Les cadres craignent souvent de voir leur image associée à  l’échec de leur entreprise

Les problèmes dans les entreprises peuvent être analysés à  deux niveaux : ce qui est réel et ce qui est perçu.
Un recruteur aura toujours des rétiences face à  un candidat qui vient d’une entreprise en situation d’échec.

Conflit social, chute des ventes, endettement, réorganisation ou restructuration, les entreprises sont souvent exposées à des difficultés plus ou moins graves. Quelle attitude adopter quand on est embarqué dans ce navire ? Faut-il se presser de le quitter ou affronter le mauvais temps? Explications avec Hassan Chraïbi, consultant associé au cabinet RH Ingéa.

La Vie éco : Selon vous, qu’est-ce qu’une entreprise à problèmes ?
Hassan Chraibi : Vous avez raison de vouloir préciser. Car on peut retrouver les problèmes à différents niveaux : ceux qui sont réels et ceux qui sont perçus (à tort ou à raison). D’ailleurs, une entreprise peut être en difficulté sans que le personnel en soit conscient. Et la situation inverse existe également. Disons qu’une entreprise devient vraiment à problèmes quand son personnel y perd toute confiance en son avenir ou en son entourage. Les horizons s’obscurcissent et les perspectives se rétrécissent ou se ferment.

Quelle sont les difficultés les plus courantes auxquelles peut être confrontée l’entreprise (management ? problèmes interpersonnels ? problèmes économiques ?…)
Comment dans la crise internationale actuelle ne pas penser d’abord à la récession ? Il est certain que certaines entreprises se retrouveront devant des problèmes de marché, de trésorerie…, qui affecteront leur compétitivité et peut-être leur viabilité. D’autres difficultés peuvent résulter d’une détérioration de la notoriété et/ou de l’image de marque. Généralement, cela arrive quand on s’y attend le moins, alors même que tous les indicateurs économiques sont au vert. L’instabilité ou au contraire l’archaïsme du management peuvent à leur tour détériorer le climat social et multiplier les conflits entre clans et entre personnes. Mais il faut dire que les problèmes relationnels ont moins d’impact sur les carrières. Ce sont plutôt les difficultés économiques et les défaillances de la performance qui risquent d’avoir les effets les plus négatifs sur les perspectives professionnelles.

Comment ?
Un recruteur aura toujours des réticences face à un candidat venant d’une entreprise en situation d’échec. Pourtant, quand une entreprise coule, certains dirigeants et cadres ont moins de choses à se reprocher que d’autres. Mais, en convaincre les recruteurs reste une tâche difficile, quoique envisageable.

Comment ces problèmes se répercutent-ils sur le quotidien des cadres en général?
Tous les cadres pensent légitimement à leur employabilité. Ils ont tous peur que leur image ne soit associée à celle, devenue négative, de leur entreprise quand celle-ci perd sa notoriété. Ils pensent aux lendemains et veulent renforcer leurs chances de retrouver un emploi ailleurs. Pour cela, certains se désolidarisent de leur entreprise, ce qui n’est pas une bonne stratégie. Il faut se désolidariser plutôt des mauvaises pratiques de l’entreprise et non de toute l’entreprise.

Doit-on penser avant tout à sa situation personnelle ?
Non, justement. Demandez aux marins ce qu’ils penseraient d’un capitaine qui laisse son bateau et son équipage couler ? C’est bien un déserteur, un lâche… dans la tradition militaire. Dans les affaires, la vision des choses n’est pas très différente. Mieux vaut alors se joindre au camp des résistants et contribuer à ce que les choses s’améliorent, en attendant de se positionner ailleurs. Si un cadre doit quitter une structure en difficulté, au moins qu’il ne le fasse pas sans avoir tout tenté pour la sauver.

Pour un cadre qui dirige une équipe, la situation peut s’avérer plus compliquée à gérer, surtout s’il ne dispose pas d’informations suffisantes pour rassurer ses collaborateurs. Que faut-il faire dans un tel contexte ?
D’abord, il ne faut pas chercher à rassurer à n’importe quel prix. Mettre le personnel devant les difficultés de son entreprise peut parfois être mobilisateur, à condition que le management apporte la preuve qu’il s’engage pleinement pour sortir l’entreprise de la crise. Plus que rassurer, le manager a surtout besoin de savoir sur qui il va pouvoir vraiment compter et pour combien de temps encore. Imaginez que vous êtes coach d’une équipe de foot qui risque la relégation, vous savez bien qu’à la fin de la saison vous perdrez beaucoup de joueurs qui ont d’autres propositions de grands clubs : ce qui vous intéressera le plus, ce n’est pas de les dissuader de partir, mais de les mobiliser pleinement jusqu’à la fin de la saison pour éviter la relégation. Aucun joueur, surtout une star, n’aime avoir une ligne «relégation» dans son palmarès. Et c’est un argument largement suffisant pour mobiliser..