Le métier d’auditeur émerge timidement

L’audit concerne deux domaines : la gestion des ressources humaines et la responsabilité sociale de l’entreprise.
Un auditeur doit maîtriser plusieurs aspects, notamment le management
et l’organisation, les normes sociales,
le droit social, le droit du travail, les référentiels sociaux.

Bouchaïb Serhani Président de l’IAS (Institut de l’audit social)
Le référentiel d’audit social est souvent basé sur une liste de droits sociaux internationaux, auxquels s’ajoutent des règles du droit social local… Le plus connu est la norme SA 8 000.

Bouchaïb Serhani est le président de l’IAS (Institut de l’audit social) Maroc, association affiliée à l’Institut international de l’audit social, regroupant les professionnels de la place. Il est l’un des quatre auditeurs sociaux certifiés exerçant sur le marché. Tout en expliquant les objectifs et la démarche de mise en œuvre d’une mission, il fait remarquer que l’essor du métier est bloqué, entre autres, par la faible volonté des entreprises de communiquer sur leur organisation interne.

La Vie éco : Pourquoi le métier d’auditeur social n’arrive-t-il toujours pas à percer au Maroc ?
Bouchaib Serhani : Les premiers auditeurs sociaux sont apparus au début des années 90 avec le développement des normes sociales. Des procédures de certification d’auditeurs sociaux se sont même créées depuis. Il est vrai que le domaine se développe timidement comme partout dans le monde, non pas par manque d’auditeurs sur la place mais par la faute des entreprises. Celles-ci préfèrent mettre leur fonctionnement interne à l’abri des regards. Elles font rarement du préventif et n’ont recours aux experts que pour des missions curatives. A ma connaissance, il existe une centaine d’auditeurs au Maroc, mais une poignée d’entre eux est certifiée. En France, par exemple, le CCIAS (Centre de certification international de l’auditeur spécialisé) compte à peine une quinzaine d’auditeurs certifiés.

Comment dans ce cas faire décoller ce métier ?
On doit sensibiliser les entreprises à son importance. Il faut savoir que le DG et le DRH sont les principaux concernés dans l’entreprise par l’importance de l’audit social. Il faut qu’ils soient convaincus que la mission peut leur apporter des actions concrètes. Là encore, il faut faire de l’anticipation et de la prévention plutôt que du curatif.

Quelle valeur ajoutée l’audit social peut-il apporter à l’entreprise ?
Il faut distinguer deux types d’auditeurs sociaux : l’auditeur GRH et l’auditeur RSE (responsabilité sociale de l’entreprise). Il s’agit de deux missions légèrement différentes mais avec beaucoup de points communs, notamment le traitement des aspects humains, sociaux et sociétaux.
L’auditeur social répond généralement à une mission précisément établie. Cela peut concerner le contrôle de la qualité de l’information relative au personnel, celui de l’application des procédures internes ou externes, ou encore le contrôle de la conformité à la GRH ou de son efficience. Après avoir fermement déterminé les frontières de sa mission, l’auditeur doit ensuite se familiariser avec l’activité à contrôler, de manière à établir un premier diagnostic. L’analyse du bilan social en constitue en général la base. Son audit peut alors réellement commencer : personnes à rencontrer, installations à vérifier, collecte d’informations que l’auditeur consigne dans un dossier de mission sous forme de questionnaire (questionnaire d’audit). Le rapport d’audit constitue le document final qu’il élabore et remet aux dirigeants de l’entreprise. Il faut savoir que le référentiel d’audit social est souvent basé sur une liste de droits sociaux internationaux, auxquels s’ajoutent des règles du droit social local, éventuellement complétées par des critères spécifiques imposés par le donneur d’ordre. Le référentiel social le plus connu est celui que l’on désigne souvent par l’appellation «norme SA 8000». Il s’appuie sur le respect de conventions essentielles de l’OIT (Organisation internationale du travail). Chaque audit donne lieu à un rapport écrit destiné à l’entreprise. Ce rapport peut être complété par une proposition de plan d’action.

Faut-il forcément être dans les RH pour travailler dans l’audit social ?
Pas du tout ! Toutes les disciplines mènent à l’audit : finance, audit qualité… Ceci dit, lorsqu’on est dans les RH, le chemin est plus facile pour entreprendre l’audit social. En revanche, pour faire de la certification, il faut avoir une expérience significative en la matière.

Quelles sont les qualités requises ?
Bien évidemment, il faut maîtriser plusieurs aspects à savoir l’audit (audit de conformité, audit social…), le management et organisation des entreprises, les normes sociales, le droit social, le droit du travail, les référentiels sociaux… Il faut savoir proposer des référentiels construits à partir de lois… et expliquer les choix de mesure et d’évaluation et surtout rester neutre dans les recommandations, juger le système et non les acteurs du système.

Avis d’expert
«Des donneurs d’ordre essentiellement étrangers»

Mohammed El Yousfi DG de La Marocaine management
«Il faut préciser que la demande de missions d’audit vient essentiellement de donneurs d’ordre étrangers. On le voit surtout dans le secteur du textile. Ces donneurs d’ordre veulent s’assurer notamment du respect de l’éthique et d’un certain nombre de valeurs universelles. L’introduction de nouvelles normes sociales, par exemple la SA 8000, incitent également au développement du métier d’auditeur social.
Sur le terrain, la mission d’un auditeur consiste en un examen approfondi du fonctionnement et des registres d’un site industriel. Il doit chercher à recouper les informations pour établir leur sincérité. Il intègre une visite du site et des interviews de travailleurs sur le lieu de travail. Dans le cas d’un audit social, l’auditeur suit un protocole agréé par son donneur d’ordre pour collecter des données lui permettant d’identifier les pratiques sociales sur un site, et les comparer à un référentiel.»