«Notre objectif est de renforcer l’écosystème entrepreunarial avec une vraie vision»

• La Factory dresse un bilan positif de ses 4 ans d’activités avec plus de 1 000 start-up formées ou accompagnées.
• Son objectif est de toucher davantage l’écosystème africain.

Véritable serial entrepreneur, Mehdi Alaoui, fondateur de la Factory, milite depuis toujours pour l’éclosion d’un écosystème entrepreunarial viable. Il revient sur les principaux enseignements tirés de la crise sanitaire mais aussi sur les projets en développement.

• La crise sanitaire a lourdement impacté les entreprises, notamment les start-up. Comment vous appréhendez la situation ?
Chaque crise économique a son lot de bonnes et mauvaises choses. Il faut dire que l’agilité a été le maître mot durant cette période difficile. Contrairement à ce que nous aurions pu penser, les entrepreneurs au Maroc n’ont pas abandonné leurs projets et ont pris le taureau par les cornes pour survivre, repenser leur business model et surtout s’assurer de repartir de nouveau sur la base conjoncturelle actuelle.
Il est clair que la pandémie a fait accélérer la prise de conscience sur les mutations que doit connaître l’entreprise dans son mode de management et la manière dont elle doit créer de la valeur en étant plus inclusive. A ce jour, c’est davantage la gestion de la pénurie et les préoccupations financières qui prévalent. Toutefois, ça serait une erreur fondamentale que de freiner, voire d’arrêter les transformations nécessaires pour préparer les entreprises à un avenir encore plus incertain qui met toutes les organisations au même niveau de contexte et d’enjeux. Nous devons accepter collectivement que nous sommes bien dans une nouvelle ère, qui s’intéresse davantage aux conditions de travail, de santé, de motivation et d’engagement des collaborateurs.

• Certaines structures ont tout de même pu s’en tirer ?
Effectivement, certains secteurs ont pu tirer leur épingle du jeu pendant la crise. On pense notamment à la santé, la logistique, l’éducation, le e-commerce…les start-up se sont mobilisées au pic de la crise pour contribuer à l’effort national, en mettant à disposition des autorités tout leur savoir-faire pour lutter contre l’épidémie. Elles sont illustrées dans plusieurs domaines comme la e-santé, l’éducation en ligne, les services en ligne, l’impression 3D, les modélisations de l’épidémie, les solutions de paiement à distance…Tous ces exemples ont démontré que la technologie peut aider à gérer la crise. Près de 60% de la consommation du digital a augmenté durant la crise. Certaines ont pu même s’illustrer.

• Par rapport à la Factory, quel bilan dressez-vous depuis son démarrage en 2017 ?
Un bilan plus que satisfaisant. Aujourd’hui, la Factory tourne autour de quatre activités. D’abord, les différents programmes d’Open innovation ont permis d’ouvrir la voie à de nombreuses start-up pour pouvoir avoir accès au marché et également permettre de développer l’innovation au sein des grands groupes avec plus de 100 contrats signés, totalisant 35 millions de DH de chiffre d’affaires. Nous avons pu toucher aujourd’hui plus de 100 000 collaborateurs à travers 50 grandes entreprises.
La deuxième activité qu’est le programme d’accompagnement et d’incubation (programme Scalerator) a permis de faire bénéficier plus de 1000 start-up, dont plus de 200 ont été incubées et 74 d’entre elles ont pu décrocher un financement à travers la Caisse centrale de garantie (CCG) et les business angels. Sur ce dernier volet, nous avons pu développer ces dernières années un club de business angels qui comprend une cinquantaine d’investisseurs.
Enfin, la formation sur les technologies a permis de libérer le potentiel de millions de jeunes via la digitalisation de nos outils et nos méthodes avec le lancement de StartupSquare et l’utilisation de nouveaux supports tels que la télé (exemple du programme “Qui veut investir dans mon projet ?” avec 2M) et aussi l’accélération des formations en ligne avec le partenariat de Facebook. Près de 1 200 TPE, PME et start-up sur 12 régions ont pu être formées sur le marketing digital, sur la vente à travers les réseaux sociaux…

• Vous avez également exporté votre modèle en Afrique… ?
Tout à fait, une filiale a été lancée à Dakar. Il s’agit d’un partenariat établi avec la Délégation générale à l’entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (DER). Nous sommes à la 2e phase d’accompagnement avec l’incubation de 14 start-ups en pré-accélération. Nous sommes également en phase de développer l’initiative en Côte d’Ivoire.

• De nouveaux projets en cours ?
Pour le moment, nous essayons de développer chaque année de nouveaux projets. Nous avons pu être labellisé par AFRIC’INNOV en début d’année, un label qui a pour objectif de distinguer les structures africaines d’accompagnement à l’entrepreneuriat innovant les plus performantes sur le continent. Autre projet lancé, celui de la mise en place de LaStartupSchool, une plateforme en ligne pour diffuser la pédagogie de l’innovation grâce au digital. Un autre projet en cours est celui de la start-up Square. Il s’agit d’une plateforme digitale, sorte de LinkedIn, qui comporte un logiciel de gestion des programmes d’innovation de bout en bout. Nous ne cherchons pas à tout faire, ni de faire de la concurrence à d’autres structures mais de faire grandir l’écosystème entrepreunarial.
Notre objectif est de contribuer à équiper l’écosystème avec une vraie vision.