La charte d’éthique doit être portée par les dirigeants

Une charte d’éthique exprime généralement des engagements : ceux des managers et des salariés.
Le contenu doit être bien explicité aux salariés.
La formalisation par écrit est nécessaire.

Assia Aiouch
DG de BPI Maroc

L’entreprise ne peut évaluer objectivement ses bonnes pratiques et le respect de règles déontologiques. Seuls des organismes externes (cabinet ou institution) peuvent le faire.

Pratique encore récente dans les entreprises, la mise en place d’une charte ou code de déontologie doit satisfaire à plusieurs principes : respect des partenaires (clients et fournisseurs), responsabilité sociale, mode de gouvernance transparent, respect de l’environnement… Explications avec Assia Aiouch, DG de BPI Maroc.

La Vie éco : A quoi sert une charte d’éthique dans l’entreprise ?
Assia Aiouch : Lorsqu’une entreprise formalise une charte d’éthique, elle exprime ses engagements, ceux de ses managers et de ses salariés. C’est ce qui fédère les équipes autour d’une valeur commune qui exprime la vision et les engagements de l’entreprise, et enfin, c’est le message fort que fait passer l’entreprise sur les principes qu’elle a envie de promouvoir et de respecter.

En général, une charte d’éthique est bâtie autour de cinq grands axes :
– les actionnaires, les partenaires, les clients, les fournisseurs ;
– l’environnement et le développement durable ;
– la législation ;
– la responsabilité sociale à l’égard des salariés ;
– les modes de gouvernance et de management.

Quel est son apport pour les dirigeants et les salariés ?
Comme il s’agit de principes et de domaines d’actions et d’engagements, cela suppose en premier lieu que la charte d’éthique soit portée par les dirigeants et partagée par le management de l’entreprise : par l’exemplarité du management, la traduction des engagements en actions concrètes, des pratiques de management cohérentes avec les engagements pris…
Pour que les salariés mettent en œuvre une charte d’éthique, le préalable est qu’ils en aient une bonne compréhension, qu’ils y adhèrent et qu’ils aient de la lisibilité sur ce qu’il y a lieu de faire au quotidien pour être en phase avec la charte d’éthique.

Peut-elle réellement influer sur les comportements des salariés ?
Le management a une double responsabilité : porter les principes d’actions, les valeurs et engagements mais aussi les faire vivre, les animer et les suivre au quotidien. Une charte d’éthique n’est pas faite pour être affichée ! S’il y a lieu d’en définir une c’est bien pour la mettre en œuvre et veiller à son respect.

A quand remonte cette pratique dans les entreprises marocaines ?
En tant que telle, c’est un sujet qui semble être assez récent. Cependant, depuis les années 80, vous avez des entreprises qui ont élaboré des chartes de valeurs ou d’éthique sans pour autant les respecter ; et d’autres qui n’ont jamais formalisé leurs engagements et qui respectent pourtant et portent des valeurs fortes et une éthique !

Qui doit piloter la démarche dans l’entreprise ?
Au-delà de la définition et de la formalisation qui doivent être impulsées par le top management, l’entreprise ne peut pas toujours être juge et partie pour évaluer objectivement ses bonnes pratiques et le respect de règles déontologiques.

Seuls des organismes externes (cabinet ou institution) peuvent avoir un regard externe, neutre et objectif pour évaluer la manière dont l’entreprise s’est appropriée et pilote la mise en pratique d’une charte d’éthique, à travers :
– son organisation et ses processus internes et externes;
– son mode de gouvernance et de management ;
– sa communication ;
– les pratiques et comportements de ses salariés…

Faut-il forcément formaliser par écrit cet engagement collectif ?
La formalisation par écrit des engagements collectifs est nécessaire. Mais elle doit être accompagnée d’une communication structurée et transparente, de moments forts, symboliques, qui les incarnent et d’actions concrètes qui se réfèrent aux engagements.

Quelles sont ses conditions de réussite ?
L’impulsion par les dirigeants de l’entreprise, le «portage» des engagements par le management et le partage avec les salariés ainsi que les dispositifs d’accompagnement qui permettront de pérenniser les engagements dans la durée sont indispensables pour assurer le succès.