L’entretien de recrutement à distance, finira-t-il par s’imposer ?

• Les spécialistes du recrutement ont repris leurs habitudes tout en laissant une part importante aux entretiens à distance.
• Les entretiens physiques restent limités aux postes stratégiques.

Avec la crise sanitaire, bon nombre d’entreprises se sont vu  contraintes d’adapter leur processus de recrutement en recourant à l’entretien à distance, qu’il soit téléphonique ou video. Alors que les multinationales sont habituées à travailler à distance, quelques entreprises marocaines ont décidé d’adopter ces pratiques de manière très réactive, puisqu’elles présentent beaucoup d’avantages.

Une tendance qui gagne du terrain, alors, finira-t-elle par s’imposer au-delà de la crise sanitaire ou pas ?

Pour Khadija Boughaba, DG du cabinet Invest RH, «Le recrutement à distance dans le contexte pandémique que nous vivons apparaît comme une solution évidente pour limiter les déplacements et les contacts. Il est vrai que les acteurs du recrutement reprennent leurs habitudes en recourant aux entretiens physiques, mais cela reste limité pour un certain nombre de candidats qu’on réserve à la fin d’un processus de sélection. Pour exemple, sur une cinquantaine de candidats sélectionnés, cinq se verront accueillir pour des entretiens directs».

Mais au-delà de la méthode utilisée, elle précise toutefois que présentiel ou distanciel, l’enjeu essentiel reste toutefois le même : trouver le meilleur candidat, aux compétences les plus appropriées, pour le poste à pourvoir.

Côté outils, les entreprises utilisent également les entretiens vidéo en différé. Ainsi, les responsables recrutement n’ont pas à se soucier de leurs emplois du temps et à planifier des entretiens pendant les horaires de bureau qui peuvent parfois être consommateurs de temps. Ils reçoivent les entretiens vidéo qu’ils peuvent visionner quand ils le souhaitent et autant de fois qu’ils le désirent avec la possibilité de les partager avec les autres personnes décisionnaires du recrutement en cours.

Les échanges peuvent être plus rapides à distance

Ceci dit, la question qui se pose est de savoir si la digitalisation des échanges durant le process de recrutement le rend-il plus efficace ou pas? Et quelles peuvent être les limites de l’exercice ?

Pour la DG d’Invest RH, «la digitalisation des échanges au cours du recrutement- et en contexte professionnel de manière générale- comporte indéniablement certains avantages. En premier lieu, la productivité est augmentée, car les échanges sont plus rapides à organiser qu’un entretien physique. En raison de la restriction des déplacements et du transport, le gain de temps est plus important et le nombre d’entretiens peut augmenter. Par ailleurs, la qualité des interactions est améliorée, car le stress est moindre».

D’autant plus que les entretiens à distance donnent plus facilement et plus rapidement accès aux candidats basés à l’étranger. Par conséquent, il s’agit d’un précieux moyen pour optimiser le process de recrutement sans pour autant le déshumaniser. En effet, si l’ensemble des étapes du process peuvent être conduites à distance (prise de contact, approfondissement des discussions, évaluation, voire négociation salariale) un dernier échange en physique sera nécessaire pour valider le profil et entériner la décision.

Quant aux limites, Karim Banaoui, DG du cabinet CV Parser, en énumère quelques-unes : «Le manque d’aisance devant la caméra pénalise les  candidats, surtout ceux qui ne sont pas familiers à la technologie. Il faut dire aussi que le format limite les interactions, ce qui peut être préjudiciable de part et d’autre et fausser la perception que le recruteur et le candidat ont l’un de l’autre». Mais ce n’est pas tout, les dysfonctionnements liés à la technologie, la difficulté de déchiffrer le langage non verbal des candidats ou encore l’environnement personnel du candidat pas toujours optimal peuvent également limiter le recours à distance.

Pourtant, l’entretien à distance présente beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients. Beaucoup d’entreprises peuvent donc le maintenir et le développer à l’avenir.

Il requiert du recruteur et du candidat les mêmes investissements, concentration et professionnalisme, notamment développer des compétences en matière d’interviews vidéo, soigner l’image digitale de l’entreprise, privilégier l’embauche collaborative, veiller à procurer au candidat une expérience la plus agréable possible et au bout du compte envisager d’allonger le processus d’embauche de façon à connaître au mieux le candidat.

«Le processus doit être très structuré, avec des étapes pertinentes relativement aux compétences recherchées, et très transparent, pour favoriser la projection du candidat dans le poste et son investissement dans le process de recrutement», conclut la DG du cabinet Invest RH.