Mises au placard, pressions, mauvaise organisation…, des cadres racontent

Parfois, nos salaires ne sont payés que le 15 du mois. On a l’impression que la direction ne fait rien pour arranger la situation. Pourtant, tout allait pour le mieux lorsque je venais d’intégrer le groupe.

Amal Essafi Cadre bancaire
«Je cherche déjà ailleurs tout en m’efforçant de rester irréprochable»
Notre groupe conduit actuellement un gros chantier de restructuration. Depuis la nomination du nouveau directeur, tout va de travers. L’organisation du travail est chamboulée de fond en comble. S’ajoute à cela la refonte du système informatique qui ne fait qu’amplifier les difficultés. A titre d’exemple, le système informatique «se plante» fréquemment.
Et pourtant, je dois être réactif quand il s’agit de répondre aux sollicitations des clients. La simple délivrance d’un relevé de comptes à un client prend parfois beaucoup de temps. En plus, certaines procédures internes limitent notre autonomie au niveau de la gestion de la clientèle. Je redoute une aggravation des problèmes dans les prochains mois. Que faire dans ce cas ? Je n’ose pas soulever la question pour éviter que l’on prenne cela pour de la démobilisation, mais je suis en train de chercher un point de chute ailleurs.
Toutefois, je veille à ce que mon travail soit irréprochable, sachant que je compte rester dans le secteur bancaire.

Khalid Sedrati Directeur informatique dans une société de services
«Je pense m’installer à mon compte si la situation persiste»
Je vis dans une entreprise à problèmes. Pas d’évolution de carrière, turn-over important, favoritisme… La situation empire chaque mois. De plus, l’entreprise vit actuellement une crise d’endettement à cause d’un problème de recouvrement de créances.
D’ailleurs, la sentence a été lourde. La société doit payer plus de 3MDH rien qu’à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), sans compter les impôts. Parfois, nos salaires ne sont payés que le 15 du mois. Nous avons l’impression que la direction ne fait rien pour arranger la situation. Pourtant, tout allait pour le mieux lorsque je venais d’intégrer le groupe.
Ce dernier est constitué d’une dizaine de filiales diversifiées dans plusieurs domaines d’activité, que ce soit dans le gardiennage et la sécurité, le nettoyage industriel, l’intérim et bien d’autres services. En tant qu’ingénieur informaticien, j’avais la charge d’harmoniser le système d’information de toutes les filiales. Au départ, on m’avait promis la direction d’une équipe, une voiture de fonction, des projets informatiques à développer et bien d’autres avantages. Qu’en est-il aujourd’hui ? Que dalle ! Je boucle mes cinq ans cette année sans avoir l’impression d’avoir progressé.
Même l’augmentation de salaire est dérisoire. Le problème est que je ne peux laisser tout tomber par éthique. Je suis pour l’instant le seul à pouvoir régler les dysfonctionnements informatiques qui peuvent survenir. Mais, je ne tiendrai plus longtemps.
Actuellement, j’essaie de développer de nouvelles applications liées à la gestion de la paie, du personnel et du recrutement pour le compte d’autres sociétés. Mon objectif est de créer mon propre réseau et, pourquoi pas, de me mettre à mon compte. J’y pense de plus en plus.

Ahmed K. Courtier en assurances
«J’ai été victime d’une restructuration»
Il y a quelques années, j’ai vécu une situation très délicate. Après 12 ans dans une banque étrangère, j’ai été recruté par une compagnie d’assurances pour diriger une division. Les premières années se sont très bien déroulées.
D’ailleurs, on m’a même associé à la plupart des grandes décisions de l’époque, jusqu’à ce qu’un nouveau DG soit nommé. Tout le monde le sait, mais très peu de personnes y font réellement attention : un changement de management entraîne souvent un grand chambardement, même si les premières déclarations vont toujours dans le sens de l’apaisement.
Dans ce cadre, le service que je dirigeais a été regroupé avec un autre, en un seul département. Du coup, on a commencé à me décharger progressivement de mes missions, puis à me tenir à l’écart des réunions. On a même fini par me retirer certains dossiers importants sur lesquels je travaillais depuis de longues années.
Bref, j’étais dans le collimateur puisque j’avais presque la cinquantaine. A cet âge, on devient une cible parfaite, particulièrement dans les entreprises qui veulent rajeunir leurs effectifs. Notre compagnie avait pourtant un programme de départs négociés. Mais on ne m’a fait aucune proposition dans ce sens. On voulait certainement me pousser à la démission.
Pour moi, cela aurait donné raison à ceux qui m’ont mis dans cette situation. Me battre, c’était cependant leur donner une chance de me licencier pour un motif valable. Après deux ans de «placardisation», ils ont fini par me proposer un départ négocié.