«L’émergence de nouvelles formes de travail implique une flexibilité des contrats»

Amine Laaouidi, DRH de Richbond

La diversification des contrats de travail et la multiplication des façons de travailler entraînent la diminution progressive de la suprématie du CDI, longtemps synonyme de sécurité. Explications.

• CDI, CDD, contrat intérim…, outre ces contrats classiques, on assiste aujourd’hui à une multiplicité et flexibilité des contrats de travail. Pouvez-vous en citer de nouveaux ?
Nous assistons à une émergence d’une multitude de nouvelles formes de collaboration. Le terme le plus utilisé depuis la dernière crise sanitaire est le télétravail qui consiste à l’exercice de la même mission en dehors du lieu habituel du travail. Si cette forme est nouvelle, elle doit absolument être cadrée par un avenant qui en précise les modalités afin de clarifier les nouveaux engagements mutuels.
De même que le coworking est un nouveau concept qui connaît un franc succès. Cela consiste en le regroupement des salariés dans divers locaux autres que les locaux habituels de l’entreprise. Ces nouveaux locaux sont généralement proches de leurs domiciles, et permettent de réduire au minimum le temps de trajet et offrent un cadre général souvent plus agréable.
Autre nouvelle formule, le travail en free-lance. C’est une option qui intéresse souvent des profils plus séniors et expérimentés désirant poursuivre leur activité sans pour autant rester lier à des contraintes organisationnelles. Cette forme a été boostée par l’arsenal juridique déployé en faveur du statut auto-entrepreneur lancé par le gouvernement marocain et qui permet de bénéficier d’une panoplie d’avantages (possibilité de facturation, fiscalité réduite, dispense de tenue de comptabilité, possibilité d’exercice même du domicile…).
L’intrapreneuriat consiste également à mener un projet innovant au sein d’une entreprise d’une manière complètement autonome. Appelée également «incubation», cette forme permet à l’individu de piloter son projet avec plus de liberté, favorisant la créativité, sans vivre les contraintes hiérarchiques et les normes organisationnelles habituelles.
Si nous revenons à des formes plus classiques du contrat de travail connues et largement répandues, nous citerons le contrat à durée indéterminée (CDI), le contrat à durée déterminée (CDD), le contrat de travail temporaire, le contrat de travail intermittent, le contrat d’apprentissage, le contrat de mission/projet, le contrat d’insertion, le contrat conclu avec un groupement d’employeurs, le contrat de travail en portage salarial (ou mise à disposition) à durée déterminée ou indéterminée.

• Qu’est-ce qui expliquerait cette tendance ?
Nous vivons depuis quelques années des mutations profondes dans les schémas organisationnels connus jusqu’à présent. Les collaborateurs en quête davantage de liberté, les entreprises en quête davantage de flexibilité, les deux parties ne cessent d’innover dans leurs propositions de nouvelles formes de collaboration pour pratiquement le même, si ce n’est un meilleur niveau de performance individuelle et collective.

• Le CDI arrive-t-il encore à faire l’unanimité auprès des salariés ?
Le contrat de travail à durée indéterminée est la forme normale et générale de la relation de travail qui ne prévoit pas d’échéance. Le salarié peut être considéré comme embauché à jamais et c’est ce gage de sécurité que rechercherait la grande majorité des salariés afin de s’inscrire dans la durée.
Cependant, si nous analysons des mouvements récents tels que le «Quiet quitting» aux Etats-Unis, et le «Lying Flat» en Chine, les nouvelles générations ne viseraient pas prioritairement le CDI comme leurs parents, car cette forme peut s’avérer contraignante à leurs yeux au même titre que leur employeur.
L’avenir n’est donc pas forcément à la remise en question permanente des modèles existants, mais à la maturation de ceux déjà en place, afin qu’ils puissent se diffuser de manière plus générale dans un nouveau cadre juridique repensé, pour la satisfaction de tous !