinet ORH Assessment.

La Vie éco : Est-il vrai que l’apparence physique occupe une place de plus en plus importante dans les relations de travail ?
Abdelmounâam Benabdallah : De manière générale, je soulignerai que l’apparence prend une place importante dans la vie des cadres, a fortiori dans le milieu professionnel. A titre anecdotique, il faut rappeler que le stéréotype du cadre des années 80, c’était quelqu’un avec une calvitie et un petit bedon. Aujourd’hui, ce genre de personne renvoie une image de manque de dynamisme et à  du laisser-aller.
On ne peut nier effectivement que, dans la société actuelle, il existe un phénomène de «jeunisme», et l’on s’attache particulièrement à  son apparence physique. Il suffit de voir les nombreux cadres qui se mettent au sport, histoire de garder la forme. Ce phénomène peut s’expliquer aussi, de manière plus générale, par la nécessité de paraà®tre et de séduire.

Prêtez-vous attention, lors des entretiens d’embauche, à  l’apparence physique générale, au look, à  la façon de parler, à  l’existence éventuelle d’un handicap, etc. ?
J’exclus d’entrée de jeu le dernier critère à  savoir la présence d’un handicap. C’est un critère subjectif, à  condition que cela n’entrave pas l’exercice d’une fonction. Si la personne est amputée d’un bras et postule par exemple pour un poste de conducteur de camion, il est clair qu’elle est écartée d’avance. Mais, de manière générale, un tel critère ne doit pas être discriminant.

L’accent peut également être un critère sélectif dans l’exercice de certains métiers. On se verrait mal choisir un télé-opérateur affligé d’un mauvais accent ou d’une mauvaise élocution.

Pour le reste, la neutralité reste de mise concernant l’apparence physique. Tout est question de logique. Le candidat doit rester dans la modération, les extrêmes sont à  proscrire. Un candidat peu ou trop soigné peut dégager une impression défavorable. Se présenter mal rasé, les cheveux longs, mal habillé est à  éviter. Pour ce qui est des autres aspects, à  savoir les attitudes non verbales (regard, gestuelle…), la relation à  autrui, la capacité à  communiquer, nous restons tout de même attentifs. On différencie d’ailleurs aisément les candidats entraà®nés de ceux qui ne le sont pas.

Y a-t-il d’autres critères?
De manière générale, en tant que recruteur, il ne faut pas s’appuyer sur des critères aussi subjectifs que le physique. Je fais plus attention aux traits de caractère ou à  des critères de personnalité : la personne a-t-elle de la suite dans les idées, manifeste-t-elle de la curiosité intellectuelle, une aptitude à  se projeter, voir à  long terme dans son choix de carrière…

Quel est pour vous l’élément le plus discriminant ?
A priori, aucun. Grands, petits, beaux, laids, chétifs ou gros, chaque candidat a des atouts et des faiblesses. Un candidat qui a le physique de l’emploi peut être avantagé par rapport à  un autre. Il peut jouer sur ses atouts pour impressionner le recruteur, mais il ne faut pas que ce dernier tombe dans le panneau. Je n’ai pas besoin qu’un comptable soit athlétique. Pour un directeur commercial, il est peut-être possible de privilégier un physique avenant.

L’âge peut-il être discriminant?
Oui, dans certains cas. Mais c’est une discrimination purement opérationnelle et pas physique. Elle concerne les deux extrêmes : le jeune candidat qui manque d’expérience ou le «vieux» à  l’approche de la retraite.

Quand l’entreprise recherche un candidat âgé de 30 à  40 ans avec plus de 5 ans d’expérience dans un domaine particulier, nous savons très bien qu’il s’agit d’un profil particulier et qu’il ne s’agit pas là  de discrimination.

Quels conseils pouvez-vous donner aux candidats pour soigner leur image ?Quel que soit le physique, il ne faut pas perdre de vue la tenue vestimentaire et l’expression orale, qui jouent un rôle essentiel dans le milieu du travail. Il faut avoir une image la plus moyenne possible. Comme je l’ai signalé précédemment, il ne faut pas tomber dans l’extrême. Ce n’est pas non plus parce qu’on porte un tailleur de marque qu’on a des chances d’être aussitôt embauché.

abdelmounaâm benabdallah DG du cabinet ORH Assesment
On ne peut nier que, dans la société actuelle, il existe un phénomène de «jeunisme», et qu’on s’attache particulièrement à  son apparence physique. Il suffit de voir les nombreux cadres qui se mettent au sport, histoire de garder la forme.

«Un recruteur doit plutôt mettre l’accent sur les qualités du candidat»

«L’apparence physique ne peut et ne doit en aucun cas être un critère discriminant à  l’embauche. Elle reste secondaire lorsque la personne présente des atouts. En tant que cabinet de recrutement, nous mettons l’accent sur la compétence avant tout. C’est ensuite à  l’entreprise cliente de juger les candidats. Parfois, certains aspects peuvent être pénalisants mais pas discriminants. A titre d’exemple, l’accent ou la façon de parler. Par souci d’image, certaines entreprises préfèrent choisir des candidats qui maà®trisent l’art de la communication. Ce sont des messages qu’elles veulent faire véhiculer à  travers leurs bons représentants.
Je pense aussi qu’un recruteur doit avant tout mettre l’accent sur les qualités du candidat et non ses défauts. Il peut se renseigner sur ses traits de caractère, par exemple l’implication, le dynamisme, la capacité d’adaptation aux valeurs de la société, le sens de l’organisation et de la prise d’initiative ; tous les points qui vont nous permettre de trouver l’adéquation candidat / poste / entreprise.

La déclinaison des valeurs des entreprises qui recrutent nous amène aussi à  être vigilants sur certains traits qui doivent être prépondérants chez les candidats pour une bonne intégration dans la structure. On peut citer l’énergie, l’engagement, l’honnêteté… Nous restons aussi attentifs aux habitudes vestimentaires si l’entreprise qui recrute a des exigences particulières (capacité à  arborer des vêtements stricts ou plus décontractés).

Ceci dit, la discrimination existe, même si elle n’est pas affichée clairement dans les entreprises. Physique peu agréable, obésité, couleur de peau, … des apparence qui ne passent pas toujours inaperçues, même si une telle discrimination reste rare. Il y a peut-être un effort de sensibilisation à  faire si l’on veut éviter ce type de discriminations inconscientes»

Chantal Aounil Responsable recrutement à  Bil Consulting