«Le futur exige un environnement d’apprentissage collaboratif riche en technologie»

L’Edtech est un secteur en plein essor à travers le monde, une conséquence de la pandémie qui a été un véritable catalyseur de contenu et services.

L’Edtech est un secteur en plein essor à travers le monde, y compris le Maroc. Il séduit aussi bien les étudiants, entreprises que les gouvernements. Comment les jeunes entrepreneurs s’y mettent ? Quels services proposent-ils ? Eléments de réponses avec Asmaâ Fenniri, Senior Directeur Marketing Digital et Innovation à Honoris United Universities et membre du Board de La French Tech Maroc

• Comment évolue le secteur de l’Edtech à travers le monde ? Qu’est-ce qui pousse les jeunes à entreprendre dans ce domaine ?
L’Edtech est un secteur en plein essor à travers le monde, une conséquence de la pandémie qui a été un véritable catalyseur de contenu et services utilisant les nouvelles technologiques pour enrichir l’apprentissage et les formations. Il est avéré que la technologie est un levier d’engagement et d’autonomisation des apprenants mais utilisée sans stratégie pédagogique et sans composante humaine, cela ne peut aboutir à une bonne expérience pour un apprenant. Beaucoup de leçons ont été tirées du tournant massif vers l’apprentissage online/à distance depuis la crise sanitaire et nous assistons naturellement à l’émergence de nouveaux produits et services dans le domaine de l’éducation et la formation professionnelle.
La salle de classe traditionnelle, qui se concentre sur un enseignement statique et oral et sur la rétention des connaissances, est obsolète. Le futur exige un environnement d’apprentissage collaboratif, riche en technologie avec des dispositifs d’expérimentations et de simulations dirigé par un enseignant, devenu coach. Ces nouvelles formes d’apprentissage pratiques, entre pairs, sont nécessaires pour acquérir les compétences comportementales et entrepreneuriales que les employeurs sollicitent de plus en plus.
Les jeunes ayant eux-mêmes expérimenté les bénéfices et les écueils de l’éducation à distance, sont en première ligne pour changer les paradigmes et réinventer l’expérience d’apprentissage.
D’ici 2050, le monde comptera 2 milliards de diplômés d’écoles, de collèges, d’universités et d’autres établissements post-secondaires de plus qu’aujourd’hui, principalement en raison de la croissance démographique et de la nécessité de continuellement apprendre de nouvelles compétences pour rester compétitifs.

• Qu’en est-il du Maroc ?
Le Maroc ne fait pas exception à cette évolution, bien que sur le continent nous ne soyons pas le territoire le plus dynamique en la matière. L’Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya ont vu se multiplier des offres qui couvrent un spectre large depuis l’enseignement primaire, secondaire et supérieur à la formation professionnelle.
Au Maroc, le secteur B2B constitue le segment le plus ouvert aux Edtech. Les employeurs ont conscience qu’il est impératif d’upskiller leurs collaborateurs aux compétences comportementales et digitales nécessaires pour naviguer dans les métiers d’aujourd’hui impactés par la prolifération des datas et des nouvelles technologies et se tournent de plus en plus vers des dispositifs de formation en ligne ou hybride.

• Quel genre de services proposent-ils généralement au public ?
Les Edtech se positionnent sur l’ensemble de l’expérience apprenant, que ce soit via des plateformes d’apprentissage 100% online ou en mode hybride à la fois pour des formations diplômantes ou non certifiantes, des plateformes qui explorent de nouveaux modèles de formation et d’upskilling tels que les bootcamps mais aussi des Edtech qui se positionnent sur la facilitation de l’insertion des diplômés dans la vie professionnelle, via du jobmatching ou à travers des stages virtuels auprès d’employeurs internationaux. D’autres start-up se sont spécialisées dans l’AI et la data pour proposer des services plus personnalisés d’apprentissage et d’évaluation des acquis, d’autres s’appuient sur la technologie blockchain pour offrir une dématérialisation sécurisée des certificats. Plus récemment, des Edtech sont en train d’explorer les possibilités de l’AR/VR et le metaverse pour concevoir de nouveaux parcours d’apprentissages immersifs.

• Quels sont les projets que vous soutenez dans ce domaine au sein de la FrenchTech Maroc ?
Au sein de la FrenchTech, nous visons à participer à la dynamisation de l’écosystème entrepreneuriale en promouvant l’entrepreneuriat auprès des jeunes. A cette fin, nous avons lancé en 2021 une compétition auprès de jeunes collégiens et lycéens «Hack Ton Futur» centrée sur le thème de l’éducation, où ces entrepreneurs en herbe devaient explorer des concepts innovants au service de l’apprentissage. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les membres du jury ont tous été bluffés par les propositions et la passion des jeunes pour changer les modes de fonctionnement.
Nous avons également noué un partenariat avec Le Wagon, le coding bootcamp le plus plébiscité au monde et partenaire exclusif du réseau Honoris United Universities en Afrique, afin d’accompagner des jeunes porteurs de projets à acquérir les bases du coding pour développer leur projets techs.

• Quelles sont les forces et les faiblesses de cette filière ?
Le numérique peut être une réponse certaine aux challenges de l’éducation au Maroc. Il ne se limite pas à un rôle complémentaire de l’enseignement présentiel. Il peut à la fois être le moyen et la fin et être un accélérateur de la qualité de l’enseignement, si tant est qu’il soit inclusif pour les apprenants et les professionnels du métier, en premier lieu les enseignants. Le soutien du régulateur est déterminant pour insuffler une dynamique dans ce secteur et ce soutien passe par un cadre réglementaire ambitieux et ouvert à la technologie.
L’éducation est un système complexe. Lorsqu’il s’agit de comprendre la dynamique du marché et de savoir quelles technologies, quels modèles économiques et quelles parties du secteur sont susceptibles de se développer ou de disparaître, il est utile de comprendre les nuances.
Par ailleurs, l’innovation nécessite des capitaux. Les gouvernements peinent à financer l’éducation, tandis que les écoles et les établissements se lancent dans des chantiers structurants de transformation digitale. L’éducation est donc obligée de faire appel à des capitaux privés pour financer l’innovation nécessaire. Les partenariats public-privé seront essentiels pour soutenir la croissance future, l’innovation et l’accès à l’éducation.

• Question centrale pour les start-up, le financement. Arrivent-elles à attirer les investisseurs ?
Comme pour tout secteur, les modèles économiques doivent être viables et avoir un marché avec une taille critique pour être attractif.
Avec une population d’un peu plus de 1,4 milliard d’habitants, dont 70% ont moins de 30 ans, l’Afrique est le continent le plus jeune du monde. Les gouvernements africains ont conscience de la nécessité d’investir dans leur capital humain et de soutenir les jeunes, ce qui se traduira à court et moyen terme à une augmentation des investissements dans les solutions d’apprentissage numérique et les Edtech dans les secteurs de l’éducation et de la formation.
A cette date, il y a 36 licornes Edtech dans le monde qui ont collectivement levé plus de 30 milliards de dollars de fonds au cours de la dernière décennie et sont maintenant collectivement évaluées à 105 milliards de dollars. En Afrique, nous comptons une seule Edtech, Andela, une start-up nigériane qui met en relation les talents africains en IT avec des entreprises internationales, et qui est devenue en 2021 la seule Edtech africaine après avoir levé 200 millions de dollars auprès d’investisseurs.
Le Maroc a les idées et les ressources nécessaires pour se positionner parmi les innovateurs sur ce secteur dans les prochaines années. Gageons que les talents marocains s’investiront davantage dans le domaine pour se positionner à l’échelle africaine et mondiale dans les prochaines années.