Le juriste est le consultant permanent de l’entreprise

L’évolution de l’environnement institutionnel de l’entreprise confère au métier une importance accrue.
Le champ d’action couvre des domaines différents comme la finance,
la protection intellectuelle ou les contrats de vente.
Rigueur, talents de communicateur et de négociateu,r… des qualités
autres que la compétence technique sont nécessaires.

Embaucher un juriste, beaucoup d’entreprises considèrent encore cela comme un luxe. En cas de besoin, on fait appel à un avocat ou un expert-comptable. C’est pourquoi, à ce jour, le secteur financier et les administrations publiques sont pratiquement les seuls à avoir un département juridique. Pourtant, avec les changements de l’environnement international (accords bilatéraux ou multilatéraux) et l’élargissement du cadre juridique à divers domaines, le métier de juriste d’entreprise devrait être mieux considéré. Explications de Jamal Maatouk, président de l’Association des juristes d’entreprise du Maroc et professeur universitaire.

La Vie Eco : Juriste d’entreprise, est-ce une filière payante ?
Mohammed Jamal Maatouk : Payante mais pas tout de suite. La profession est en mal de reconnaissance actuellement. La principale raison en est que les entreprises n’ont pas encore la maturité nécessaire à la prise de conscience de l’importance de ce métier. Traditionnellement, les entreprises, quant elles n’ont pas les moyens de s’offrir un responsable permanent ou ne disposent pas d’un service spécialisé dans le domaine, préfèrent recourir à un expert-comptable ou un avocat pour les problèmes juridiques qu’elles peuvent rencontrer.

Comment évolue le métier ?
Il a beaucoup évolué avec les changements que vivent les entreprises. Son rôle s’est accru avec l’ouverture des marchés sur l’international et la complexité des lois et des règlements. On peut confier au juriste d’entreprise des tâches généralistes, mais aussi des missions plus spécialisées selon la taille de l’entreprise. Ainsi, il doit se tenir informé de l’évolution de la législation en droit commercial, droit du travail, droit des contrats, etc. Il a également un rôle de conseil, d’assistance et de prévention auprès de la direction, des responsables opérationnels et de la clientèle. Il est le consultant permanent de l’entreprise pour les questions commerciales, financières et techniques.
De nouvelles fonctions sont apparues avec le développement de problèmes de droit plus spécifiques et la complexité croissante des cas. C’est pourquoi le juriste d’entreprise peut aussi être un spécialiste : dans le domaine du droit des contrats ou dans celui de la protection de la propriété industrielle, en droit international ou de l’environnement…

A combien évaluez-vous le nombre de juristes d’entreprise au Maroc ?
Difficile d’avoir le nombre exact, mais on peut compter entre 200 et 1 000 lauréats qui sortent de facultés de droit. Une bonne partie d’entre eux peut exercer le métier de juriste d’entreprise.

Qui recrute généralement ce genre de profils ?
Tout type d’entreprises et tous secteurs confondus. Il est vrai qu’il est rarement recruté par une PME, celle-ci s’adressant généralement à des cabinets juridiques et autres professionnels du droit. Cela dit, son importance est capitale pour tout type d’entreprise. Même les PME sont amenées à gérer différents types de contrats et peuvent par conséquent solliciter un juriste d’entreprise pour une action et une durée ponctuelle, moyennant un forfait.
Il faut souligner également que les entreprises recrutent essentiellement des cadres expérimentés. Pour avoir une première expérience, les jeunes diplômés ont intérêt à effectuer des stages en entreprise.

Est-il facile d’évoluer rapidement sur le plan professionnel?
Le métier est transversal. Il touche aussi bien la finance, la comptabilité que d’autres domaines. Certains juristes d’entreprise se tournent vers des directions des ressources humaines, des fonctions administratives, parfois même une direction générale.
La carrière du juriste peut également évoluer par un changement d’entreprise, en passant dans une société plus importante.
Le problème est que le juriste est toujours rattaché à une direction, principalement financière ou des ressources humaines alors que, normalement, il doit relever directement de la direction générale.

Quelles sont les qualités requises pour ce métier ?
Le juriste doit se tenir informé de l’évolution de la législation en droit commercial, droit du travail, droit des contrats, etc. Il a également un rôle de conseil, d’assistance et de prévention auprès de la direction, des responsables opérationnels et de la clientèle. Il peut assurer les relations extérieures de l’entreprise avec des organismes professionnels ou être en liaison avec des experts ou avocats… Ce métier fait donc appel à des qualités comme la rigueur mais aussi la facilité de communication. La maîtrise des dossiers ne suffit plus, il faut aussi un talent de négociateur et de créateur puisqu’il faut pouvoir proposer des solutions juridiques

jamal maatouk
Professeur universitaire et président de l’Association des juristes d’entreprise
Même les PME peuvent être amenées à solliciter la collaboration d’un juriste d’entreprise pour une action et une durée ponctuelles, moyennant un forfait.