L’information, son principal atout

Mohammed Jamal Maatouk, premier vice-président de l’Association des juristes d’entreprises au Maroc (AJEM)
«Un bon juriste n’est opérationnel qu’après une longue expérience»
«Je vous rappelle que les juristes d’entreprise se sont déjà constitués en association depuis trois ans. L’objectif de cette association dénommée AJEM est de promouvoir le statut du juriste d’entreprise. Exigeant et plein d’avenir, le métier manque encore de considération. A titre d’exemple, nous savons qu’en France, un juriste d’entreprise peut exercer le métier d’avocat après huit années d’expérience dans son domaine. Nous ne sommes pas encore arrivés à ce stade. De même, vu l’arsenal juridique auquel est confrontée l’entreprise (code pénal des affaires, code du travail, code du commerce, charte des investissements…), son rôle n’est plus à démontrer.
Nous n’avons pas de statistiques sur le nombre de juristes sur le marché de l’emploi ; on sait toutefois que le gros des juristes sortant des universités et autres écoles spécialisées en droit, pour la plupart francophones, travaillent principalement dans la banque et les assurances, les sociétés de services et les grands groupes.
Même avec une solide formation initiale, je pense qu’un bon juriste n’est véritablement opérationnel qu’après des années d’expérience. Il faut avoir ce qu’on appelle de «l’intelligence juridique», c’est-à-dire bien analyser et interpréter les intentions du législateur. Il doit être aussi le garant de la prévention contre la responsabilité pénale de l’entreprise. Esprit de rigueur, capacités rédactionnelles, habileté dans les négociations, rapidité, ouverture d’esprit et sens organisationnel font partie des autres qualités attendues.»

Kamal B., cadre juridique dans un grand groupe
«Un métier passionnant mais encore peu considéré»
« Véritable conseiller, un juriste a pour rôle principal de défendre les intérêts de la société. Son rôle consiste davantage à prévoir et prévenir qu’à réparer les erreurs. C’est un métier intéressant dans la mesure où vous touchez plusieurs disciplines. Hormis le droit, vous plongez dans la comptabilité, la trésorerie, la gestion des contrats et bien d’autres domaines. Chaque jour a son lot de surprises. Un contrat de prêt contracté, une délégation de pouvoir, une reconnaissance de dettes… tout doit être traité minutieusement. Autre point positif : vous êtes informé constamment sur les relations commerciales de l’entreprise. Vous devez prendre toutes les garanties possibles dans les contrats pour éviter tout tracas ultérieurement.
L’information constitue le principal atout d’un juriste. Derniers textes en vigueur, presse… on doit faire attention à tout pour rester à la page. Le contact avec les avocats est également très important parce que c’est là qu’on se forge une expérience. Une contrainte s’impose toutefois quand il s’agit de préparer leurs honoraires. Vous devez passer en revue 30 à 50 factures pour chaque avocat en vue de les établir. Un véritable travail de fourmi. Le métier est passionnant, mais le revers de la médaille est qu’il est encore peu considéré par rapport aux autres fonctions. Nous sommes les moins bien payés vu le nombre de dossiers à traiter. Autant que les commerciaux, nous faisons aussi gagner de l’argent à l’entreprise. Je ne vois pas pourquoi ils sont largement mieux payés que nous. Il faut repenser à un autre système de rémunération.».